Produire
05 décembre 2011
"Tous les mois, le déficit de notre commerce extérieur, la différence entre ce que nous achetons et ce que nous vendons, ce que nous fournissons au monde, et ce que nous sommes obligés d’aller acquérir auprès de lui, se compte en milliards d’euros. Tous les mois ! Toutes les semaines !
Cette hémorragie est relativement récente. Elle est continue, elle nous entraine par le fond. Pourtant, jusqu’au début des années 2000, nous avons été à l’équilibre ou excédentaires. Les sorties et les entrées dans notre pays étaient du même ordre de grandeur. Et même souvent bénéficiaires.
Et puis, vers les années 2003, nous avons pris le toboggan. Série noire : 0,3 milliard en 2003, 5 milliards en 2004, 24 milliards en 2005, 30 milliards en 2006, 42 milliards en 2007, 56 en 2008, 44 en 2009, 51 en 2010, 65 sur les douze derniers mois ! Jusqu’où allons-nous descendre ? Si le rythme se poursuit - et pourquoi s’interromprait-il ? -, nous atteindrons 75 ou 80 milliards d’euros de déficit commercial en une seule année !
La dette ne pourra être équilibrée que par un retour de la production dans le pays
Que reste-t-il aux désenchantés quand les sorties sont à ce point supérieures aux rentrées ? Il leur reste à emprunter, pour essayer de soutenir un moment encore un train de vie devenu hors de portée de leurs revenus. Et c’est pourquoi nous nous sommes jetés dans l’emprunt, dans le déficit compensé par l’emprunt perpétuel, et dans la dette, dans le surendettement. L’emprunt pour tout, l’emprunt pour payer les fonctionnaires, pour payer les retraites, pour payer les feuilles de sécu. La dette toujours plus lourde, toujours plus grave, et qui augmente proportionnellement à la gravité de l’hémorragie.
Quand on en est là, on n’est plus un pays indépendant. On est un pays qui vit avec au-dessus de la tête une épée de Damoclès suspendue à un fil toujours plus ténu, toujours plus fragile.
Peut-on en sortir ? Il le faut. Que faut-il faire ? Cibler le sujet, mobiliser toutes les forces, livrer le combat sur le seul terrain qui compte, faire passer toutes les autres préoccupations au second plan.
Le programme de 2012 doit être celui-là, et aucun autre : saisir les énergies, décréter la mobilisation générale, faire les gestes et dire les mots, prendre les décisions qui montreront que la France a pris cette question à bras le corps, mobiliser la volonté nationale pour que la France redevienne le grand pays producteur et exportateur qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.
Les salaires ne sont pas la raison de nos difficultés actuelles
Il ne doit y avoir aucun sujet tabou. Ou plutôt, pour l’équilibre du pays, un seul : nous ne baisserons pas les salaires. Parce que ce ne sont pas les salaires qui expliquent notre retard face à nos concurrents allemands : ils ont les mêmes que les nôtres. Et parce que nous avons besoin de soutenir le moral et la consommation des familles.
Aujourd’hui nous savons que privée de production, comme un arbre privé des racines qui le nourrissent, la France s’étiole et ne peut plus faire face. Il faut donc lui rendre ses racines. Lui rendre la production. Produire, vendre, c’est le seul chemin vers les deux biens qui nous manquent le plus : l’emploi et les moyens financiers, pour chacun et pour le pays.
Rendre au consommateur un rôle central par l’information
Permettre aux productions de la France d’exister à nouveau sur notre marché intérieur et sur les marchés du monde. Toutes nos productions : industrielles, agricoles, agro-alimentaires, et de services. Soutenir les points forts, les améliorer encore si possible, aviation, pharmacie, tourisme ; aider les points en fragilité, agriculture ; et reconquérir les espaces où nous n’existons plus, tous les autres, même le textile, même l’électroménager.
Il faut transformer le consommateur en acteur de cet enjeu. Pourquoi est-ce que le consommateur n'a pas accès à cette information élémentaire qui est de savoir si les produits qu'il achète sont ou non des produits fabriqués dans son pays ? C'est simplement l'information qui change le consommateur en acteur dans cet enjeu essentiel pour l'avenir de la préférence, qui doit se manifester chez les industriels pour produire en France plutôt que de s'en aller de France. Et ceci est une condition de notre survie !
Construire une proximité entre grandes entreprises et TPE/PME
On me dira : c’est impossible, c’est trop tard, le combat est perdu. Je n’accepte pas ce constat d’échec. Je n’ajouterai pas ma signature au bas de cette reddition. Car nous avons des atouts qu’aucun des pays en difficulté qui nous entoure n’a au même degré que nous. Notre chance est que désormais la haute technologie sera la condition même des productions y compris celles qui semblent banales, destinées à la vie de tous les jours.
Les grandes entreprises sont simplement isolées des petites et moyennes entreprises qui n'ont aucun accès aux processus qu'elles maîtrisent. Je suis donc pour la reconquête de ces terrains de batailles perdues, en commençant par le haut de gamme et en mettant en réseau les entreprises, les producteurs, les distributeurs et les très grands réseaux de distributeurs que nous avons la chance, d'origine française, d'avoir dans le monde.
Parce que nous sommes forts dans des secteurs de pointe, nous avons tout ce qu’il faut pour entamer la reconquête, pour profiter du grand tournant technologique qui sera imposé à toutes les industries dans les quelques années qui viennent.
Mais c’est la dernière chance. Après ces quelques mois ou ces quelques années, il sera trop tard."
François Bayrou propose notamment :
1/ Un label "Produit en France", qui encourage les consommateurs à soutenir la production française : il Label indiquera le pourcentage du produit provenant de notre sol; il sera accordé sur demande de l’entreprise, certifié par une association ad hoc regroupant des consommateurs.
2/ Une stratégie globale de production à long terme : vote d’une loi cadre dès l’automne 2012 sur la stratégie industrielle de notre pays; création d’un commissariat aux stratégies qui coordonnera l’ensemble des acteurs de la production; négociation d’une stratégie européenne de reconquête des marchés de haute-technologie avec une démarche de qualité.
3/ Une action ciblée sur les PME – TPE et les entreprises innovantes : création d’un réseau entre les PME et les grandes entreprises afin que les PME bénéficient de leur expertise, de leur capacité d’exportation, et de leurs capacités d’innovation; création d’une aide au financement décentralisée pour les PME afin de sécuriser leur épargne; simplification fiscale et administrative pour les PME et les TPE.
[Revivez le premier forum de l'Agenda 2012-2020 "Urgent et durable : le redressement de la France", consacré au Produire, en cliquant ici]










Bonjour,
Y a-t-il un document qui rassemble toutes les propositions de Mr Bayrou?
Donc un document exhaustif de son programme car je ne trouve que des articles dispersés.
Merci par avance,
Joseph
Quand est-ce que le programme sortira du vague? Comment financer? Quelle sera cette "stratégie globale de production à long terme?" vous semblez ne proposer que de créer des instances pour réfléchir? Sont-ce la vos propositions? Elisez-nous et on verra ce qu'on fait?