Discours de François Bayrou en clôture du Forum des Démocrates
La question est celle-ci : est-ce que l’offre politique qui a été proposée aux Français jusqu’à maintenant, est-ce que cette offre est suffisante ? Est-ce que cette offre est satisfaisante ? Est-ce que l’UMP, version Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste, comme les deux choix obligatoires, avec autour d’eux un nombre limité de satellites sans grande importance… Est-ce la bonne réponse aux attentes de notre peuple, aux attentes présentes, aux attentes à venir ?
Pendant des mois de campagne électorale présidentielle, mon engagement n’a eu qu’un sens, et le vôtre avec moi : montrer aux citoyens qu’ils n’étaient pas condamnés à ce choix entre deux impasses. Qu’il était de leur droit d’électeur, et de notre devoir de candidat, de tracer un autre chemin.
Discours de François Bayrou
Clôture du Forum des Démocrates
Seignosse, dimanche 16 septembre 2007
Chers amis,
Je veux vous dire combien je suis heureux de ces rencontres, et combien je veux remercier
ceux qui les ont organisées, sous la direction de Jean-Marie Cavada, autour de lui, l’équipe
des Jeunes qui a travaillé tout l’été ; tous les collaborateurs et bénévoles ; les
responsables locaux de notre famille politique… Je suis heureux de saluer et de remercier
Ladislas de Hoyos, maire de Seignosse, et je veux remercier l’équipe qui m’a entouré
toute cette période. (…) ; l’équipe que nous formons ensemble est solide, expérimentée
et forte, contrairement à ce qu’on écrit ici ou là…
Je suis heureux que nous vivions ce moment de fondation ensemble et j’éprouve une
impression de responsabilité très grande.
La question est celle-ci : est-ce que l’offre politique qui a été proposée aux Français
jusqu’à maintenant, est-ce que cette offre est suffisante ? Est-ce que cette offre est
satisfaisante ? Est-ce que l’UMP, version Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste, comme les
deux choix obligatoires, avec autour d’eux un nombre limité de satellites sans grande
importance… Est-ce la bonne réponse aux attentes de notre peuple, aux attentes présentes, aux
attentes à venir ?
Pendant des mois de campagne électorale présidentielle, mon engagement n’a eu
qu’un sens, et le vôtre avec moi : montrer aux citoyens qu’ils n’étaient pas
condamnés à ce choix entre deux impasses. Qu’il était de leur droit d’électeur, et de
notre devoir de candidat, de tracer un autre chemin.
Et je veux vous dire quelle était l’orientation de ce chemin : non pas le « ni-ni »,
j’ai toujours détesté cette expression, non pas le « moitié-moitié », mais une voie
originale, dont je veux rappeler les principaux axes. C’est du positif que nous faisons,
c’est un projet que nous défendons.
Nous avons dit aux Français : l’affrontement clanique d’un camp contre
l’autre n’est pas l’avenir de la France !
Nous avons dit aux Français : le pays souffre d’un manque de vérité, le déficit que
nous accumulons, la dette qui en résulte, personne n’y gagne. Et au bout du compte,
c’est tout le pays et d’abord les plus fragiles, qui devront la solder !
Nous avons dit aux Français : penser l’économique sans penser le social, et vouloir le
social sans penser l’économique, c’est se condamner à l’échec, échec par rejet
d’un côté, échec par insuffisance de l’autre. Nous voulons au contraire penser en un
seul mouvement ce que nous avons appelé la « social-économie » : créativité, solidarité, durabilité
!
Nous avons dit aux Français : si dans un temps difficile, vous ne devez retenir qu’une
seule priorité, retenez l’éducation ! Et au lieu de saupoudrer l’argent des aides aux
entreprises, concentrez-le sur la création d’emplois nouveaux : d’où les deux emplois
sans charge par entreprise, une des propositions que les Français avaient le plus entendues.
Et tout cela les Français, qui se sont investis comme jamais dans une campagne électorale,
tout cela les Français l’ont entendu, ils se sont mobilisés dans un mouvement de confiance
sans précédent à ma connaissance, qui nous a fait passer de 6 % à près de 19 % des voix en quelques
semaines.
Et naturellement, nous, vous, moi, l’équipe qui m’entourait, nous avons vécu ce
surgissement, cette vague, avec le cœur battant, avec le sentiment de vivre un moment
historique, sans avoir tous les jours la certitude que cela allait durer … puisque tous les
commentateurs, tous les savants, tous les doctes docteurs, nous disaient que c’était
impossible, que cela allait s’écrouler, allait disparaître ! Que nous n’avions pas à
exister ! Et d’ailleurs, ils continuent et vont continuer imperturbablement pendant les cinq
ans qui viennent ! Jusqu’à ce que la réalité, que nous allons préparer, les démente.
Je pense souvent, fraternellement, à ces sept millions de Français, de femmes et
d’hommes de chez nous, de toutes les régions, de toute condition sociale, de toute origine :
ce qu’il leur a fallu de constance, de tranquille audace pour braver tous ces savants, pour
maintenir leur choix ! Et je pense aussi aux autres, -combien de millions sont-ils ?- qui voulaient
les rejoindre, qui ont envisagé de voter pour nous, et qui ont fini par être impressionnés, et qui
ont renoncé au vote dont ils avaient envie pour faire un vote de raison, d’un côté ou de
l’autre, dont ils avaient moins envie, dans lequel ils se reconnaissaient moins, mais
qu’on leur décrivait comme un vote utile…
Et donc, à l’occasion de cette élection, deux choses ont été prouvées : la première,
qu’il existait un grand courant démocratique en émergence dans notre pays. Et la seconde,
qu’on a totalement ignorée mais que je veux souligner, c’est que même dans l’état
de nos institutions, état pourtant critiquable ô combien, ce grand courant démocratique était en
réalité dès 2007 en situation de réussir son pari. Car maintenant que nous avons vécu ensemble
– travaux pratiques ! - la première élection au rythme du quinquennat, nous savons bien que
l’élection présidentielle détermine l’élection législative et que si nous avions gagné,
une vague orange aurait immédiatement créé un équilibre nouveau dans notre pays !
Comme vous le savez, aussi près que nous ayons été, cela n’a pas été le cas, et nous
avons vécu alors des élections législatives dans une très grande difficulté. Et je veux dire ma
gratitude et mon amitié aux quelques 500 candidates et candidats qui ont porté nous couleurs dans
cette situation extrêmement difficile … je voudrais qu’ils se lèvent et que vous les
applaudissiez, ceux qui sont dans cette salle ! Dans un contexte aussi difficile, ils ont réuni
autour d’eux, qui n’étaient quelquefois pas connus, pas expérimentés, une moyenne de
plus de 8% des suffrages, ce qui dans toute grande démocratie, donne un rôle essentiel à la
formation qui les réunit.
Bien sûr, la hâte du plus grand nombre de nos députés sortants à se retrouver le plus vite
possible du côté du pouvoir, cette hâte n’est pas une nouveauté. C’est une des
faiblesses de la France, que tous les partis les uns après les autres hélas expérimentent, et
c’est pitié que de voir ainsi la faiblesse de caractère s’habiller des grands mots de
l’action pour se retrouver du côté du manche. Cela – je voudrais vous demander de le
vérifier ! - ne se produit nulle part ailleurs dans aucun pays démocratique du monde, et
c’est hélas la règle chez nous. La peur du risque, la peur de l’échéance électorale,
l’attrait infini du pouvoir nouveau, comme si l’on craignait de manquer le train, les
tentations naïves de quelque hochet, tout cela se conjugue pour que chancellent et très vite
succombent les âmes qui paraissaient les mieux trempées ! Nous avons connu cela en 2002. Le RPR a
connu cela du temps d’Edouard Balladur, de la guerre entre Jacques Chirac, il l’a connu
auparavant du temps de Giscard. Maintenant le PS, qui en a longtemps été préservé, fait à son tour
l’expérience amère de ce genre de faiblesse. Ceci est un handicap pour la France. La
stabilité des élus politiques d’un pays, c’est un atout pour l’avenir. Regarder
en face les grands enjeux ne se résume pas à la place qu’on veut occuper.
C’est hélas arrivé au plus grand. En 1951, le général de Gaulle avait réussi à
constituer un groupe parlementaire conséquent : 100 députés. En quelques mois à peine, un par un
d’abord puis par groupes entiers, ces députés se sont tournés vers les délices et les poisons
du pouvoir de l’époque. De Gaulle s’est retrouvé seul, ou presque, et c’était
pourtant de Gaulle ! Et en juillet 52, à peine un an après, devant cette désertion, le mouvement
gaulliste a eu un terrible conseil national. Alors, au milieu de ce conseil national, Malraux
s’est levé, et il a dit ceci, à quoi j’ai souvent pensé pendant cette période : « Si un
certain nombre de parlementaires vous abandonnent, c’est dommage. C’est un incident.
Mais si pour garder ces parlementaires, vous abandonnez une idée, l’idée dont vous avez vécu,
ce n’est pas un incident. C’est un suicide. »
Alors, c’est un désagrément, bien sûr, et parfois, vous le savez bien, une déception
humaine. Mais sur l’autre plateau de la balance, il y a vous ! Vous et les vôtres, et tous
ceux que vous représentez ici, et tous ceux qui vont venir !
Vous, en chiffres d’abord : depuis le mois de juin, nous avons eu 45 000 adhésions
nouvelles. L’UDF jusqu’en 2007, malgré les efforts nombreux qui nous faisions,
c’était 30 000 adhésions au sens des statuts, c’est-à-dire la somme des adhérents sur
deux ans. La moyenne, jusqu’en 2006, Michel Mercier pourra le confirmer, c’était donc
de 15 à 16 000 adhésions acquittées par an. Et depuis la fin du mois de mai, 45 000 adhésions en
deux mois, c’est trois fois plus !
Et bien sûr comme vous le savez, ce sont des adhésions spontanées, non sollicitées, ce
n’est pas le résultat d’une campagne, on n’a pas dépensé un euro pour faire une
campagne, c’est un mouvement de confiance. Voilà pourquoi j’ai dit hier à la presse que
je croyais que dans les dix-huit mois, si nous travaillons bien, nous pouvons envisager sans
crainte l’horizon des 100 000 adhérents pour le Mouvement Démocrate en France.
Cela, ce sont les chiffres, mais je vais vous faire une confidence, il y a longtemps que je
ne compte plus en chiffres. En politique, je compte en visages. Visages nouveaux, venus à
l’engagement pour la première fois de votre vie, qui parfois n’avaient jamais envisagé
de faire ce pas. Visages plus anciennement engagés, qui ont eu d’autres parcours, parfois, et
je n’ai rien oublié de ces parcours plus anciens. Ce long parcours du centrisme comme on dit
- et ce parcours je l’ai fait avec vous et je n’en ai rien renié : CDS, parfois Centre
Démocrate auparavant, quelquefois même MRP (il y a des personnes qui m’ont dit « je reviens
pour la première fois depuis le MRP ! ») ; puis Force Démocrate, puis nouvelle UDF ; d’autres
venus des rangs des libéraux, du Parti Républicain ; d’autres venus de l’écologie
militante, Cap 21 avec Corinne Lepage, ceux qui militaient chez les Verts avec Jean-Luc Bennahmias,
au Parti radical d’un bord et de l’autre, ceux qui ne se retrouvent plus au Parti
Socialiste, d’autres venus de droite, du gaullisme, parfois plus à droite encore. Les uns
recrus de déceptions, les autres avec l’enthousiasme des néophytes, en tout cas décidés une
fois pour toutes à construire ensemble, avec les mêmes valeurs, parce que ce sont les valeurs qui
font le ciment d’une action politique.
Les uns et les autres avec une certitude commune : la situation de la France, telle
qu’elle a été subie dans le passé, ne nous convient pas ; nous voulons lui donner un avenir
différent, fondé non pas sur des intérêts seulement, mais sur des valeurs démocratiques ; et nous
voulons le faire en rassemblant.
Voilà pourquoi j’ai voulu à la première minute de cette rencontre apporter modestement
ma pierre, comme 700 autres parmi vous, en proposant (et libre à vous de corriger, réécrire, et
réorienter) après avoir lu les centaines de contributions que vous avez adressées, sous toutes les
formes, en prose le plus souvent, et parfois aussi en vers, en proposant un brouillon de charte des
valeurs qui dise des choses précises, et non pas de vagues bla-bla sur ce que nous voulons en
commun, et une charte éthique sur ce que ce combat suppose de droits et de devoirs.
Je sais bien que beaucoup d’autres ont travaillé et réfléchi à ces deux documents
fondamentaux. Nous allons constituer avec eux les deux premiers groupes de travail, il y en aura
beaucoup d’autres sur tous les grands sujets du pays, qui se mettront en place avant le
congrès de fondation du mois de novembre. Et avant ce congrès, chacune des organisations
départementales choisira des instances provisoires qui permettront que tout le monde soit
représenté, que personne ne soit exclu.
Pour tous les débats, il y aura une organisation sur internet - et je veux remercier tous
ceux qui s’occupent d’internet, avec Béatrice Pouyès, c’est une tâche très
lourde, et je remercie à l’avance tous ceux parmi vous qui ont des compétences sur internet
et vont se réunir à nous pour travailler à notre organisation internet. J’en profite pour
dire à tous ceux qui m’eng… parce que ce n’est pas assez performant : c’est
bien que vous nous eng…, c’est encore mieux que vous nous proposiez votre aide, votre
participation !
Et ainsi se trouve naturellement la réponse à la question qui a été posée tout au long de
l’été : « mais comment vont-ils pouvoir vivre ensemble ? ». Ils vont vivre ensemble, à
égalité de droits et de devoirs –et j’y tiens-, parce qu’ils veulent vivre
ensemble. Et ils considèrent que d’avoir des parcours différents, c’est une richesse
pour travailler ensemble, ce n’est pas un handicap, c’est une richesse !
Et eux qui prônent le rassemblement en dehors, ils vont le pratiquer à l’intérieur. Et
cet élargissement, ce rassemblement, cette rénovation, ça s’appelle la vie, la vie qui bouge,
la vie qui fait bouger, la vie qui vous apprend que, comme dit à peu près l’Ecclésiaste, il y
a un temps pour regarder le passé et un temps pour construire l’avenir.
J’ai un message pour chacun d’entre vous dans cette période où nous entrons : «
soyez fiers de ce que vous êtes, soyez fiers de votre passé si vous en avez, et même de vos
hésitations si vous en avez connu, ne reniez rien, assumez. Vous avez cru en quelque chose, vous
vous êtes trompés peut-être, ou simplement les temps n’étaient pas mûrs. Eh bien, vous
n’entrez pas dans cette maison contre ce que vous avez cru, vous y entrez avec ce que vous
avez cru. Et c’est comme cela que nous allons parler à la France, parce qu’elle aussi
est diverse, et qu’elle a besoin qu’on ait le cœur et l’âme assez large pour
l’aimer comme elle est, dans sa diversité, dans son pluralisme, nous qui sommes les
défenseurs du pluralisme, de la diversité, de la compréhension et du rassemblent… »
Et nous porterons un seul nom. Et c’est un grand nom. Le Mouvement Démocrate.
Cela nous évitera d’avoir à nous définir par rapport aux autres – et ainsi de
leur concéder un avantage décisif !
Il me semble que le temps est venu que nous nous définissions non pas par rapport aux autres,
mais par rapport à nous-mêmes, à ce que nous sommes, à ce que nous croyons, à ce que nous voulons.
Je n’ai jamais renié ce qu’il y a de juste dans l’aspiration du centre.
Mais dire centre, c’est se définir par rapport à la droite et par rapport à la gauche. Et
nous, nous sommes démocrates !
Comme on dit « les conservateurs », comme on dit « les socialistes », on dira « les
démocrates ».
Nous sommes démocrates d’abord parce que démo veut dire « peuple », et parce que
nous croyons au peuple davantage qu’à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de
pouvoir et de privilèges.
Nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’état de citoyen est un état
supérieur d’appartenance à la cité.
Enfin nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’irruption de la société de
l’information rend nécessaire et permet enfin que se réalise la conviction qu’a
exprimée le premier, il y a cent ans, Marc Sangnier, que je n’ai jamais entendu formuler
aussi précisément : « la démocratie est l’organisation sociale qui porte au plus haut
la conscience et la responsabilité des citoyens ». Et nous, nous voyons dans cette conscience et
dans cette responsabilité le moteur même du progrès de la société et du progrès individuel des
hommes. Vous pouvez applaudir, ça me permet de boire un coup !
Et il y a un grand courant démocrate en formation dans le monde. Et le monde a besoin de ce
courant.
En Chine, démocrate, cela veut dire résistant. Au Japon, démocrate, cela veut dire, ça va se
passer ces jours-ci, défenseur du changement. Aux Etats-Unis, démocrate, cela veut dire hommes et
femmes de progrès.
Et bientôt en Afrique, et bientôt en Amérique du Sud, et bientôt dans l’ensemble du
sud-est asiatique, et déjà en Inde avec le Parti du Congrès, une internationale démocrate se
formera.
Et chez nous, en Europe, vous avez vu vendredi avec Nick Clegg, ce qu’il y a
d’énergie chez les Libéraux démocrates, vous avez vu avec Sandro Gozi qui nous apportait le
salut de Francesco Rutelli et de Romano Prodi ; en France avec nous et bientôt, je le crois, dans
l’ensemble des pays européens, l’organisation des démocrates dira que l’avenir ne
se résume pas à la fatalité et à la soumission aux dominants. C’est notre message pour le
continent européen et pour notre pays.
La question est celle-ci : soumission ou résistance au modèle dominant dans le monde ?
Il y a un modèle dominant, extraordinairement efficace, extraordinairement puissant,
extraordinairement performant, comme on dit, si du moins on considère que la performance se mesure
uniquement à la puissance.
Ce modèle dominant, contrairement à ce qu’on dit en France, on ne doit pas le qualifier
de « libéral ».
Du libéral, de la liberté, il en faut, et je ne crois pas que l’on puisse construire un
projet de société humaniste qui ne prendrait pas en compte les principes qu’ont exprimé les
grands penseurs libéraux. La liberté, c’est le premier des droits de l’homme, et comme
vous le savez, l’habeas corpus l’a dit pour l’ensemble de l’Europe. Et la
liberté c’est la condition d’une économie en bonne santé et d’une société en
bonne santé.
Ce modèle, c’est le modèle « inégalitaire », et même le modèle super-inégalitaire, que
j’ai appelé récemment dans la revue « Commentaire » le modèle d’inégalité croissante.
Le modèle où les inégalités s’accumulent, au travers des générations. Des fortunes très vite
faites, notamment dans l’univers financier, et par la suppression des droits de succession,
l’accumulation de patrimoine, l’accumulation du capital, qui se poursuit sur plusieurs
générations, faisant de l’inégalité croissante le principe même de ce modèle.
Une étude a parue cette semaine montre que l’augmentation du niveau de vie des
Etats-Unis ces dernières années a profité, entièrement, aux 5 % les plus riches de la population
américaine, et pour la moitié au 1 % les plus riches. Les 95 % autres, ceux qui travaillent, ceux
qui triment, et qui travaillent beaucoup, et qui travaillent plus que nous, pour créer une
croissance de l’ordre de 4 % par an, ceux-là ont stagné ou reculé ! Et cela est rendu
possible, évidemment, par la pression continue que crée sur le marché du travail une immigration
très importante, de l’ordre de 1,5 million / 2 millions de personnes par an, bien contents
d’échapper à leur misère -et comment le leur reprocherait-on ?- et dont la présence toujours
plus nombreuse explique que le prix du travail non qualifié baisse constamment. C’est une
société inégalitaire, et ce n’est pas l’aspiration de la société française.
Je veux être parfaitement objectif : cela a été pensé, non pas voulu, mais pensé :
l’inégalité croissante comme moteur des sociétés -et c’est un moteur bigrement
puissant- l’accumulation continue de capital au profit de quelques-uns ; la prééminence de
l’univers financier, obsédante, qui fait que ce qui défile constamment au bas des écrans des
chaînes d’information, inlassablement, ce sont les cours de la bourse ; l’influence
incroyable de cet univers sur la politique américaine, puisque ce sont ceux-là, les mêmes, qui
paient les campagnes des deux camps, tout cela c’est un modèle de société, et ce n’est
pas le nôtre.
Je croyais, je crois, je croirai toujours que face à ce modèle dominant, quand bien même tout
le monde plierait, il y aurait toujours dans le monde une résistance, et que cette résistance,
c’est celle de la France !
Inégalité comme principe, ou égalité comme recherche, ceci définit deux projets de société.
Égalité ne se résume pas à égalitarisme. La recherche de l’égalité réelle, de droits et de
devoirs, a besoin d’être redéfinie, elle ne l’a pas été depuis longtemps.
Et si j’ai eu depuis si longtemps une confrontation avec Nicolas Sarkozy, une
confrontation politique, une confrontation sur le fond, c’est sur ce modèle de société.
Voyez-vous, je connais Nicolas Sarkozy depuis longtemps. Nous sommes de la même génération.
Nous avons exercé à peu près au même âge des responsabilités – Marielle peut en dire quelque
chose, elle qui coordonnait les Etats Généraux de l’Opposition au début des années 90 avec
Alain Madelin et Nicolas Sarkozy.
J’admire son énergie, et il le sait. Je le lui ai dit. Il est brillant. Il ne baisse
jamais les bras. Il sait communiquer. Il est tous les jours à la télévision, il est infatigable
(c’est plutôt nous qui sommes fatigués, d’où la fortune de l’idée d’une
journée par an sans Sarkozy à la télévision…), il est brillant, je lui ai dit qu’il est
« vaillant », il s’occupe de tous les sujets, il a de l’organisation. Je ne suis pas en
guerre avec lui, et encore moins en guérilla, parce que j’ai toujours pensé que quelle que
soit la place qu’on occupe, au pouvoir, où il est, et même au pouvoir absolu, on va y revenir
… ou hors du pouvoir, où nous sommes et où nous avons choisi d’être, quelle que soit la
place qu’on occupe, on est co-responsables de l’avenir du pays, et il faut exercer
cette responsabilité.
Je n’ai pas de contentieux personnel avec lui, nous n’avons pas de cadavre dans
les placards.
Mais j’ai avec lui un conflit de valeurs. J’ai une confrontation sur les valeurs
et cela va bien plus loin qu’une divergence sur les « mesures », comme on dit, qu’il
faut décider et prendre. Les valeurs, c’est ce qui donne sens à la vie.
J’ai été frappé depuis longtemps et je le suis encore plus depuis qu’il est au
pouvoir, que tous ses choix montrent, même si parfois je soupçonne qu’il ne s’en rend
pas compte, ou qu’il en minimise la portée, ses choix montrent qu’il conduit la France
non pas à la résistance contre ce modèle dominant, mais à l’alignement sur ce modèle dominant
!
Les signes multipliés au monde de l’argent, au CAC 40, aux milliardaires, à
l’univers du Fouquet’s, la « pipolisation » de la société, les vedettes éphémères, la
vedettarisation de la politique, la jubilation des hot-dogs avec Bush père, Bush mère, Bush couple,
- et que j’ai aimé ce jour-là que Cécilia Sarkozy ait une angine blanche !- et
qu’aussitôt rentré on se précipite, toutes affaires cessantes, pour envoyer le ministre des
Affaires étrangères en Irak, pour y dire tout haut ce que l’administration américaine pense
tout bas, et que le ministre de la Défense vienne et explique sans précaution, sans introduction,
que, toutes affaires cessantes, il faut cesser de « chipoter » et qu’il faut dare-dare
rentrer dans l’OTAN, tout cela - chacun des gestes, pris individuellement, pourrait être
maladresse, hâte de novice, geste improvisé – eh bien tout cela fait un système, et ce
système, je le crois, ce n’est pas le choix fondamental, historique, des valeurs de la
France.
Je m’arrête un instant sur cette déclaration du ministre de la Défense sur
l’OTAN. On peut discuter, on peut réfléchir, à un nouvel équilibre du monde qui construirait
un pilier européen de la défense, qui se placerait face aux Etats-Unis et avec eux, à égalité de
droits et de devoir. Ce n’est pas un médiocre sujet de réflexion, Philippe Morillon sait ce
qu’il en est. Mais que le ministre de la Défense, dans l’exercice de ses fonctions, à
l’université d’été de la Défense, présente ces quarante années d’indépendance
ombrageuse de notre pays, comme du « chipotage », comme du « barguignage », ces mots péjoratifs,
ces mots condescendants, ces mots qu’utilisent les machos qui se moquent des vieilles filles,
alors il y a là en effet une rupture avec ce qui a été la grandeur, l’horizon, non pas le
rêve, mais l’idéal d’indépendance de la France dans le monde.
Et que ce soient des ex-gaullistes qui proclament cette politique du « rentrer dans le rang,
vite, dare-dare, et le plus tôt sera le mieux, et que la France en finisse avec ses scrupules, avec
ses combats », alors on comprend que la formation du gouvernement, ce n’est pas un hasard,
c’est qu’il y a un lien profond depuis longtemps entre ceux qui occupent ces
responsabilités, et l’on se souviendra alors des débats sur la guerre en Irak, et de qui
disait non, et de qui voulait qu’on se range…
C’est une question de valeurs ! Et c’est pour moi un constant sujet
d’étonnement, et de méditation.
Tous les hommes, je ne dis pas politiques, mais à coup sûr les hommes d’Etat français,
depuis le premier jour de la cinquième République, tous ont partagé implicitement le même
patrimoine de valeurs profondes. Qu’ils fussent de droite, de gauche, du centre, et pour
certains au-dessus, ils avaient des qualités et des défauts, mais ils avaient en commun une chose :
ils ne s’alignaient pas. Ils étaient les détenteurs et les porteurs et les garants de cette
flamme de l’indépendance française, et de cette idée que nous, France, parmi les nations,
notre destin était de porter des valeurs universelles pour le monde ! Tous ! Chacun à son rang, à
sa place, à sa manière, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing,
François Mitterrand, Jacques Chirac.
Et dans cette chaîne, voilà la rupture. Les mots ne sont jamais choisis au hasard. Vous
comprenez bien que les hommes dits de droite et les hommes dits de gauche, et ceux du centre, ont
également maintenu –vous vous souvenez de cette devise orgueilleuse, « je maintiendrai ! »-
ont également porté le drapeau. Et pour la première fois, avec des grands mots, avec de grandes
figures, avec des citations à la pelleteuse de Jaurès, de Clémenceau, avec le pauvre Guy Môquet que
l’on met désormais à toutes les sauces, et les moins séantes ! et dont au bout du compte,
évidemment, je le dis avec tristesse, la mémoire sera la première à souffrir, parce que
l’émotion vraie va mal avec l’overdose, avec tous ces grands mots, avec toutes ces
grandes déclarations, en réalité, au-dessous, l’œuvre entreprise, c’est
l’alignement de la France sur le modèle qui domine le monde et, ça durera quelques mois
encore, sur l’administration qui l’incarne le plus ouvertement !
Le modèle où l’on vénère l’argent, non pas l’économie, non pas la création,
non pas l’entreprise, mais où l’on propose l’argent comme valeur. La ministre de
l’économie l’a dit, naïvement peut-être, sans nuances. Elle a dit : le but du
gouvernement, c’est de « réhabiliter l’argent, corollaire du succès… ».
Je pensais qu’il y avait bien des choses à réhabiliter en France : l’effort,
l’esprit critique, l’idée de justice, l’esprit démocratique, la séparation des
pouvoirs, le respect des citoyens, l’amour de la liberté, mais j’avoue qu’il ne
m’était pas venu à l’esprit que le but d’un gouvernement de mon pays pût être de
réhabiliter l’argent. J’avais même l’impression qu’il se réhabilite bien
tout seul, dans la société où nous vivons !
Et je conteste, en tant que père de famille, que le gouvernement vienne me dire que
l’argent est le « corollaire du succès ». Comme père de famille, comme tous les pères et
toutes les mères de famille de France, comme éducateurs, nous passons notre vie, et c’est
parfois difficile, songez aux cités où l’on voit les trafics de sa fenêtre, nous passons
notre temps à expliquer qu’il y a autre chose dans la vie, d’autres dignités,
d’autres grandeurs, d’autres succès que l’argent ! Et nous aimerions bien que le
gouvernement nous aide dans cette bataille qui consiste à transmettre à nos enfants une
hiérarchie des valeurs, morales, intellectuelles, philosophiques, spirituelles !
L’argent, les biens matériels, il en faut, il y a beaucoup de gens qui en manquent,
quelque chose me dit qu’il y aura dans les mois qui viennent, beaucoup de Français qui en
auront moins. Et c’est vrai qu’il faut une politique qui permette à la France de
trouver une croissance nouvelle, un emploi nouveau, comme nous le proposions pendant la campagne
électorale.
Mais je crains que précisément cette orientation de fascination et de complaisance pour la
réussite financière mette en cause, le jour venu, et il viendra très vite, la politique de rigueur
qui se profile à l’horizon de cette rentrée.
Je considère que c’est une grande occasion manquée. Pour la première fois dans notre
histoire nationale, et je crois pouvoir le dire, en partie grâce à notre campagne … pour la
première fois, le déficit et la dette qui nous plombent et nous plomberont dans les décennies qui
viennent, étaient devenus un sujet politique et une préoccupation pour les Français. Pour la
première fois, notre peuple avait pris conscience qu’il y avait dans cette facilité un
handicap et une injustice. Et il était prêt à l’effort.
Au lieu d’aller dans le sens de l’effort, les premières décisions du
gouvernement, les premiers votes de la majorité ont été, au contraire, pour distribuer 15 milliards
d’euros que la France n’avait pas, aux plus aisés de nos compatriotes. On a aggravé le
déficit du pays alors qu’il fallait le réduire, on l’a aggravé toutes affaires
cessantes, pour faire selon le mot du ministre des Finances allemand, des cadeaux à une clientèle
électorale. Et bien sûr, ce n’est pas juste. Mais mon inquiétude va au-delà : je crains que
ce ne soit contre-productif.
Car si on voulait dépenser cet argent, il fallait le concentrer sur la production et sur
l’emploi : c’est ce que je proposais à ma manière, même s’il y en avait peut-être
d’autres, de faire avec les deux emplois sans charges. Il ne fallait pas le diriger vers la
consommation qui relance en effet l’économie, mais principalement l’économie des pays
chez qui nous allons chercher des biens de consommation. Et c’est pourquoi je n’ai
jamais cru que nous obtiendrions une relance de la croissance comme on nous le racontait… Et
je n’étais pas le seul de cet avis, je veux rappeler le rapport Pébereau, qui disait
qu’il ne fallait pas actuellement baisser les impôts…
Plus encore, quand le moment viendra, -et il vient, d’ici quelques jours si mon
intuition est juste !-, où en raison de ces décisions nous allons être rattrapés par la réalité,
par nos engagements, par l’impératif des comptes qui dérapent, alors ces largesses vont
revenir en boomerang, et les Français vont répondre : « vous nous demandez des efforts à nous qui
avons peu, pourquoi alors avez-vous été si généreux avec ceux qui ont beaucoup ? »
Ces décisions, ces largesses, ces cadeaux, ce climat de facilité totalement artificiel dans
lequel on a fait baigner la France pendant les premiers mois de ce mandat, ils ont empêché de faire
la pédagogie de la réforme, qui est la moitié de son succès. Et comme il n’y a rien de plus
fort que les symboles, ils ont symboliquement, à l’avance, fragilisé le crédit des réformes
que nous allons devoir faire.
Et bien sûr, il y a dans la majorité beaucoup de femmes et d’hommes, beaucoup de
responsables et nous le connaissons, y compris dans le parti majoritaire, y compris des femmes et
des hommes de droite, y compris des femmes et des hommes libéraux, qui, sans pouvoir le dire, sans
oser le dire, partagent cette inquiétude.
Mais -et c’est un drame pour la France- nous avons des institutions qui interdisent la
parole libre. Pour parler librement en France, il faut, vous le savez bien, avoir le sens du
sacrifice !
Il faut affronter la disgrâce, dans ce pays où, bien plus que ça n’a jamais existé,
c’est la faveur du prince qui fait tout : les nominations, les subventions, le bruit
favorable, ou au contraire le noir de la réprobation et du silence.
Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont, je le dis en pesant
mes mots, indignes d’un grand pays comme le nôtre, indignes d’une démocratie, qui nous
font régresser ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui
n’est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons
l’absolutisme présidentiel ! et cet absolutisme présidentiel est un handicap, un facteur de
retour en arrière pour notre pays.
Le président de la République décide de tout, tranche sur tous sujets, le gouvernement a
disparu, sauf ceux qu’épisodiquement distingue la faveur qui vient d’en haut, le
Premier ministre est ravalé publiquement au rang de « collaborateur » (je crois qu’il
l’a mal pris, il a bien fait), les ministres - on nous en avait promis quinze, ils sont
plusieurs dizaines, chacun avec leur cabinet et tout leur appare, et leur incognito. Chacun pour
être bien vu du pouvoir, du président ou de sa femme qu’on décrit comme toute-puissante dans
l’ombre, se précipite dans un concours de lèche permanent, le cirage de pompes est devenu un
sport national dans notre pays. Les journaux économiques les plus sérieux vous expliquent que les
grandes décisions qui vont concerner l’avenir économique de la nation et l’Europe ne
peuvent être prises que par le président lui-même, et que derrière chaque grande décision,
vérifiez, vous verrez dans les articles, il y a un tel qui est « proche », je ne sais pas ce que
sont les « proches », il y a un « proche » du président de la République. Et l’absolutisme
présidentiel est devenu tel que le secrétaire général de l’UMP s’est cru obligé de
faire une très sérieuse déclaration publique pour dire qu’il va falloir très vite que
l’on règle en France le statut de l’épouse du chef de l’État « il faut le faire,
dit-il, nous sommes en retard, les monarchies ont traité cette question depuis longtemps » !
Il faut que notre pays sorte de cet archaïsme … En quel temps vivons-nous qu’il faille
rappeler au premier responsable du parti au pouvoir que précisément, s’il le veut bien,
s’il l’accepte, il y a une petite différence, une nuance, c’est que nous ne
sommes pas une monarchie, nous sommes une République et nous avons bien l’intention de le
rester !
La République, en France, est garante de la démocratie, et la démocratie est la protection de
la République ! Et la Constitution le consacre : « la République est démocratique, laïque et
sociale ».
Et c’est pour cela que la réflexion qui est ouverte sur nos institutions, à laquelle
vous avez participé, Michel Mercier …, est si fondamentale.
Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de
l’absolutisme et de la faire entrer dans l’ère nouvelle d’une authentique
démocratie, comme celles qui existent dans les pays du même niveau de développement que le nôtre.
Et pour cela de retrouver la pierre de fondation de toute constitution démocratique, qui est
la séparation des pouvoirs.
C’est tellement important, la séparation des pouvoirs, que la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen, écrit solennellement qu’un pays qui ne respecte pas la
séparation des pouvoirs « n’a point de constitution ».
Il faut clarifier les choses d’abord : écrire que le président « détermine » la
politique de la nation, le gouvernement la « conduit ». Que le président « nomme » et « met fin »
aux fonctions du Premier Ministre, on mettra ainsi le droit en accord avec le fait et avec la
logique. Certains bons esprits pensent qu’il faut mettre un terme à la responsabilité du
gouvernement devant l’Assemblée nationale ? Je pense qu’il faut la maintenait. On écrit
une Constitution pour les temps où ça va mal, car il peut y avoir des crises. S’il n’y
a pas ce recours de la censure, il n’y a plus d’autre recours que celui de la rue !
C’est le judiciaire. Il y a de grands doutes, y compris parmi les magistrats. Il faut
instaurer l’indépendance de la justice en France, et je pense que ça passe par le statut du
Garde des sceaux. Je pense qu’il ne doit pas être un Ministre comme les autres, parce
qu’il est responsable de la politique pénale, parce qu’on se tourne vers lui quand il y
a des attentes du côté de l’indépendance. Il doit être nommé par le Président de la
République et investi par l’Assemblée nationale par un vote à la majorité qualifiée,
reflétant l’accord des grandes tendances du pays, pour qu’il représente le peuple
français. Je propose qu’il préside le Syndicat de la Magistrature, soit le garant de cette
indépendance et de cette protection à laquelle les magistrats ont droit dans un pays libre.
Et il y a le Parlement. Le seul moyen de rendre au Parlement le pluralisme et
l’indépendance, la parole libre, c’est une part substantielle des sièges à la
proportionnelle. Parce qu’un peuple ne doit pas être représenté uniquement par ses majorités
– un des principes de la démocratie, c’est la protection des minorités par rapport à la
majorité. Je suis de ceux qui pensent importante la « dynamique majoritaire », j’ai proposé
que la moitié des sièges soient au scrutin majoritaire, il y a la demande que les citoyens puissent
élire directement leur député. C’est conciliable : j’ai démontré à la Commission
Balladur qu’il suffit d’un petit nombre des sièges pour le faire. Il suffit que les
sièges distribués à la proportionnelle corrigent les excès du scrutin majoritaire : 10 % des sièges
suffisent. En 2007, trois formations ont passé la barre des 5% : nous aurions obtenu 32 sièges si
la moitié de l’Assemblée avait été élue à la proportionnelle. Nous en avons obtenu 4, il
suffisait d’en ajouter 28. Si même le FN avait dépassé 5%, il aurait eu droit à 15 sièges ;
28+15 = 43 donc avec un tout petit nombre de sièges on peut obtenir un résultat de justice. Il
n’y a donc aucun obstacle de principe pour qu’on réalise la justice dans notre pays, il
n’y a qu’une question politique : est-ce qu’on veut l’égalité des citoyens
devant le suffrage ou est-ce qu’on la refuse ?
Le rapport dit Weill-Raynal du Parti socialiste disait à la fin des années 1970 : électeurs
de gauche à Neuilly, de droite à Saint-Denis, votre suffrage compte à jamais « pour du beurre ». Ce
n’est pas normal : citoyen français, il n’y a aucune raison de vous écarter de la
représentation.
Et il reste la grande question des médias. Leur indépendance, leur pluralisme, devrait être
protégé explicitement par la Constitution. Et je ferai une proposition en ce sens. Certains diront
que ça n’arrivera jamais ? Je voudrais développer un point de vue plus optimiste.
Les conditions politiques de la réforme de la constitution font que la majorité ne peut pas
faire adopter cette réforme seule. Elle a besoin des voix du Parti socialiste ou des nôtres. Nous
avons donc un devoir pour peser sur une décision aussi importante. C’est dans ce contexte que
je proposerai, avec Michel Mercier, une rencontre à François Hollande et aux présidents des groupes
minoritaires à l’Assemblée nationale et au Sénat. C’est un des rares cas où le pouvoir
et la majorité ne peuvent pas tout. Cela nous crée un devoir, c’est pourquoi je propose
d’en parler avec les grands courants démocratiques du pays, pour que nous fassions notre
travail de réformateurs.
Nous avons voulu cette indépendance. Nous allons assumer ce renouvellement de ceux qui se
présentent aux suffrages des Français, et je vais naturellement parler des municipales.
L’indépendance que nous avons voulue et forgée, et dont nous avons parlé longuement
hier soir, même si nous ne sommes qu’au début de notre chemin, change déjà le paysage
politique de notre pays.
Dans bien des villes, des deux camps, nous viennent des appels à des listes communes. On
entend sur notre droite et notre gauche des sollicitations pour des rassemblements inédits, cela
fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu toutes ces sollicitations !
Dans le plus grand nombre de cas, nous allons devoir faire en sorte que des rassemblements se
produisent au premier, ou au second tour, car la ligne que je défendrai, c’est que nous
soyons présents dans le plus grand nombre de villes de façon indépendante au premier tour, car le
renouvellement choisi par les citoyens est plus important que celui que l’on concède. Mais je
sais qu’il y aura des cas où il faudra regarder avant le premier tour, envisager des
majorités de rassemblement.
J’ai un critère qui est notre marque de fabrique (je m’adresse à tous ceux qui
vont être candidats et j’ai un regard particulier pour Marielle de Sarnez car il y aura
beaucoup d’attention sur les municipales de Paris). Que la minorité soit exclue de toutes les
décisions, c’est archaïque ; les décisions de tous les jours sur l’urbanisme, la
culture, l’école, l’université… exigent que l’on fasse attention à tous les
grands courants de la ville. Je défendrai donc l’idée que ceux avec qui nous accepterions de
nous allier acceptent le pluralisme et le rassemblement au-delà des frontières de leur camp.
Proposons aux Français une conception nouvelle de la vie politique municipale, où l’on
peut rassembler des gens de conviction différente pour aider les problèmes de la vie de tous les
jours. Ce sera une condition sine qua non à notre participation aux coalitions ou majorités de
rassemblement, nécessaires pour que les villes soient gouvernées. Notre critère sera : nos
partenaires seront ceux d’un bord ou de l’autre, nous n’avons pas d’ennemis
dans le champ démocratique français, en tout cas nous imposerons comme article premier des
majorités ouvertes et rassembleuses, et pas sectaires ou avec des œillères.
Et ainsi nous allons commencer, vivre ensemble dans les semaines qui viennent, la
construction, le chemin qui consiste à défendre dans notre pays une idée d’une démocratie de
plein exercice, dans laquelle les citoyens sont pris aux sérieux et pas seulement considérés comme
des objets de communication. Tous les défis qui sont devant nous -je pense par exemple au Grenelle
de l’environnement- ne pourront être relevés que si c’est notre conception du citoyen
qui l’emporte.
Je suis persuadé que le travail que nous allons faire dans ce Mouvement, une proposition
nouvelle dans le champ politique français et européen, que cette proposition de rassemblement est
une bonne nouvelle pour la France.
Je vous remercie.
(Seul de prononcé fait foi).
le travail des journalistes piétinés par les passants : triste spectacle...
Bravo à Laza pour ses réflexions très très justes (13/10 8h17) : tous ces effets d'annonce sur Cavada et d'autres, toutes ces intox sont bien evidemment orchestrés par les amis de Sarko qui détiennent les grands empires de la presse. Arrêtez de croire tout le temps à ces salades ! Comme beaucoup l'ont dit, les propos de Cavada étaient très nuancés et n'avaient rien à voir avec les titres toxiques. Merci à Laza d'avoir pensé à parler des gratuits.Quelle honte que cela existe !! Quand je vais à Paris ou à Lyon et que je vois des trottoirs jonchés de journaux piétinés... Quel immense sentiment de tristesse quand je pense au travail des journalistes... Sont-ils devenus bénévoles pour que leur travail soit négligé à ce point ? Pire que ça ! Le journaliste qui a fait de longues études et travaille dur est aujourd'hui de plus en plus précarisé, le pigisme devient petit à petit la règle et il se sent de plus en plus méprisé ou tout au moins il voit son travail de moins en moins reconnu. Et voilà que maintenant avec cette invention grotesque des journaux gratuits, sa prose est carrément piétinée par des passants pressés, puis balayée par les équipes municipales chargées de la propreté. Quand je pense à tout le travail que représente la rédaction d'un bon article et que je vois ce travail balayé comme une ordure, que j'ai honte, que j'ai honte de ce pays !
Tout à fait d'accord avec "peterforest" (message du 13oct.07 à 21h50)
Merci à "peterforest" d'avoir exprimé une analyse que je partage entièrement, d'autant que je n'aurai pas su le faire en des termes plus précis. Il faut en effet qu'une certaine sérénité revienne afin que l'on ne tombe pas dans des travers que nous dénoncions... n'a-t-on pas dit que nous voulions "faire de la politique autrement"! Il nous revient d'assumer collectivement la confiance accordée, par plus de 7 millions d'électeurs, à l'équipe animée par F. Bayrou. L'heure est au rassemblement et non à la division, même s'il faut accepter quelques "défauts de jeunesse". Je comprends ceux dont le niveau d'exigences est fort (et je suis de ceux-là), mais il faut surtout éviter qu'une impatience justifiée ne nous conduise à une forme d'auto-destruction. Il nous faut, en l'attente de bien nous organiser, faire confiance (lucidement, mais non aveuglément) à nos responsables, nationaux et locaux, qui ont décidé d'accompagner François Bayrou. Dans ce contexte, et afin de faire taire certaines rumeurs qui nous déstabilisent, j'apprécierais que nos principaux leaders nationaux, particulièrement présents à Seignosse et dans les médias (F. Bayrou, M. Mercier, M. de Sarnez, C. Lepage, JM. Cavada...), nous rassurent par une déclaration co-signée.
à PeterForest (entre autres): petit truc pour aérer vos (excellents) textes
Quelques contributeurs qui comme vous proposent de très intéressants points de vue, gagneraient à être déchiffrés plus facilement, grâce à une présentation adéquate et des retours à la ligne fidèles à vos manuscrits originaux.
Voici deux liens qui expliquent comment faire:
Mode d'emploi pour faire des longs POSTS LISIBLES
http://www.bayrou.fr/contributions/d380896d-c7f8-368d-bfb9-3276e5cafa5c
Mode d'emploi pour les ADRESSES TRES LONGUES (fabriquer un lien)
http://www.bayrou.fr/contributions/b3566a59-ae93-33ab-b683-6c9a2c026802
Amitiés démocrates!
Cavada
SVP lisez l'article jusqu'au bout ne vous arrêtez pas au titre ! M. Cavada ne renie pas sa démarche qui l'a mené au centre et vers le centre gauche. Il répond au journaliste ce que nous défendons au Modem : pas de non de principe, toujours ouvert au dialogue ! Si Sarko change de politique du tout au tout s'il renonce à ces dérives xénophobes alors pourquoi pas ? Il ne changera pas et donc nous ne pouvons pas nous entendre avec lui. Mais ce n'est pas une question de personne mais de politique, de valeur, d'orientation.
Laissons le Mouvement Démocrate s'exprimer.
Depuis quelques jours ici dans ce forum on sent une certains panique des militants. Il entendent dire qu'untel va rejoindre le Nouveau Centre, l'UMP et pourquoi pas le PCF, que d'autres veulent entrer en gouvernement et que le Mouvement Démocrate ne serait pas si démocratique que ça à cause d'une certaine "commission d'investiture" non élue et dont chacun à un grief à apporter à cause de sa composition. Soyons franc tout de même : actuellement le Mouvement Démocrate n'est pas encorer prêt pour laisser les militants choisir qui devra conduire telle liste dans telle grande ville. Car en plus de préparer le congès fondateur il nous faut dans l''urgence et hélas pas dans la sérénité préparer les municipales qui seront déterminantes pour notre avenir. Ce qui est en train de nous coûter cher c'est justement le fait que certains veulent une alliance avec les listes tendances UMP et d'autres s'allier avec le PS. Certains se disent aussi "si c'est pour aller avec x je quitte le mouvement car c'est la droite" d'autres affirment la même chose mais dans l' autre sens. Les message de François Bayrou est pourtant clair : il n'y a pas d'alliances automatiques. Dans la mesure du possible il faut privilégier des listes autonomes mais si ce n'est pas possible alors il faut regarder dans là où les idées du Mouvement Démocrate mais aussi et surtout là où le projet pour la commune trouveront un meilleur débouché. Le manque de structures localement fait qu'il y règne un certain désordre. Laisser aux uns et aux autres le soin de s'exprimer est à coup sur l'échec assuré car il n'y aura pas de clarté. En attendant la naissance officielle il faut donc laisser les instances supérieures choisir. Beaucoup, et je les comprends veulent qu'il règne une liberté comme on en trouve nulle part ailleurs mais à trop la vouloir on en oublie l'essentiel : il faut un minimum de discipline pour ensuite aller devant les électeurs et présenter nos idées. Pour avoir déjà tracté je sais que notre parti bénéficie d'une bonne opinion auprès des gens. Des personnes sont toujours hésitantes mais le message commence à passer. Que dirions nous si nous donnions l'image d'un parti qui s'étripe ? François Bayrou doit composer avec les réalités, le chemin qu'il nous a tracé est encore long. Il se doit aussi stratége pour permettre aux uns et aux autres de vivre ensemble. La finalité c'est l'unité mais ça va prendre du temps. Localement il faut faire face à des personnes qui n'ont pas encore choisi entre le MoDem et le Nouveau Centre et il vaut mieux que ces personnes restent avec nous. Il est aussi important et je le souligne que la méfiance entre anciens UDF et nouveaux Démocrates cesse. Les deux parties doivent savoir qu'il est de leur interêt de s'unir si les valeurs du centre (pardon des démocrates !) soient encore défendues. Voila ce que j'avais à dire ici ce soir. J'espère que les têtes de notre exécutif s'exprimeront très vite. Le silence n'est pas toujours bonne conseillère. Enfin la présence de Monsieur Cavada au gouvernement n'est pas encore à l'ordre du jour. Bien souvent les personnes désireuses d'y entrer ne le disent pas aussi ouvertement. je pense encore qu'il s'agit de stratégie car la politique quoique l'on dise reste un immense jeu d'échec où les parties avancent leurs pions avec des idées derrière la tête.