François Bayrou : L'Europe est une proposition pour le reste du monde
Prononcé par :
François Bayrou le : 8 mars 2007
François Bayrou s’est rendu le 8 mars à Bruxelles. Le candidat à l’élection présidentielle s’est adressé aux membres de l’association Les amis de l’Europe devant un parterre de journalistes étrangers. Dans cette ville qui accueille de nombreuses institutions de l’Union européenne, François Bayrou a exposé sa vision de l’Europe et d’une relance du projet européen.
"Selon moi, c’est le droit des citoyens et le devoir des candidats que
d’aborder cette question parce qu’évidemment on ne peut pas parler ou définir
l’avenir d’une nation comme la nôtre sans situer cet avenir dans le cadre européen et
on ne doit pas accepter que cette question soit éludée : droit des citoyens, devoir des
candidats, c’est cette double exigence à laquelle je souhaite répondre.
D’abord en effet en plaçant le sujet européen dans la campagne électorale. En
regardant la crise d’inspiration européenne car pour moi c’est de cela qu’il
s’agit, et non pas d’accident institutionnel mais d’interrogation en profondeur
sur la vocation et la destinée de l’Europe. Il faut que vous mesuriez le trouble qui est
celui des citoyens français sur la question européenne. Les défenseurs du « oui » sont
dans un grand désarroi parce qu’ils ne voient plus de chemin pour sortir de la crise. Et les
partisans du « non » sont aussi dans une profonde frustration, à l’exception
de ceux qui étaient seulement des antieuropéens affichés et qui au fond trouvent là une raison de
sourire mais beaucoup de ceux qui ont voté non, ont cru que le non français portait un message et
ils ont cru qu’il existait comme on leur promettait, un plan B. On disait qu’il était
prêt dans les tiroirs, qu’il sortirait la semaine suivante le référendum français. Evidemment
il n’en a rien été. Et donc c’est en regardant en face les raisons des uns et des
autres que nous pourrons à nouveau rassembler les Français autour de ce grand projet de notre
avenir national.
Vous me permettrez d’ajouter qu’il me paraît aussi nécessaire non
seulement de parler de l’Europe à la France mais de parler de la France aux Européens. Comme
chacun d’entre nous le voit, la France qui a été à l’origine du projet européen, qui a
été un des piliers ou un des appuis constants du projet européen, la France est aujourd’hui,
aux yeux des autres européens, dans une situation de lourde incertitude. Je pense qu’il faut
sortir de cette incertitude et je pense qu’il est nécessaire de remettre la France au
cœur de la construction européenne. Et c’est d’autant plus nécessaire qu’il
y a dans le modèle européen, non seulement dans le modèle d’union européenne, non seulement
une commodité pour nous les Etats européens mais il y a aussi dans ce modèle une démarche qui est
proposée au reste du monde, dans le monde dans lequel nous allons entrer. Je n’insisterai pas
davantage en disant qu’à mes yeux, il est dangereux. Qu’à mes yeux, il a franchi le pas
vers des situations de chaos très profondes dans plusieurs parties de la planète, et qui vont
naturellement par contagion, provoquer de l’inquiétude partout ailleurs. Dans ce monde qui
est dangereux, le modèle de l’Union est un chemin que d’autres parties du monde peuvent
et doivent suivre. C’est à mon sens le seul chemin pour que se trouve un monde mieux organisé
avec davantage de sécurité. Ce n’est pas à vous qui êtes des passionnés de la réalité de
l’idée européenne que je vais devant vous développer cette idée, mais vous voyez bien à quel
point elle est, pour moi, dans le logiciel politique qui est le mien. L’Europe n’est
pas seulement une nécessité pour nous européens, c’est une proposition pour le reste du
monde.
La crise que traverse l’Europe en ce moment et dont il faut sortir, cette
crise menace en réalité les cinquante années d’histoire européenne que nous venons de vivre.
Je veux vous dire à quel point je me sens en effet de la famille de ceux qui ont voulu cette
histoire et cette entreprise. Jean-Dominique Giuliani [Président de la Fondation Robert Schuman]
m’a rappelé que je n’avais qu’une photo dans mon bureau, c’est la photo de
Robert Schuman. J’étais à Scy-Chazelle sur sa tombe il y a quelques jours à peine.
C’est un homme dont je ne peux pas envisager la mémoire sans penser à son double visage, sa
profonde humilité et son immense vision, naturellement avec le soutien et le concours de Jean
Monnet, avec le soutien et le concours de responsables politiques français qui ont accepté que ce
rêve devienne réalité en un moment où pourtant les rancoeurs de la guerre et des horreurs
qu’elle portait, cette rancœur était extrêmement lourde. Je ne sais pas si c’est
nécessaire mais je veux simplement rappeler aux générations les plus jeunes qui sont là, ce
qu’avait été pour un peuple de paysans et d’ouvriers ces années de guerre. Je suis né
dans un petit village au pied des Pyrénées où j’habite encore aujourd’hui. En août
1914, le village compte 150 habitants. Sur le monument au mort, il y a 36 noms. Plus de 10% de la
population totale du village, c’est à dire deux garçons sur trois, parmi ceux qui avaient
entre 18 et 40 ans parce que ce sont les deux âges limite, deux garçons sur trois qui ont été tués
dans cette barbarie voulue par les deux états majors. Cela n’a pas été une conséquence de la
guerre, cela a été une volonté dès que les deux états-majors ont nourri ensemble et conjointement
de saigner l’autre. Et entre 1939 et 1945, ce n’est pas seulement des hommes
qu’on a tués mais l’idée d’homme. Et cependant quelques mois après, Schuman et
les siens, cette cohorte de grands hommes simples, ont voulu franchir le pas et passer au-delà de
l’armistice et de la paix jusqu’à la construction d’une maison commune. Je pense
toujours à cela lorsque j’évoque le Proche-Orient. Je me dis qu’il y a là dans cette
volonté non pas seulement de faire la paix – ce qui est insuffisant - mais d’aller
jusqu’à la construction d’une maison commune, un chemin qui ne s’adresse pas
seulement à l’Europe déchirée de l’après-guerre.
Je suis inscrit dans ce sillon. Je partage leur rêve et leur volonté obstinée.
Ils ont voulu l’Europe parce qu’ils ont senti que le monde allait devenir l’enjeu
de forces gigantesques. Guerre froide dans un premier acte et puis ensuite confrontation de géants
- géants politiques, géants économiques et financiers - confrontation de géants qui allait arracher
aux nations que nous étions, la part de souveraineté qui était la leur. Une souveraineté qui
n’allait leur laisser qu’une souveraineté d’apparence et pas réelle. Ce que ces
hommes ont fait, personne ne l’a fait. Dans l’histoire du monde. Nous avons entre les
mains, en dépôt, ce patrimoine ce qu’aucun peuple n’a réalisé en commun
Je considère que ce patrimoine est précieux, il est précieux à toutes ses étapes
et dans toutes ces générations. L’intuition de commencer par la mise en commun de ce
qu’on avait de plus précieux, le charbon et l’acier, puis le marché, puis la monnaie,
cette intuition a été une réussite sans exemple mais peu à peu de manière insensible d’abord,
et puis extrêmement lourde ensuite, peu à peu les peuples se sont éloignés de cette entreprise. Les
gouvernants, en tout cas les gouvernants français, ont eu dans cet éloignement leur part de
responsabilité. Comme vous le savez nous sommes dans un pays dans lequel très souvent les
gouvernants ont trouvé commode de faire de Bruxelles, le bouc émissaire de leurs difficultés et des
obligations qu’ils avaient souscrites. Il a fallu trouver un responsable, c’est vers
Bruxelles qu’on l’a cherché. Et cette démission des gouvernants français, elle
s’est accompagnée d’un accident historique ou d’une contrainte historique sur
laquelle on n’insiste jamais et que moi pourtant je trouve cruciale. A la suite du marché
commun et de l’Acte unique, On a mis en route une immense machine à normes : normes
destinées à permettre la libre circulation des produits et qui naturellement en fixaient les
éléments et les contraintes de manière qu’ils puissent circuler sans difficultés au travers
des frontières. Mais on ne s’était pas rendu compte que les citoyens, semaines après
semaines, mois après mois, n’entendraient plus de l’Europe que les injonctions
qu’elle formulait désormais pour les tondeuses à gazon, le œufs, les fromages, les
marchés en plein air, la préparation des aliments, les phares des voitures… J’ai un
immense regret qu’on ait laissé les administrations chargées de la fixation des normes à
Bruxelles. J’aurais préféré qu’on les mette n’importe où ailleurs. On les aurait
installées à Milan, cela aurait été très bien. Et les gens se seraient fâchés contre ceux de Milan
qui s’en prenaient au fromage au lait cru. J’ai l’air de plaisanter et de
sourire, je ne le crois pas, ce n’est qu’en apparence que je plaisante et que je
souris. Je pense que la transformation de l’Europe en une machine à contraintes pour les
citoyens européens, a été un très grave accident. Et probablement quelque chose de très négatif. Et
puis s’y est ajouté la volonté politique, ou en tout cas la détermination politique, à
conduire les élargissements successifs sans que ces élargissements aient été préparés par le
travail nécessaire d’approfondissement auquel pourtant nous nous étions engagés. Et cette
facilité pour les uns, cette volonté pour les autres, nous a conduit à la situation où nous sommes
aujourd’hui, et en particulier dans mon pays, à la réponse qui a été apportée au référendum
du 29 mai 2005.
Je voudrais m’arrêter une seconde sur cette décision du peuple français.
Nous nous sommes beaucoup mobilisés, nous avons fait campagne pour le référendum européen. Et
cependant depuis le début, mon intuition triste était que le peuple français allait répondre
« non ». Et je voudrais vous dire pourquoi je pensais que le peuple français allait
répondre « non » et pourquoi je pense encore aujourd’hui que ce non mérite une
stratégie de refondation et ne doit pas être ignoré, éludé faute de rencontrer de plus graves
accidents historiques encore. La première source du « non » était dans la nature même du
texte que l’on a soumis au jugement des Français. Texte qui était évidement pour tout citoyen
normalement constitué, absolument illisible. Non pas qu’une vision de science politique, de
juriste élaboré ne puissent aisément faire la part dans ce texte soumis au vote, de ce qui était de
l’ordre des nouvelles dispositions institutionnelles, de ce qui était de l’ordre de la
Charte et des valeurs avec le poids juridique qui devait désormais être le leur et ce qui était de
la compilation des traités antérieurs. Mais ceci c’est de la science politique pour 1 pour
10 000 de la population. Puis restent les 9999 autres qui reçoivent un pavé chez eux, qui
plein de bonne volonté – et je vous assure qu’il y a eu une immense bonne volonté dans
le peuple français - des millions de personnes qui ont ouvert le traité constitutionnel et
l’on feuilleté. Et puis au bout de la vingtième page, ils se sont dits que ce texte était
absolument impénétrable pour le citoyen même lettré, même volontaire. Et donc que cette
illisibilité devait avoir une raison, et cette illisibilité devait dissimuler un piège. C’est
comme ça que le peuple de citoyens français, pour l’essentiel, a réfléchi. Je le dis parce
que beaucoup parmi les observateurs ont dit à cette époque que les Français avaient répondu non pas
sur le texte mais sur le contexte. Moi, je crois qu’ils ont d’abord répondu sur le
texte. Je pense que c’est la nature du texte qui a provoqué la réponse des citoyens français.
Ils se sont dits qu’il y avait des pièges, qu’il y en avait deux. Je vous énonce les
deux. Ils ont pensé en allant appuyer leur raisonnement dans une campagne Internet tout à fait
forte et puissante, sur des parties ou des éléments de la troisième partie, ils ont pensé que le
but de cette affaire, était de leur imposer un modèle de société dont ils ne voulaient pas. Un
modèle de société, ils ont employé tous les mots : ils ont dit « ultralibéral », ils
ont dit « marchand », ils ont dit « financier ». Ils ont pensé que
c’était leur modèle républicain français qu’on allait, par ce texte, essayer
définitivement de tordre le bras. C’est le premier sentiment qui a été le leur. Le deuxième
sentiment qui a été le leur, c’était qu’on allait leur arracher leur identité. Que tout
ça était fait pour que au fond le sentiment français qui était le leur, disparaisse devant quelque
chose qui était de l’ordre d’une identité passe-partout et qui ne répondrait plus à
leur besoin de fierté nationale. Il y a eu les deux sentiments. Vous voyez que l’un est
plutôt à droite et l’autre plutôt à gauche si on prend les catégories politiques habituelles.
Mais rassurez-vous, il y avait beaucoup de croisements. Il y a beaucoup de gens de gauche qui
considéraient que la souveraineté politique résidant dans la nation, cette souveraineté était
menacée. Il y a beaucoup de gens de droite qui considéraient que le modèle dominant, matérialiste
et marchand, ne leur convenaient pas non plus. Il y avait, à nos yeux, dans la Constitution, un
certain nombre de remèdes contre cette inquiétude. Puisqu’au fond pour nous, la Constitution,
ce n’était pas autre chose que l’ouverture des chemins démocratiques pour l’Union
européenne. Mais nous n’avons pas su le défendre. En tout cas, ces remèdes ne sont pas
apparus suffisants et maintenant pour sortir de la crise, il convient d’aller au fond en
posant les questions essentielles. C’est ce que je voudrais faire en quelques mots devant
vous.
Jusqu’en 1989, la communauté européenne a vécu à l’intérieur de
frontières étroites fixées pour l’essentiel par la guerre froide. Elle a bénéficié de
compétences limitées à l’édification d’un marché commun, les grandes affaires
politiques étant traitées dans un autre cadre, pour l’essentiel - pas pour tout le monde -
dans le cadre plus vaste de la communauté atlantique. Elle disposait d’institutions
techniques, pour ne pas dire technocratiques, qui étaient relativement bien tolérées compte tenu du
caractère limité de ses compétences. La révolution de 1989 est arrivée, elle a bouleversé tout cela
et elle aurait dû conduire les dirigeants européens à redéfinir leur projet en répondant aux trois
questions essentielles qui étaient : Qui ? Quoi ? Comment ? Vous retrouverez là
une vision de Jean-Louis Bourlanges que je reprends volontiers devant vous. Qui a vocation à
rejoindre l’Union européenne ? Est-ce que ce sont les héritiers d’une même
civilisation, le critère au fond historique, héritiers d’une même civilisation associés à une
histoire millénaire, ou bien est-ce que ce sont tout simplement les voisins toujours plus nombreux
sur un périmètre toujours plus large dès l’instant qu’ils se reconnaissent dans nos
valeurs démocratiques ? Chacune de ces réponses avait sa légitimité. Je crois que l’une
est plus porteuse d’action que l’autre. Mais, chacune des deux réponses avait sa
légitimité. Or aucune réponse n’a été proposée. Et à vrai dire la question n’a pas été
posée. Et c’est dans ce silence sur l’identité de l’Union que les inquiétudes,
les frustrations et les malentendus ont monté pour nous conduire à la crise que nous connaissons
aujourd’hui.
Deuxièmement, qu'avons-nous vocation à faire ensemble ? Est-ce que nous avons
vocation à faire de l'Union européenne une simple organisation internationale gérant des procédures
de régulations économiques, ou avons-nous vocation à en faire un véritable acteur politique capable
de faire des choix et de peser sur l'avenir du monde ? Là aussi, la question n'a pas été posée.
Comment, enfin, l'Union européenne ne pouvait plus être une fédération de technocraties ou
d'administrations qu'elle avait été jusque là ? Devait-elle devenir une confédération
intergouvernementale ou bien une communauté active de peuples et d'Etats comme bien entendu, je le
souhaiterais ? Là aussi, la question n'a pas été formulée. Eh bien, le peuple français, en raison
de son goût pour la clarté des choses et son souci d'engagement citoyen, le souci extrêmement fort
et qui va se développer sans aucun doute, ne serait-ce que parce que nous venons d'entrer dans
l'ère d'Internet et que l'ère d'Internet transforme les citoyens en acteurs engagés, le peuple
français en raison de ce souci d'engagement citoyen, a pris peu à peu conscience de l'écart entre
les mots et la réalité, entre les intentions et les actes et ces citoyens se sont écartés d'une
entreprise où l'on ne faisait pas ce que l'on disait et on ne disait pas ce que l'on faisait. Ma
conviction est que les peuples d'Europe, et particulièrement le peuple français, sont prêts à aller
loin ensemble pourvu qu'on leur dise où, avec qui et comment.
Je veux vous dire à mon sens quel est l'objectif aujourd'hui. L'objectif est
éminemment politique. Il s'agit de recréer le lien brisé par les référendums français et
hollandais, entre les vingt-sept membres de l'Union, entre les dix-huit qui ont ratifié, les deux
qui ont refusé sans oublier ceux que cette situation de blocage arrange beaucoup parce que ça leur
évite de répondre à la question. Eh bien, c'est comme autour de la table de famille. Les problèmes
des uns ne sont pas des problèmes qui leur sont uniquement réservés, ce sont des problèmes pour
tous. Il convient de les identifier et de les résoudre ensemble. C'est cette attitude autour de la
table de famille que, pour ma part, je soutiendrais si je suis élu président de la République.
Pour atteindre cet objectif politique de recréer le lien brisé, il nous faut
répondre à trois questions. Sur quels textes pouvons-nous nous mettre d'accord ? Comment élaborer
ce texte nouveau ? Et enfin une question française : si ce texte est rédigé, comment envisager sa
rédaction ? Je veux vous répondre clairement sur ces trois sujets.
Premièrement, j'ai employé l'expression d'un texte nouveau parce que, inutile
d'insister sur ce sujet, personne ne soumettra à la décision du peuple français ou de quelque
instance qu'il représente le même texte. Parce que le peuple français a dit non. Et que chez nous,
un non du peuple, c'est très important comme ça l'est dans beaucoup de pays. Il faut que désormais
tout le monde en prenne conscience. Chez nous et aussi parmi nos amis. Quel texte nouveau ?
L'objectif que je défendrai est celui d'un texte court, lisible et compréhensible par tout le
monde. Dans ce texte, seuls les principes, les institutions, les compétences et les procédures
doivent former la matière de ce qui est une loi fondamentale. En revanche, les orientations et les
contenus des politiques n'y ont pas leur place et doivent relever uniquement des traités et des
actes dérivés de l'Union européenne, c'est-à-dire du fonctionnement normal des institutions de
l'Union. Comment élaborer ce texte ? Angela Merkel propose une CIG. Je souscris à cette
proposition. Naturellement, une convention s'imposerait s'il fallait rebâtir un système entièrement
nouveau. En reposer les bases. Mais les bases d'ouverture démocratique de l'Union européenne, il me
semble que nul, en tout cas dans la campagne française, ne les a remises en cause.
Donc ce sont ces bases qui s'imposent. Ce dont il s'agit aujourd'hui, c'est de
rassurer, de clarifier et de simplifier. Il me paraît cependant indispensable d'associer à cette
CIG des parlementaires nationaux et européens. J'appelle ça, mais vous retiendrez le nom uniquement
si cela vous intéresse, une CIG qui verrait un travail dans le cadre intergouvernemental soumis aux
observations d'un cénacle de parlementaires. Nous avons enfin une question française. C'est celle
de la ratification. Ma réponse est sans ambiguïté, je veux simplement l'énoncer devant vous. Le
nouveau président de la République française ne pourra agir que par référendum. Je n'ai aucune
réserve à l'égard de la démocratie représentative. Peut-être d'ailleurs aurait-on pu envisager cet
exercice de démocratie représentative, étant donné la nature du texte pour le référendum initial.
Peut-être pouvait-on avoir une réflexion de cet ordre. Je le dis d'autant plus que j'ai été, comme
tous les responsables politiques français, de ceux qui ont dit : « C'est un référendum du
peuple qui doit répondre à cette question. » Mais, les choses étant ce qu'elles sont, il
s'agit de recréer le lien de toute une nation avec son engagement européen. Et c'est pourquoi il
est clair à mes yeux que seul le peuple lui-même peut refaire ce que le peuple a défait. Il y a là
une exigence qui n'est pas d'ordre juridique mais politique et morale. Nous allons avoir en France
un débat autour de ce sujet.
Je veux simplement dire que ceux qui prendraient la décision, ayant consulté les
Français, de dire : « Excusez-nous, mais on vous a demandé votreavis. Maintenant qu'il s'agit
de choses sérieuses, nous allons décider entre initiés, c'est-à-dire entre parlementaires dans la
cadre de l'Assemblée nationale et du Sénat. Ceux-là s'exposeraient à créer ou à creuser le fossé
qui existe entre les citoyens français et l'idéal européen. Ma conviction, comme candidat, si je
suis élu président de la République, c'est que c'est devant les citoyens qu'il faut que le chef de
l'Etat s'engage pour dire qu'il y a là un sujet crucial pour notre avenir national et que ce sujet
crucial requiert l'adhésion du peuple. C'est une différence naturellement très important entre les
approches des uns et des autres. L'une est une approche politique, l'autre est une approche
historique. Je suis persuadé que c'est d'approche historique dont nous avons besoin aujourd'hui. Je
suis persuadé que cette grande question tourmente l'âme française, si vous me permettez d'employer
cette expression devant vous. Et que c'est dans la franchise, la loyauté et l'ouverture que le
peuple français répondra à cette question.
Ma conviction est que les citoyens français savent, comme pères de famille,
comme salariés, comme à la recherche d'un emploi, comme éducateurs, comme observant le monde sur
leur écran de télévision et les immenses dangers qui s'y profilent, mes concitoyens savent que
naturellement, l'Europe est un besoin. Simplement, ils veulent d'une Europe vraie dans le cadre de
laquelle ils pourront exprimer leur voix française. Il est légitime de répondre aux interrogations
et aux doutes qu'ils auront à ce sujet, je le répète, ce n'est pas une exigence d'ordre juridique,
c'est une exigence d'ordre politique et morale.
Mais, et j'en viens à la dernière partie de cet exposé, même avec un nouveau
traité constitutionnel, ce que j'espère nous aurons obtenu, ou disons avec un traité fondamental,
l'Union n'aurait pas pour autant abordé les questions qui lui permettront de devenir un grand
acteur politique sur la scène du monde. Elle resterait pour l'essentiel une communauté d'échanges
régulée par le droit. C'est bien mais cela ne suffit pas. Le XXI° siècle sera trop dur et trop
menaçant pour ne pas exiger davantage des Européens. Je voudrai vous dire ce que seront les six
questions fondamentales dans lesquelles nous devons entrer comme entité politique, comme union de
peuple et d'Etats décidés à peser ensemble sur l'avenir de la planète. Je vais seulement les
énoncer devant vous, étant donné l'heure qui avance.
Premier sujet, politique économique, harmonisation budgétaire, harmonisation
fiscale. L'union économique et budgétaire est aujourd'hui hémiplégique. Nous avons une politique
monétaire et treize politiques budgétaires. Nous avons besoin d'autre chose. Nous avons besoin
d'une véritable harmonisation budgétaire et d'une stratégie concertée économique et des distorsions
fiscales.
Deuxième grand sujet, nous ne pouvons pas ignorer la menace qui pèse désormais
sur l'avenir de l'Humanité entière en tant qu'espèce et qui est une menace provoquée par nos
activités humaines, industrielles et autres. Cela nous a amené le changement climatique et le
réchauffement de la planète. L'effet de serre accentué et la préservation et les risques qui pèsent
désormais sur la biodiversité. Naturellement, ces débats sur notre patrimoine écologique,
climatique, génétique, nous les aurons tous dans le cadre national. Mais le cadre national n'est
pas adapté aux réponses. Il peut l'être si l'on veut une stratégie d'exemplarité. Mais il ne le
sera pas si l'on veut une stratégie d'efficacité. Je le dis tous les soirs dans tous les meetings,
toutes les émissions, à mes compatriotes, que, quand bien même le peuple français déciderait ou
parviendrait à réduire de moitié, des trois-quarts, des quatre-cinquièmes, je ne peux pas aller
jusqu'à zéro, car comme vous le savez, y compris notre mort à tous provoquerait des émissions assez
importantes de gaz à effet de serre. Mais si nous décidions de réduire drastiquement nos émissions
de gaz à effet de serre à l'intérieur de l'Hexagone et y compris Outre-Mer, ça ne changerait pas
d'un millième de millième la composition de l'air que nous respirons. L'air se déplace au-delà des
frontières. Parce que c'est désormais de l'Humanité qu'il s'agit. Une question d'autant plus
importante évidemment comme chacun le sait qu'elle va constituer la matière d'un débat des pays
riches s'adressant aux pays pauvres. En leur demandant de bien vouloir ne pas accroître trop vite.
Ceci est une grande question qui exige une stratégie et une loyauté de stratégie internationale, ça
ne peut se bâtir efficacement que dans le cadre européen.
Troisièmement, politique énergétique. Je ne vais pas insister beaucoup sur ce
sujet parce que les tensions actuelles sont présentes à l'esprit de chacun de vous. Les tensions
actuelles qui naturellement, naissent du fait que c'est la Russie qui est de très loin le plus gros
producteur de gaz. Le gaz dont nous allons avoir le plus besoin et qu'un certain nombre de pays de
l'Union européenne ont déjà inquiétude et souci et ont expérimenté ce qu'un bras de fer sur ce
sujet pourrait être.
Quatrième grand sujet, politique de recherche, civilisation du savoir. Nous
avons énoncé un catalogue d'intentions magnifiques. Mais ce catalogues d'intentions n'a pas été
suivi des effets que nous avions envisagés. Cela ne peut être qu'une stratégie européenne qui nous
permettra de répondre à cet impératif de la civilisation du savoir et du développement d'une
politique de recherche efficace, transfrontières entre nos universités et nos grands organismes de
recherche.
Cinquième sujet, politique de l'immigration et du co-développement. Je ne crois
pas aux murailles. Je ne crois pas que l'appareil uniquement répressif suffira à répondre aux
contraintes qui vont se poser à nos pays et à nos peuples si nous continuons à avoir à quelques
centaines de kilomètres de nos côtes les vingt pays les plus pauvres de la planète alors que nous
avons au moins dix des pays les plus riches de la planète. Depuis que le monde est monde, quand il
y a des très pauvres menacés de mort et des très riches dans une situation d'abondance et de
surabondance, les pauvres s'en vont chez les riches. Et cela dure depuis le commencement de
l'Humanité et ça continuera et ils viendront à pied, à cheval, en voiture, en radeau, à la nage, en
rampant et en allant déchirer leurs mains sur les barbelés de Ceuta et Melila comme on a eu
l'occasion de le voir. Ils viendront. Il n'y a qu'une stratégie d'émulation, si cela nous
intéresse, c'est une stratégie de développement de ces pays pauvres et singulièrement du continent
africain. Cela ne peut pas se faire dans le cadre des États nationaux. Il y a même beaucoup de
raisons pour lesquelles on pourrait réfléchir à un autre cadre que les États nationaux, c'est un
responsable français qui vous le dit. Et c'est un responsable français qui le dit à un certain
nombre de responsables belges. Nous avons à imaginer et à penser un autre cadre pour notre
développement.
Et enfin,
last but not least, naturellement, capacité diplomatique et volonté de sécurité et de
défense et construction d'une défense européenne. Le chaos dans lequel est plongé le Proche et le
Moyen-Orient, les menaces de prolifération nucléaire que vous avez présentes à l'esprit exigent que
nous prenions une détermination nouvelle dans la construction d'un appareil de défense
européen.
Ayant énoncé les six objectifs, vous voyez qu'il s'agit là, en effet, d'une
volonté pour que l'Europe devienne un acteur de la scène du monde. Naturellement, il serait
souhaitable à mes yeux, et j'en suis à ma conclusion, que l'ensemble des États membres se
reconnaissent dans cette nouvelle ambition. Mais il est probable que seul une partie d'entre eux
voudront aller jusqu'au bout. Pour réaliser des avancées significatives dans ces six domaines
politiques cruciaux pour l'avenir de l'Europe et des Européens, sans doute faudra-t-il que
quelques-uns décident d'avancer en pionniers. Dans mon esprit, et notamment pour des raisons de
type économique, le socle de cette Europe politique sera les pays qui ont l'euro en partage. Mais
pour moi, cette base doit être ouverte. Ouverte à ceux qui en accepteront les principes et les
obligations. C'est ainsi que se constituera le premier cercle européen selon des procédures qu'il
faudra étudier mais qui devront en tout état de cause être démocratiques et non pas seulement
inter-gouvernementales. Il ne s'agit pas d'une Europe à géométrie variable ni d'une Europe à la
carte. C'est plus proche de ce que nos amis allemands ont appelé naguère le noyau dur ouvert à tous
ceux qui entendent mutualiser la défense de leurs intérêts et la promotion de leur valeur. Pour
faire de l'Europe un acteur politique à part entière dans le monde de demain, il n'est pas, selon
moi, d'autres voies d'une articulation réussie entre une Europe plus large, Europe de l'échange, de
la régulation juridique et de la démocratie et une Europe plus dense constituée de ceux qui ont
plus d'exigence et d'ambition. Ce sera la tâche des dirigeants européens de la nouvelle génération,
ceux de la deuxième décennie du XXI° siècle, de relever et de gagner ce pari.
Pour ma part, si je suis élu, je ne ménagerai pas mes efforts pour mobiliser et
engager mes concitoyens sur la seule voie qui soit vraiment créatrice d'avenir. Ceci est pour nous
une mission et une charge. Pendant très longtemps, notre génération s'est considérée comme la
génération des héritiers émus et reconnaissants à l'endroit de ceux qui avaient fait le travail
pour elle. Il est temps que nous passions de la génération des héritiers à la génération des
fondateurs.
Je vous remercie."
PROMESSE D EUROPE oui non
L EUROPE est en panne………… pas tant que ça si j’en juge pas l’accord récent sur la libéralisation du ciel Qui souligne d’ailleurs à mon avis la faillite des arguments pour le non et donnent raison à ceux qui prédisaient que le non n’entraverait finalement que très peu l’Europe du grand marché consumériste sans ses accessoires constitutionnels pour le bonheur de ceux qui ne veulent que cette Europe la .Sans parler de la dynamique censé surfer sur le non, les contre propositions qu’on attend toujours (plus vraiment d’ailleurs) Le problème pour la gauche (l'extrême aussi) c’est qu’à force de vouloir une Europe qui ne devrait être que de gauche gauche elle se met dans l’incapacité de la faire avancer à supposer qu’elle en ait vraiment envie, on est si bien chez soi dorloté par son état mère poule ses médias si compréhensives le souvenir des trente glorieuses mai 68 1981........le bonheur est dans le pré c’est sur c’était chouette mais aujourd’hui n’est pas hier ni demain alors l’Europe vous pensez……dommage Le PS peut toujours essayer de faire et se faire encore rêver rien pour l’instant n’a empêcher l’économie mondialisé de donner ses coups de boutoir pour imposer sa loi et pourtant je nous vois mal barré sans la dimension européenne à moins de pouvoir transformer la France en une Suisse bis et socialiste mais la c’est pas gagné De plus les couleuvres du libéralisme ça fait belle lurette que le PS les a avalées avec les intérêts même si le mot entreprise paraît pour certains PS (pas tous évidemment) encore un gros mot pour la forme évidemment Alors il reste l’état ce brave état notre maison……. Mais ça c’est plus vraiment de la grande politique ce n’est plus vraiment la république ou alors en tout petit Chez SARKO je suppute une Europe transatlantique grand marché ou la performance global à l’anglaise (on compte pas les morts juste le rendement) l’emporte, déjà à l’oeuvre finalement la aussi c’est pas gagné Bref ce non cet échec c’est le non de tout le monde ceux qui ont mal défendu le oui ceux qui ont fait du pensum constitutionnel une lecture indigeste ceux qui l’ont trop bien ou trop mal lu avec trop bonne ou mauvaise foi Trop tôt trop tard………….évidemment c’est la faute au plombier polonais mais ça ne l’empêche d’être la même notre brocanteur Louis la brocante en a vus FB parce qu’il est un européen convaincu est à mon sens le seul apte à gérer cette grande affaire parce que les mots social économie entreprise ne sont pas pour lui des gros mots ni des idéologies et qu’il en assume toutes les complexités S étant tantôt socialiste du dedans du dessus du dessous des côtés droits et gauches un peu people un peu féministe un peu vielle France un peu France nouvelle un peu sévère un peu gentil autoritaire mais pas trop médiatique (très show bizzz ça trés la 1 et son clone la 2 si socialiste curieux non ) je me demande encore commun un socialiste doté d’un peu de sens commun peut bien s’y retrouver et comment un socialiste ayant ce même sens commun peut encore croire au PS Franchement arrêtez de vous faire du mal arrêtez de nous faire du mal changez et vite assumez ce que finalement vous avez si bien accepté avec la bonne conscience d’un bigot dont l’état est l’église mais au fond ne souhaitez vous pas que SARKO l’emporte pour préserver votre fond de commerce ………..risqué quand même Un peu de courage il nous en faudra à tous
le peuple français a dit non.
Il est totalement inexact d'affirmer cela, parce que ce n'est qu'une partie (et j'en fus) du peuple français qui a dit non, y compris pour des raisons assez bien explicité par François Bayrou. Alors que certains de ses militants, sur des forums, laissent malheureusement entendre que ceux qui ont voté non n'aimaient pas l'Europe, étaient de mauvais Européens. Nul doute qu'une nouvelle vraie constitution bien rédigée et expliquée, plus "sociale" , suscitera l'adhésion et le vote oui, non pas de tous les Français, mais d'une majorité de nos concitoyens , espérons-le, supérieure à 66 % des inscrits. La politique se portera mieux quand, enfin, on aura le soin constant de peser ses mots pour éviter la croissance des maux pesants.