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François Bayrou : « Le centre ne sera plus jamais une force d’appoint ! »

14 juin 2007




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François Bayrou était l’invité d’Europe 1 ce soir. En direct de Pau où il mène campagne en vue de sa réélection dimanche prochain. C’est ce point que s’engage l’émission, sa stratégie d’entre deux tours. Sa manière de regarder le parlement comme un appendice qui devient presque inutile. Il ne doute pas que sa stratégie sur le long terme portera ses fruits. Et que l’affrontement perpétuel entre deux camps rivaux trouvera son terme rapidement pour laisser la place à une troisième voie qu’il dit représenter.

Comme tous les candidats, François Bayrou bat la campagne. C’est pour le président du mouvement démocrate un moment de rencontre. Un rendez-vous démocratique. Il se considère chanceux d’être en face d’ « électeurs amicaux. » Ils l’ont placé en tête de toutes les élections cette année. A la présidentielle, à la législative dans cette deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

François Bayrou se sent en forme. Il ressent comme étrange le nombre inhabituel d’électeurs qui se posent des questions quant aux problèmes d’appareils, alors qu’ils sont loin des appareils partisans parisiens. Ceci constituera à terme un véritable problème, cette « distorsion entre les questions nationales qui ne résolvent pas les questions locales. » Une autre inquiétude perce : la place du Parlement. Il ne doit plus s’effacer. Or, la vague bleue telle qu’elle s’annonce risque d’entériner un régime présidentiel qui exclura l’Assemblée nationale de tout débat. Cela aboutira inévitablement, selon François Bayrou, à un changement des institutions. Tôt ou tard. Cependant qu’il reste sur la même ligne : il y avait une logique à inverser le calendrier électoral. L’élection présidentielle n’aurait été alors, si elle avait suivi les élections législatives, que le prolongement d’un affrontement binaire gauche-droite. Alors que là, François Bayrou a pu défendre les couleurs du Mouvement démocrate.

Il tient à dénoncer le retrait sans grande signification du candidat UMP qui lui était opposé. Celui-ci n’avait aucune chance d’être élu. On a certainement voulu par là, dans des arrière-pensées, amoindrir la signification de la victoire dimanche prochain. De toute manière, ce ne seront jamais les appareils qui feront les élections, mais les électeurs. C’est à eux que s’adresse François Bayrou. Qui fut très surpris de cette annonce, apprise en direct sur RTL mardi matin. Et que le Béarn a très mal prise. Aussi bien du côté des électeurs UMP que des autres.

François Bayrou considère que sa stratégie remporta un net succès à l’élection présidentielle. Après, cela fut plus difficile. Mais la question était alors de savoir si l’on allait retomber dans les vieux travers d’alliances et de soumission envers un camp ou poursuivre dans la voie de l’indépendance. La survie du centre tel que le conçoit François Bayrou était à ce prix. Ses déclarations d’entre deux tours furent certainement mal comprises. Mais François Bayrou considère que chacun, en son âme et conscience, doit pouvoir exprimer ses craintes quand il en a pour son pays. Au risque de fâcher certains de ses électeurs. Mais il pense fortement que l’avenir lui donnera raison. Dire ce que l’on pense implique parfois d’être minoritaire. Il souhaite néanmoins, pour le bien de la France, que ses réserves sur le nouveau pouvoir soient démenties par les faits.

En tous les cas, sa manière de gérer cet entre deux tours ne fut pas une visée pour 2012. François Bayrou tient à le souligner fermement. Il pensait foncièrement qu’il y avait « une fenêtre » dès 2007. Que son projet correspondait à l’attente des Français. Qui furent des millions, peut-être plus que les sept qui votèrent en sa faveur, à partager son diagnostic. A savoir qu’on ne peut plus retomber dans ce vieux schéma de batailles rangées entre UMP et PS. S’il n’y avait cette troisième voie que François Bayrou pense incarner, beaucoup d’entre eux se sentiraient « perdus », selon sa propre expression. Ils ne penchent plus, ni vers l’étatisation portée par le PS, ni vers la favorisation des plus aisés portée par l’UMP.

Qui emportera vraisemblablement 80 % des sièges. C’est pourquoi il y a réellement un vote utile pour le deuxième tour. Sur deux critères que François Bayrou définit ainsi : qui se présente à moi ? Quelle est sa personnalité ? Et ensuite la nécessaire expression du pluralisme politique. L’occasion pour le président du mouvement démocrate d’adresser un salut républicain à Dominique Strauss-Kahn et Alain Juppé. « DSK est quelqu’un de bien et j’estime Alain juppé. » Il ne s’étendra pas plus avant sur le sujet.

A propos de la bataille qui a lieu dans le Rhône où un candidat éliminé du MoDem appelle à voter pour l’UMP et son suppléant pour le PS, François Bayrou les tance vertement : « ils auraient dû se taire. » Il le leur dira en face, après les élections qui seront une étape indispensable pour repenser chacune des formations politiques. Le Mouvement démocrate en est la troisième. Sa vocation sera d’être une proposition d’alternative forte, originale, indépendante, et surtout plus une force d’appoint. Il tient ainsi à se démarquer de ses anciens amis qui ont choisi l’alliance avec l’UMP. C’est l’indépendance qui sera le maître étalon du MoDem désormais. Une vocation. Un projet, également, qui soit mis au clair et présenté aux Français rapidement. Et enfin, la rénovation des formations politiques doit porter sur l’organisation. En quelques semaines, plus de 80.000 demandes d’adhésions, 40.000 payées, par Internet. On ne peut plus faire de la politique comme avant. La participation est désormais immédiate, profonde, réactive. Cela exige du Mouvement démocrate des moyens importants, une perspective qui enthousiasme François Bayrou.

François Bayrou conclut son intervention sur une intuition et une certitude : la première concerne la rénovation interne au parti socialiste. Il se trouve à son heure de vérité. Il aura à se remettre en cause, de manière profonde. Une période difficile et dure. Et une certitude, c’est que le Mouvement démocrate aura à construire une ligne de force valable, qui devra compter dans l’avenir, autant qu’elle l’a fait lors de l’élection présidentielle.

Europe 1

Ecouter l'intégralité de l'émission en cliquant sur la tranche 18h00

Les derniers commentaires

La France doit se spécialiser

Posté par : odilelaverte - 9 juillet 2007 15:33

Des années 1870 au milieu des années 1890, la France a connu une longue stagnation fortement comparable à celle que nous venons de subir.
Comme aujourd’hui, ce manque de l’économie s’explique en grande partie par la faiblesse de l’investissement, la faible modernisation technique et le recul de la position internationale de la France.
En 1901, Edmond Théry, un économiste réputé écrivait : « rupture violente de l’équilibre international sur lequel le régime social des grandes Nations industrielles de l’Europe est actuellement établi, rupture provoquée par la brusque concurrence, anormale, et illimitée d’un immense pays nouveau ».
Or, au moment même où bruissent les pensées négatives, et que le spectre du déclin réapparaît, se produit une rupture étonnante. A partir de 1890, la croissance repart et le taux de croissance annuel de la production industrielle atteint même près de 5% de 1905 à 1914. Une vague spectaculaire d’innovations nourrit des créations de sociétés particulièrement dynamiques. Automobile, aviation, travaux publics, cinéma, autant de réussites qui font de la France, et surtout de Paris, la « lumière » qui éclaire le monde.
En fait, appuyées par une reprise mondiale de la conjoncture économique, ces réussites s’expliquent par un savant dosage entre un « art de l’ingénieur », cultivé dans les grandes écoles, et un savoir faire traditionnel entretenu par un réseau d’artisans ingénieux.
Belle leçon d’Histoire qui démontre, s’il fallait, que ce sont les entreprises d’abord, qui créent les richesses, et qu’il est fort utile de les en féliciter.
Aujourd'hui, la France doit nécessairement se spécialiser. La France cherche encore à identifier ses atouts. Cela ne se résume pas à distinguer quelques champions nationaux ou des secteurs comme le luxe ou le champagne. Développer nos avantages comparatifs, cela passe par une politique cohérente qui touche à la fois à l’éducation, à la fiscalité, aux infrastructures, aux institutions du marché du travail, à la concurrence.
On ne peut pas miser sur l’innovation mais laisser l’université en déshérence, maintenir une fiscalité qui favorise le capital fixe, protéger les champions nationaux et privilégier la protection des emplois existants, plutôt que la création constante d’entreprises nouvelles.
Il appartient aux pouvoirs publics d’accompagner ces mutations, le plus tôt possible, en accordant par ex des primes à la mobilité des salariés dont l’emploi est menacé par la mondialisation ou des subventions aux chômeurs qui reprennent un emploi rapidement mais subissent une perte de salaires.
L’Union Européenne peut également jouer un rôle en aidant à la mobilité géographique.
Le rôle des "politiques" est ici déterminant. J'attends de vous, Monsieur Bayrou, et de vos équipes, une grande volonté politique, pour "atteindre" toute notre société, dans l'effort général, demandé pour redresser notre France.

s'abstenir

Posté par : sebsebastien - 4 juillet 2007 20:06

juste une question : s'abstenir c'est ne pas voter, ou voter blanc?

Vive le Centre libre et indépendant !

Posté par : libre - 3 juillet 2007 19:39

François Bayrou va s'abstenir sur la motion de confiance à Fillon (http://www.lexpress.fr/info/infojour/rss.asp?id=48079). Encore une expression de la liberté de vote : on ne dit oui que si on est d'accord. Et là, comme il ne l'est pas sur certains points, il s'abstient. Bravo !

cecilia se comporte en Marie Antoinette

Posté par : clemencemonlier - 1 juillet 2007 01:14

A faire circuler http://chroniquesducrabillou.blog50.com/files/Dotation_de_la_Reine.jpg (l'article du Canard)

Au centre, c'est la tête!

Posté par : lecambresien - 30 juin 2007 21:34

Au cours d'une rencontre-débat MoDem ce matin près de Lille à l'invitation de la Fédération du Nord, un de mes voisins m'a fait part d'une boutade métaphorique, comparant le corps humain à la politique et que nous avons ensuite été plusieurs à relever: "il y a à droite la main droite, à gauche la main gauche et au centre la tête!" Nous voilà donc dans l'obligation d'assumer notre rôle maintenant, d'être la tête pensante qui va donner le cap à notre société toute entière, en mobilisant aussi bien lles membres de droite que de gauche. Nous ne manquerons pas de penser à cette métaphore lors de notre rencontre avec François Bayrou à St-André mercredi soir!

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