François Bayrou : "Les retraites de demain, c'est aujourd'hui !"
Prononcé par :
François Bayrou le : 25 mars 2007
François Bayrou a tenu une conférence de presse sur la question des retraités et des personnes âgées. Il a exposé son projet d’une nouvelle société qui refuse la fracture entre les générations et qui choisit de recréer du lien entre elles. François Bayrou propose une réforme des retraites "équitable, durable et soutenable" et de porter les "petites retraites" à 90% du Smic en cinq ans. Le candidat à l’élection présidentielle propose également une politique de prévention de la solitude et de la dépendance.
"L'objet de cette conférence de presse est de traiter d'un grand sujet de
société et probablement de l'un de ceux qui vont le plus marquer le XXIème siècle, ce sont les
retraités et les personnes âgées qui vont être un des éléments les plus marquants du grand
changement que notre société va vivre dans le siècle où nous sommes entrés.
D'ailleurs, ce qui est frappant, lorsque l'on regarde la France, comme
d'ailleurs tous les autres pays développés, c'est que notre société est l'objet de vastes
mouvements de glissement qui affectent ses fondations et qui, à la fois menacent son équilibre
traditionnel et qui, en même temps, lui offrent des chances nouvelles.
Je veux que ces mouvements, nous les prenions en charge.
On peut voir les grands chapitres de ces mouvements. Il y a une réflexion très
importante à conduire sur les femmes, comment les aider, comment faire que l'action publique
réponde à leur attente, comment aider celles d'entre elles qui deviennent mères et qui, en même
temps, assument une vie professionnelle, comment aider celles qui font un autre choix, comment
analyser les nouvelles attentes des jeunes, attente d'autonomie, de poursuite des études, comment
analyser la chance nouvelle que les nouveaux moyens de communication, et je pense à Internet en
particulier, offrent au lien social et à la démocratie dans notre pays, comment trouver une place
nouvelle pour les associations ?
Voilà quatre chapitres principaux de cette réflexion. Le cinquième est la
place des retraités et des personnes âgées dans cette société ou plus exactement la participation
des retraités, des personnes âgées.
Je fais une distinction entre retraités et personnes âgées parce que vous voyez
bien que, entre soixante et plus de quatre-vingt cinq ans il y a une différence
d'engagement, d'activité, comment faire pour que leur place soit reconnue et qu'on les aide dans
cette société nouvelle.
Tout cela, ce sera l'objet de ce ministère nouveau que je veux mettre en place
qui aura la charge de cette évolution de la société, de sa réflexion, de proposition de pistes
nouvelles que j'appelle peut-être provisoirement pour l'instant : Ministère de la nouvelle
société.
Derrière cet enjeu, il y a deux questions : quel modèle de société
voulons-nous pour notre pays et quel mode de gouvernement pour cette société nouvelle.
Pour moi, le premier chapitre de ce mode de gouvernement nouveau, c'est la
conscience que nous devons avoir de ces évolutions.
Ce qui est frappant, sur tous ces sujets c'est de voir à quel point, depuis des
années, on a ignoré des évolutions qui étaient en cours depuis longtemps.
J'aurai l'occasion d'aborder la question des retraites, mais depuis le Livre
Blanc sur les retraites que Michel Rocard a fait préparer à partir de 1988, à la fin des années 80,
vous voyez à quel point on a sous-estimé les changements que l'évolution démographique allait
apporter, les déséquilibres qui allaient naître de ce changement démographique dans notre
société.
Je veux mettre cette conférence de presse et d'ailleurs toute la réflexion sur
la nouvelle société dont nous avons besoin sous l'égide d'une phrase de Pierre Mendès-France :
Le plus grand danger est la négligence des citoyens.
Cette négligence a été entretenue par des pouvoirs politiques qui, en réalité,
ont préféré le confort des situations immobiles plutôt que la réflexion sur ce que l'avenir devait
être.
On ne peut pas traiter de la question des retraités et des personnes âgées sans
signaler le plus grand risque devant lequel nous sommes, c'est une menace de conflit des
générations et c'est celle qui risque de déchirer le plus le tissu social français car, de n'avoir
jamais traité cette question de l'allongement de la durée de la vie, du grand âge, cela fait peser
sur les jeunes et sur les jeunes actifs la menace de charges dont je le dis à l'avance ils ne
pourront pas les supporter, avec deux risques potentiels : ou bien un effondrement du
niveau de vie des actifs et, s'il y a effondrement du niveau de vie des actifs, il y aura
délocalisation des emplois et vous voyez la spirale de déclin dans laquelle, ainsi, nous sommes
enfoncés, ou bien un effondrement de niveau de vie des retraités et cela créerait évidemment, si on
le laissait faire, une dépression profonde dans la société française.
Cette question des retraités et des personnes âgées est totalement absente de la
campagne électorale. J'ai voulu l'y mettre, d'abord en vous rappelant un certain nombre de
chiffres.
Entre 2000 et 2020, la population des plus de soixante-cinq ans va
passer, je donne des chiffres naturellement à la louche, de dix millions actuellement à
quinze millions, soit une augmentation de 50 % ans en quinze ans.
Celle des plus de soixante-quinze ans va passer de quatre à
six millions.
Là aussi augmentation de 50 % et celle des plus de quatre-vingt
cinq ans va doubler passant de un à deux millions.
Je vous rappelle que cela est la conséquence mécanique d'un phénomène
démographique. Il n'y a rien de moins mystérieux que la démographie parce que tous les chiffres
sont absolument connus, je vous rappelle que les personnes qui vont avoir plus de
soixante-cinq ans, même en 2030, sont toutes nées, on peut les dénombrer j'allais dire presque
une part une.
Donc la durée de vie des français augmente d'un trimestre tous les ans,
c'est-à-dire de 1 année tous les 4 ans.
Elle augmente au même rythme pour la durée de la vie sans maladie et sans
handicap ce qui est à la fois une chose très encourageante et naturellement un défi qui est devant
nous.
Les plus de soixante ans représentaient un cinquième de la population
française en l'an 2000, ils seront un tiers en 2030.
Et les moins de vingt ans dans le même temps qui étaient 25 % en 2000,
leur nombre va baisser pour tomber à 20 % dans les décennies qui viennent et le nombre des
adultes entre vingt et soixante ans va baisser lui aussi de presque 10 % puisqu'il
va tomber de presque 55 % à presque 45 %.
Comme vous l'imaginez, cela veut dire aussi des dépenses de santé beaucoup plus
importantes et tout cela est une lourde charge et une lourde responsabilité.
On voit déjà les prémisses de ce conflit de générations, de rupture entre
générations, par exemple, quand on interroge les Français en matière de retraite, les retraités de
plus de soixante ans sont très favorables au recul de l'âge de la retraite, cependant que les
moins de quarante ans y sont violemment hostiles : conflit d'intérêt.
Inversement, quand certains proposent d'augmenter les cotisations des retraités,
notamment des retraités les mieux dotés, l'adhésion est très forte chez les jeunes et le rejet est
massif chez les plus de 65 ans, chacun défend son terrain et la situation est évidemment
bloquée.
Il y a de surcroît la question de la dépendance.
Le coût de la dépendance est de 0,94 % du PIB en 2005. Il va passer à
1,2 % du PIB en 2010, soit, en 5 ans, une augmentation de 30 % et on compte que,
autour des années 2020, il aura encore augmenté de 30 % pour être pour dépasser 1,5 % du
PIB.
On pense que, parmi les personnes âgées, le nombre de personnes âgées
dépendantes serait en 2020 de l'ordre de 25 % avec une croissance plus importante encore
chez les personnes les plus âgées.
Il y aura une autre accélération prévisible en 2030, quand les générations du
baby boom, c'est-à-dire un certain nombre d'entre nous ici vont atteindre, à leur tour,
quatre-vingts ans.
On pense que, alors, le nombre de personnes âgées dépendantes pourrait augmenter
de 50 %.
C'est la première fois dans l'histoire de l'Humanité que nous allons être
confrontés à cette fracture générationnelle, à cette impossibilité de prendre soin de nos aînés et,
si nous ne changeons pas les règles du jeu, ce qui est prévisible, c'est l'explosion de notre
contrat social.
Cela impose naturellement une réflexion sur le problème des retraites que je
veux aborder devant vous.
La question de la réforme des retraites est une question d'urgence pour notre
pays.
Naturellement, on peut prendre les mois ou années, un ou deux ans nécessaires
pour approfondir la réflexion, mais cette réflexion doit nous conduire à un régime de retraite
équilibré, qui ne devra plus être remis en cause au long des années et qui traitera cette question
de manière juste, à la fois en offrant à tous les Français une égalité de droit devant la retraite,
c'est-à-dire en prenant en compte la totalité des retraités, y compris les régimes spéciaux et en
prenant en compte aussi la pénibilité du travail.
Vous savez ce qu'est le scandale de la situation de notre pays et chaque fois
que je le décris en meeting, j'hésite presque à le faire tant il y a la quelque chose d'extrêmement
choquant à énoncer, mais je veux le faire cependant devant vous.
Ceux parmi les Français qui ont l'espérance de vie la plus longue partent le
plus tôt à la retraite et ceux qui ont l'espérance de vie la plus courte partent le plus tard à la
retraite.
Énoncer seulement cette phrase montre le déséquilibre si profond qu'il y a dans
la situation du pays.
Il faut donc une réforme des retraites qui concernent tous les Français, régime
ordinaire et régime spéciaux, une réforme qui soit équitable et adaptable dans le temps donc
durable au sens même du développement durable, soutenable et ce sont des termes habituellement
employés pour l'écologie et qui ont parfaitement leur place ici. On a besoin de durable et de
soutenable aussi pour les régimes de retraite, une réforme pour tous les Français et par tous les
Français parce que ce n'est pas une affaire d'experts, c'est une affaire de citoyens.
Voilà donc pourquoi cette réforme des régimes de retraite, je demanderai qu'elle
soit discutée et négociée avec les partenaires sociaux et, dans les partenaires sociaux, j'inclus
les représentants des retraités. Je demanderai que, pour la première fois, les représentants des
retraités soient présent autour de la table lorsque l'on discutera de l'avenir des régimes de
retraite.
Je m'adresserai à tous les organismes publics et privés concernés, j'associerai
le Conseil économique et social dont, vous le savez, je veux la réforme pour qu'il devienne la
grande chambre de dialogue de la société française.
Cette réforme sera votée par le Parlement et elle sera soumise à référendum car,
je le répète, elle concerne tous les Français et il s'agit de l'adhésion des Français.
Personne dans la société française ne peut ignorer le risque qui pèse désormais
sur l'avenir du lien social et sur le contrat social et c'est la raison pour laquelle j'ai choisi
de préparer cette réforme en faisant confiance à chacun des citoyens et à la société française et
ainsi en donnant à chacun la garantie qu'il aura son mot à dire et que la réforme ne lui sera pas
imposée contre son gré et dans l'ignorance des décisions et dispositions qui seront prises.
Cette réforme, vous le savez, dont mon esprit, mais on en discutera avec les
partenaires sociaux, repose non pas sur l'idée mécanique du report à 65, 66, 67, 68 ans de
l'âge du départ à la retraite pour tout le monde, ce qu'ont fait un certain nombre de pays qui nous
entourent et qui sera autrement la loi évidemment pour nous, mais sur l'idée d'une souplesse qui
permettra à chacun de décider de l'âge du départ à la retraite en fonction du niveau de pension sur
lequel il aura acquis des droits par son travail.
C'est au fond le même principe que celle des retraites complémentaires par
points.
Si il ou elle considère que la pension est suffisante, il choisit de partir à la
retraite et, s'il considère qu'il doit améliorer son niveau de pension, il choisit de rester au
travail et de prolonger sa durée de travail. Ce qui sera facilité par le fait que l'âge n'est plus
un handicap et que beaucoup sont en situation de travailler plus longtemps.
Voilà le principe que je défendrai devant les partenaires sociaux d'abord et
ensuite devant tous ceux, y compris les citoyens français, parce que je suis bien décidé à faire
que, si je suis élu président de la République, je m'engagerai devant les Français sur ce sujet qui
est un grand sujet naturellement pour l'avenir de la Nation et un encore plus grand sujet pour la
conscience démocratique de chacun des citoyens.
Je pense qu'il n'y a pas de progrès dans l'ignorance, dans la négligence des
citoyens.
Il n'y a pas de progrès si l'on passe son temps à leur faire des promesses
intenables et si on ne leur dit pas la vérité.
Il n'y a de progrès que si l'on remplace la négligence des citoyens entretenue
par des démagogies par la conscience des citoyens, la transparence et la clarté.
Je veux ajouter deux remarques.
La première remarque est naturellement très importante : si l'on veut que les
Français puissent choisir de prolonger leur activité, et c'est absolument nécessaire, je veux vous
rappeler que la France est le pays où le niveau de travail des plus de soixante ans est le
plus faible de tous les pays développés puisque il est, malgré les très grands progrès de médecine,
de 7 % seulement chez les hommes et 4 % seulement chez les femmes et ceci est
naturellement incompatible avec l'allongement de la durée de la vie, mais, bien entendu, ceci
impose une politique d'incitation en direction des entreprises pour qu'elles conservent et
promeuvent les salariés qui arrivent à cet âge de plus de 50 ans alors qu'actuellement on est
en train de les pousser systématiquement sur le bord de la route.
Je vous rappelle ce chiffre qui, à mes yeux, est absolument scandaleux, un
symptôme du mal français. Aujourd'hui, pour un Français ou une Française qui part à la retraite,
1 sur 2 a déjà perdu son travail depuis plusieurs années.
Au moment de décider du départ à la retraite, en réalité la majorité des
Français n'ont plus d'emploi et donc une politique de soutien et de promotion, de soutien et de
défense des plus de cinquante ans dans l'entreprise est absolument nécessaire à l'équilibre de
ces régimes de retraite que j'évoquais à l'instant.
Je veux faire une deuxième remarque sur l'idée que je me fais de cet avenir des
régimes de retraite.
Pour moi, une fois la réforme votée, elle ne doit plus être l'affaire de l'Etat.
Elle doit être l'affaire des partenaires sociaux. Elle doit être remise, confiée à la démocratie
sociale de notre pays et pas à la démocratie politique.
L'équilibre des régimes de retraite, ce doit être l'affaire des actifs, des
salariés, des retraités, je répète que je proposerai que la représentation des retraités ait leur
place dans cette nouvelle gestion des caisses de retraite et des entreprises.
Remarque complémentaire : naturellement, si l'on veut que ces régimes
soient équilibrés dans le long terme, alors cela oblige à une politique démographique active.
Il n'y a que par des générations nombreuses que l'on pourra assurer, dans le
long terme, l'avenir des régimes de retraite ce qui veut dire une politique de soutien à la
naissance et donc aux femmes qui mettent ces enfants au monde.
Ce qui veut dire penser à la garde des enfants, penser au retour des femmes dans
l'emploi quand elles ont mis au monde un enfant ou qu'elles ont passé quelques années à élever des
enfants, ce qui veut dire défense de leur carrière et tout ceci ne peut se faire naturellement
qu'avec une politique d'incitation en direction des entreprises, mais l'intérêt de la Nation est
tel dans cette affaire qu'évidemment il doit être défendu.
Voilà les remarques que je voulais faire sur l'avenir des régimes de
retraite.
Je voudrais maintenant aborder le présent des régimes de retraite ou plus
exactement la situation de ceux qui sont dans la plus grande difficulté aujourd'hui et qui sont les
personnes qui relèvent des toutes petites retraites ou des minimum vieillesse.
C'est pour moi une question de souci de tous les jours.
Le minimum vieillesse est autour de 630 ou 640 € par mois.
Quand l'une de mes concurrentes promet royalement 5 % d'augmentation pour
l'année prochaine, cela veut dire 1 € par jour. Vous voyez que cela ne change pas
radicalement la situation.
Je prends un engagement que nous avons budgété, Charles-Amédée de Courson et
Jean Arthuis sont au fond de cette salle : nous voulons que cette question du minimum
vieillesse soit traitée. C'est pour nous un enjeu de société pour le monde dans lequel nous vivons
et donc nous prenons l'engagement de porter le minimum vieillesse en 5 ans à 90 % du
SMIC.
C'est une des dépenses nouvelles que nous avons prévue dans un programme qui en
comporte comme vous le savez deux, parce que nous avons voulu concentrer notre action sur des
grandes mesures qui changeront le visage de la société française et qui seront identifiables par
tout le monde, on ne peut pas laisser le minimum vieillesse au point où il se trouve et les petites
retraites au point où elles se trouvent et donc, pour nous, c'est 90 % du SMIC en 5 ans
qui est notre engagement.
C'est naturellement une dépense sociale très ambitieuse, très importante que
nous assumons en direction de ceux qui ne peuvent pas se défendre, qui ne forment pas un lobby, qui
ne sont pas en situation d’énoncer des menaces à l'égard de tel ou tel candidat, d'obliger à
des signatures d'engagements multiples simplement parce qu'elles n'ont pas, ces personnes-là, ce
sont souvent des femmes, assez nombreuses, de voix pour les défendre. J'ai voulu que, au cœur
de cette conférence de presse, elles soient présentes par un engagement suffisamment important pour
que nul ne puisse l'ignorer.
Donc 90 % du SMIC en 5 ans.
Avec cela, ces femmes et ces hommes qui ont aujourd'hui une vie qui est une vie
de précarité auront une vie qui sera une vie de dignité et trouveront un équilibre.
Nous entrons maintenant dans les rapports entre la société et les personnes
âgées. Retraités et personnes âgées, je maintiens la différence entre les deux.
D'abord, premier chapitre, la reconnaissance de l'apport de ces personnes
retraitées à la société.
Nous avons besoin de cadres qui auront la responsabilité du lien social dans un
pays ou notre objectif est de le reconstruire au lieu de le laisser déliter, cadres pour les
associations, cadres pour des actions nouvelles et, s'agissant d'action nouvelle, bien entendu je
fais allusion à ce principe d'activité universelle que je défendrai en direction des exclus.
Plusieurs centaines de milliers de personnes qui sont aujourd'hui complètement
sur le bord de la route et à qui nous allons apporter non plus seulement une allocation, mais une
activité avec la possibilité que cette activité permette ainsi n'ont pas seulement de trouver un
minimum de subsistance à la vérité au bord de l'asphyxie, mais une capacité à affirmer ce que doit
être une femme ou un homme utile à la société au lieu de se sentir en situation d'exclusion.
Cela devra être assumé par le monde des associations et le monde des
collectivités locales.
Pour toutes ces activités nouvelles dirigées vers l'enfance ou vers la
vieillesse, le sport, la culture, l'amélioration du patrimoine, il faudra un encadrement et cet
encadrement pourra être assumé en partie par des jeunes retraités ou des retraités actifs.
C'est le type de reconnaissance qui n'est pas seulement celle d'une société qui
apporte aide et assistance, mais celle d'une société plus intelligente et plus ouverte d'une
nouvelle société qui apporte aussi de la reconnaissance au fait qu'il s'agit d'échanges. Il ne
s'agit pas seulement de recevoir, mais aussi de donner et que la société comprend qu'elle a besoin
qu'on lui donne.
C'est l'écho, vous le savez, à cette phrase de Kennedy que tout le monde connaît
que j'ai voulu citer dans ma déclaration de candidature qui est : Ne vous demandez pas ce que
votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays.
C'est la France de toutes nos forces qui est le slogan de campagne électorale
que j'ai choisi.
Et cette société, qui refuse la fracture entre les générations, c'est évidemment
une société qui choisit de recréer le lien entre les générations : le lien, l'échange. Nous ne
sommes pas enfermés chacun dans notre solitude, nous pouvons partager des moments de vie, mais cela
exige de repenser un certain nombre de choses dans la société française et notamment de repenser
une grande politique du logement et de l'urbanisme.
Vous savez combien nous défendons et combien je défends la mixité sociale.
Dans les programmes immobiliers, dans la manière dont notre ville, nos quartiers
sont issus est organisée, il ne faut pas seulement la mixité sociale, il faut aussi la mixité
générationnelle, que puissent vivre ensemble des générations différentes et des familles
différentes, parce que, vivre ensemble, c'est se reconnaître, permettre des échanges de service.
Nous vivons sur le même palier, avec des appartements de tailles différentes et non pas
standardisés. On peut tout à fait avoir une famille nombreuse et un foyer de personnes âgées et
imaginer que les enfants vont chez les personnes âgées, que même il peut y avoir des gardes, il
peut y avoir de la parole, il peut y avoir de l'affection, il peut y avoir du lien qui se développe
à condition que l'on soit dans les mêmes maisons et pas que chacun soit dans son ghetto.
Si chacun est dans son ghetto, le lien social est mort.
Et donc l'organisation de la vie sociale des personnes âgées, c'est la première
politique de prévention de la solitude et de la dépendance.
Prévention de la solitude, c'est aussi, pour moi, favoriser le fait que des
personnes âgées puissent choisir de vivre ensemble, soit avec des plus jeunes soit avec des gens de
la même génération.
Évidemment, comme vous le voyez, la politique du tout maison de retraite ne
répond plus à la demande d'une très grande partie de la population. Je vous rappelle que les
chiffres de souhait pour le grand âge c'est, à plus de 87 %, de rester le plus longtemps
possible chez soi.
Et pour rester le plus longtemps possible chez soi, il faut être le moins
longtemps possible seul.
Donc la politique de lutte contre la solitude c'est une politique de réinvention
d'une manière de vivre ensemble et d'incitation de la part de l'Etat à ce choix d'une vie
partagée.
Naturellement, cela veut dire incitation par exemple fiscale, un contrat de vie
en commun qui pousse les personnes à choisir de se rapprocher d'autres personnes et je trouve qu'il
y a là une vision plus humaine de l'avenir de la société que le recours à des seules structures
extérieures ou professionnelles, même si c'est nécessaire, je vais y venir dans un instant. On
a besoin d'une grande politique de prévention de la dépendance, prévention en matière de santé, et
cela doit être un des aspects de la politique de santé. Jean-Luc Preel a proposé l'idée d'un
contrat prévention dépendance signé entre le patient et son médecin traitant, en partenariat avec
l'assurance maladie afin de prévenir l'apparition ou l'aggravation de la dépendance.
Mais cela veut dire aussi qu'il faut changer profondément l'offre de soins,
garantir le libre choix, sortir du recours universel aux urgences, de trouver d'autres systèmes en
pensant en particulier que, lorsqu'il y a des personnes âgées dépendantes et que, cependant, elles
vivent avec une partie de leur famille ou avec des gens qui s'occupent d'elle, il y a aussi besoin
de recours, c'est-à-dire de pouvoir souffler pendant quelques heures ou quelques jours et les
solutions pour l'instant n'existent pas pour ce recours. Cela veut dire pour moi qu'il faut
favoriser désormais les solutions intermédiaires, les hébergements temporaires pour quelques jours,
l'accueil de jour et imaginer même l'accueil de nuit qui, pour l'instant, n'existe pas.
Cela veut dire que, à côté des établissements entièrement dédiés à l'offre de
soins, il faut créer des maisons médicales, en particulier dans les lieux où elles n'existent pas,
les cantons en zone rurale ou en zone urbaine difficile pour mutualiser les moyens et lutter contre
l'isolement des médecins.
Cela veut dire évidemment renforcer l'offre de soins à domicile, accroître le
nombre des infirmières et infirmiers, des personnes qui assurent les soins. Nous sommes un des pays
européens qui a les taux les plus bas, et professionnaliser les métiers de l'aide a les dépendances
en validant notamment les acquis professionnels des bénévoles et des aidants familiaux pour
renforcer cette solidarité.
Comment organiser tout cela, et ce sera mon dernier mot ?
Premièrement, en changeant notre système de gouvernance médicale.
Vous savez que nous sommes pour une régionalisation de la gouvernance médicale
qui permette non pas de voir les décisions constamment tomber du haut, mais au contraire à faire
que le terrain, les représentants des professionnels de santé, des médecins et des professionnels
de santé, les patients, les élus locaux puissent s'exprimer dans le besoin de tisser ainsi des
structures dont vous voyez qu'elles sont, pour la plupart d'entre elles, proches du dispensaire ou
proches simplement d'un accueil comment dirai je... attentif, qui coûte infiniment moins cher que
les grosses structures médicales, qui sont de l'ordre de la surveillance, la veille, la vigilance,
qui permettront de dépenser moins tout en dépensant mieux. C'est évidemment là un changement
d'orientation pour la société qu'il faut concevoir.
Bien entendu, cela impose de poser la question qui est très difficile de comment
aider les familles lorsqu'elles se trouvent avec une personne âgée en situation de dépendance à la
fin de sa vie.
Cela veut dire, pour nous, des incitations pour des contrats d'assurance
prévoyance perte d'autonomie qui devront être contractés assez jeunes pour que leur coût soit léger
et évidemment une aide personnalisée à la santé permettant de financer la complémentaire santé de
son choix qui est pour nous une alternative au mécanisme du tout ou rien que nous avons à l'heure
actuelle.
J'ai voulu vous donner, dans le détail, l'idée de ce que représente pour moi ce
changement de société très important que nous allons vivre.
Dans la reconnaissance et la promotion des retraités et personnes âgées réside
une des clés de la société française de l'avenir.
Je vous remercie et je me livre à vos questions.
Question hors micro. -…
Vous avez dit qu'à partir de soixante ans les personnes âgées
représentaient....
Un autre chiffre... entre cinquante-sept et soixante-quatre ans...
comment harmonisez-vous tous ces chiffres ?
François BAYROU. - C'est cinquante-sept.
Question hors micro. -…Cela veut dire qu'entre cinquante-sept et
soixante ans tous les gens prennent leur retraite ?
François BAYROU. - Prennent leur retraite progressivement à partir de soixante
ans.
Vous m'avez entendu vous dire que, lorsqu'ils prennent leur retraite,
généralement, à soixante ans, plus d'une personne sur deux a perdu son emploi. Entre
cinquante-sept et soixante ans, vous avez plus de 50 % des gens au travail et,
après, cela décline. Il y a donc, en effet, une part très faible de la population totale masculine
et féminine. Cela dit, si j'ai une erreur de statistique, je n'en suis pas l'auteur, je les ai
trouvées en particulier dans les très nombreux articles publiés sur ce sujet par les sociologues et
les médecins qui ont réfléchi au grand âge.
Si, à soixante ans, on est à plus de 50 %, votre 30 % signifie
que, après on est à 10 %.
Rires....
Question hors micro. -…
François BAYROU. - C'est treize et évidemment...... quel est votre
problème ? Pourquoi vous riez ? J'ai dit une bêtise ?....
En tout cas cela me paraît assez cohérent statistiquement, arithmétiquement.
Question hors micro. -… Au début de votre intervention, vous avez parlé
de la nouvelle société... Est-ce que vous faites référence ....
François BAYROU. - Vous croyez vraiment que j'aurais pu à voir cette référence en
effet à ce que Jacques Delors et quelques autres ont construit autour de Chaban ?!
Question hors micro. -… (Mme Clerc)
François BAYROU. - Christine Clerc se rangeant dans les rangs des
altermondialistes, c'est une chose que je suis heureux de découvrir !
J'avais voulu limiter mon propos à la société française et pas poser une
question de géopolitique qui se pose en effet.
Vous trouverez, dans mon livre, plusieurs allusions à ce que vous indiquez.
Rires....
Vous n'avez qu'à lui dire que vous êtes avec moi ! Et si elle ne vous croit
pas, passez-la moi !
Rires….
C'est une grande question d'équilibre, là aussi de durabilité, de durable.
Vous savez que Jean Peyrelevade a écrit un livre que je trouve tout à fait
remarquable sur ce sujet et plusieurs autres, mes amis qui sont là ont souvent développé cette
idée.
Il y a, en effet, une mise en question du durable dans cette affaire qui est une
menace sur le modèle de société et de social-économie qui est le nôtre, mais peut-être ce n'était
pas l'objet.
En tout cas vous avez bien fait d'apporter cette idée à la réflexion.
Question hors micro. -…
François BAYROU. - Je pense d'ailleurs, je ne l'ai pas dit, mais plusieurs fois en
meeting pour ceux qui me font l'amitié de me suivre, que l'on trouvera beaucoup de scénarios plus
souples que ceux que l'on a aujourd'hui.
Je pense qu'il est idiot de passer de l'activité à 100 % à l'inactivité à
100 %.
Je pense que l'on ira vers des modèles où l'entrée dans la retraite se fera
progressivement notamment par des temps partiels pendant plusieurs années. En tout état de cause,
je n'ai pas de doute sur le fait que, oui, il faut allonger. Je vous rappelle que les Allemands ont
choisi soixante-sept ans pour 2020 ou 2021 je crois.
Ils ont programmé dans le long terme.
Le modèle que je propose est encore plus souple, mais il est très incitatif
évidemment dès l'instant que les partenaires sociaux, les entreprises et les associations de
retraités auront choisi la valeur du point qui permettra à chacun de savoir quels sont ses
acquis.
Question hors micro. -…
Je pense qu'il faut d'abord une prise de conscience.
François BAYROU. - Je sais bien qu'on pense que les entreprises sont des êtres
uniquement intéressés par le profit. Je ne le crois pas.
J'ai une vision de l'entreprise qui peut être citoyenne, elle aussi, à condition
que l'on pose la question devant tout le monde, devant les Français de manière explicite.
Pour l'instant, cette question n'a jamais été abordée. Regardez le recours
encore actuel aux préretraites.
Je connais bien de très grandes entreprises qui ont fait des plans de
préretraite à 100 % du salaire à cinquante0 ans, c'est-à-dire qui garantissent
l'intégralité du salaire, pour un plan social. C'étaient les années précédentes, mais j'ai entendu
que l'on envisageait de faire de nouveau appel à ces systèmes, l'intégralité du salaire activité
0 pendant 10 ans.
Je trouve que tout ceci n'est pas raisonnable, ne correspond pas à l'intérêt
national et il faut que, dans cette nouvelle époque dans laquelle nous allons entrer, les
gouvernants et spécialement le président de la République, assument cette mission pédagogique à
l'égard des Français, plutôt de prise de conscience démocratique ; pédagogique n'est pas le bon mot
parce que c'est un mot qui évoque le fait que l'on pourrait traiter les électeurs comme des enfants
ou comme des élèves, et ce n'est pas du tout l'idée.
L'idée est que, après avoir, pendant des décennies, nié complètement les
réalités et uniquement fonctionné sur le mode de la promesse dont mes deux principaux
concurrents donnent encore un admirable exemple, je pense qu'il ne faut plus fonctionner sur le
mode de la promesse, il faut fonctionner sur le mode de la cohérence du projet.
Il faut défendre une vision et montrer la cohérence du projet et refuser les
promesses, refuser de multiplier les chèques en blanc à toutes les catégories sociales une par une,
ce qui n'est pas un bon mode d'approche.
Il y a des choses à faire, sélectionnées, concentrées sur des points clés de la
société française où nous allons vivre, par exemple je considère que les emplois sans charges qui
intéressent beaucoup, j'étais à la CGPME l'autre jour, les petites et toutes petites entreprises,
c'est une action ciblée, concentrée sur un déblocage de la société française, de même que le
minimum vieillesse honteux avec lequel on vit, c'est un des points douloureux, un des points de
fracture de la société française, mais il faut refuser les promesses tous azimuts.
Question hors micro. -…
François BAYROU. - Je pense qu'il y a deux choses à dire pour les régimes
spéciaux. Première chose à dire, quand ils sont entrés dans leur contrat, en effet, l'âge de la
retraite faisait partie du contrat et il faut, d'une manière ou d'une autre, parce que j'ai des
idées un tout petit peu différentes de mes amis sur ce sujet, tenir compte des années qu'ils ont
passé dans le contrat.
Cela faisait partie de leur contrat de travail. Il faut en tenir compte. Et, en
même temps, il faut que les Français aient l'assurance que l'égalité de traitement de tous les
Français devant la retraite et la pénibilité du travail est désormais assurée.
Si vous y réfléchissez, cette idée de retraite par points permet de prendre en
compte tout cela.
C'est une idée très riche et très souple qui permet de reconnaître le mode
d'activité que l'on a eu, le travail que l'on a eu.
Question hors micro. -…
François BAYROU. - Je vais vous expliquer pourquoi.
Je sais bien, mais il se trouve que je veux changer le rapport entre le pouvoir
politique et les Français.
Jusqu'à maintenant, entre le pouvoir politique et les Français, on a fonctionné
sur le modèle de la société de défiance. La société du soupçon. Pourquoi ?
L'idée était celle-ci : Tu mérites, c'est la seule chose qui compte, après,
pendant 5 ans, je fais ce que je veux et je reviens te voir dans 5 ans pour savoir si tu
me gardes ou si tu me changes.
La réponse était d'ailleurs : Je te change.
C'est à partir de ce principe qu'a été définie la grande loi sur les
promesses.
Les promesses ne servent pas à nouer un contrat de confiance entre les Français
et l'élu, elles servent uniquement à piper leur voix, selon l'énoncé fameux : Les promesses
n'engagent que ceux qui les reçoivent.
Les promesses, c'est fait pour gagner une élection et, après l'élection, on les
oublie en expliquant que cela n'avait aucune importance.
Cette culture s'est développée dans tous les secteurs de la société française de
sorte que les Français ont, en face du pouvoir politique, l'idée à partir du moment où il va être
élu, il va se permettre n'importe quoi, il est tout à fait décidé à faire ce qu'il veut, y compris
en nous trompant.
Quelle est la réaction des Français ?
Chaque fois qu'on leur propose quelque chose, ils se bloquent. Ils se mettent
debout sur les freins et empêchent la réforme de se faire, et cela a été notamment vrai dans le
domaine des retraites.
En 1995 par exemple, Jacques Chirac se fait élire sur la fracture sociale
et le gouvernement Juppé propose une réforme rigoureuse des retraites, trois mois après les
Français ont eu le sentiment d'être grugé, les syndicats ont bloqué le pays, il n'y a pas eu de
réforme.
On peut citer mille exemples de cela.
Je veux inverser ce mouvement. J'ai une toute autre conception de l'action
politique.
Ce que je propose, c'est de remplacer le soupçon par la confiance et, pour la
confiance, que faut-il ? Et pour ne pas bloquer le pays, que faut-il ?
Il faut que chaque Français ait la certitude qu'il aura l'information maximale
et son mot à dire au moment où la décision devra être prise.
Ainsi, il n'y a pas de blocage, il y a le retour au peuple.
Il n'y a pas le truquage, il n'y a pas le... au lendemain de l'élection, dans
l'Etat de grâce : Vite, vite dépêchons-nous, faisons tout ce qui est désagréable, les Français ne
s'en apercevront pas et, quand ils se réveilleront, il sera trop tard, ce sera déjà en place.
Cette stratégie a été utilisée à plusieurs reprises, mais vous voyez bien à quel
point elle entretient le sentiment de défiance : Que va-t-il va nous tomber sur la tête une fois
qu'ils seront élus ?
Moi, je veux exactement le contraire. Je ne fais pas de promesses démagogiques,
je propose un financement, j'annonce la nécessité des réformes et je dis aux Français : à ces
réformes, vous serez associé. Je vous considère comme un grand peuple. Je vous considère comme un
peuple adulte et pas comme un peuple qu'il faut tromper, même pour son bien.
Je pense qu'il ne faut pas tromper les citoyens. Je pense qu'il faut leur dire
tout. Je pense qu'il faut qu'ils aient la certitude que, lorsque sera traité un sujet aussi
important que celui-là pour leur vie, on leur dira tout, on prendra le temps nécessaire, ils
pourront s'exprimer, ils pourront comparer les projets. Ils n'ont pas à avoir la crainte de vivre
sous une épée de Damoclès qui va leur tomber au-dessus de la tête.
On vit mal sous une épée de Damoclès. Au contraire, lorsque l'on sait que les
gouvernants sont là pour traiter avec vous des problèmes essentiels, pour vous prendre à témoin,
pour vous considérer comme un peuple de haute conscience et pas pour un peuple d'absolue
négligence, à ce moment-là, le pays retrouve la confiance et c'est aussi la raison pour laquelle je
veux un gouvernement pluraliste, un gouvernement d'union nationale pour que chacun ait la garantie
qu'on va lui dire la vérité, que ce n'est pas la vérité de la droite contre la vérité de la gauche,
c'est la vérité du pays.
Vous voyez qu'il y a ainsi une conception complètement différente de l'action
politique que je propose et que les Français, je le crois, sentent fortement comme différente et,
de mieux en mieux, comme capable d'inspirer la confiance et de rompre avec les années de tromperie
que nous avons vécues.
Alors, en effet, je reconnais que c'est un optimisme, que c'est le contraire de
ce que les gouvernants pensent des peuples en général.
Moi, j'ai une haute idée du peuple que j'aspire à représenter et une haute idée
de ce que la démocratie va devenir au XXI
ème siècle.
Par exemple, je pense qu'Internet est l'amorce d'une révolution démocratique
déjà en marche et ce n'est pas un hasard si Internet a joué un si grand rôle dans la campagne
électorale et dans la défense de la candidature que je propose aux Français.
C'est une conception, je ne peux pas insister trop, radicalement différente de
l'action publique.
Question hors micro. -…
François BAYROU. – Monsieur, le problème principal dans une campagne,
c'est quand on ne monte pas, mais la réponse précise à la question est non parce qu'aujourd'hui
commence une nouvelle campagne électorale.
Une nouvelle campagne électorale où, bien entendu, vous le voyez bien, le
changement de traitement des candidats fait qu'il était très important pour nous de changer ou de
sortir de la bipolarité avant d'entrer dans cette campagne.
C'était le tableau de marche, un peu au-dessus du tableau de marche fixé.
Question hors micro. -…(M. Roger)
François BAYROU. - Un certain nombre de mes amis qui sont là sont pour et un
certain nombre d'autres sont contre.
Je pense que cela mérite une expertise. Pourquoi ?
Si l'on crée une cinquième branche, on crée une cinquième administration et on
entre dans un monde de complexité encore accusé.
On crée encore administration, paperasses, gestion. En même temps, on voit bien
que le risque dépendance est un nouveau risque. Disons que je discuterai de cela longuement avec
les partenaires sociaux. Je ne veux pas, par facilité, être engagé dans une idée qui paraît
attrayante et qui serait encore une idée de complexité.
Comme vous l'avez compris depuis longtemps, la complexité est mon ennemi
personnel en ce début de XXI
ème siècle.
Et la politique de simplification va être un des grands choix que je défendrai
et pour lequel je choisirai soigneusement les femmes et les hommes qui seront destinés à
l'accomplir.
Dans le projet de changer profondément la vie du pays, qui est le mieux, il n'y
a pas seulement changer le rapport politique citoyen, il y a aussi saisir les immenses marges de
progrès qui sont dans la société française et qui sont dues ou qui sont dépendantes seulement des
blocages multiples de l'accumulation de paperasses, de contrôle, de sur-administration, de manque
de réactivité, d'incapacité à trouver des procédures et qui vont changer la vie du pays.
Jean Arthuis me racontait récemment, lui croit beaucoup à la nouvelle loi
d'organisation des finances, à la LOFS, qu'ils ont eu une expérience avec les services de la
justice, des juges d'instruction et du Parquet.
Ils ont limité les crédits et les services de la justice ont dit : Mais il
est impossible de continuer, regardez, nous avions x millions d’euros pour toutes ces
analyses que nous devons faire pour les écoutes téléphoniques, etc. et avec ces x millions
d’euros, nous n'allons pas pouvoir le même taux d'analyse et d'écoutes. Ils avaient seulement
oublié de discuter le prix des analyses et des écoutes avec leurs fournisseurs.
Ils ont discuté les prix, ils les ont fait baiser de 60 % et avec la même
somme, ils ont fait beaucoup plus.
Je pense qu'il y a des marges de progrès dans toute la société française à
condition que l'on se tourne vers le terrain et les citoyens.
Question hors micro. -…Vous avez évoqué une nouvelle fois un
gouvernement pluraliste national…
François BAYROU. - Assez loin. Je pense qu'il y a des zones de rencontre entre des
responsables publics d'inspiration qui étaient autrefois éloignés et qui se rendent compte que,
désormais, il faut faire cela.
Il y a, à l'intérieur du Parti Socialiste, beaucoup de gens qui réfléchissent,
beaucoup de ceux qui occupent ou ont occupé des responsabilités très importantes et qui se disent
que nous entrons dans des temps nouveaux et je peux dire sans vouloir trahir de secret, que le...
comment dirai je... l'enfermement d'un certain nombre de dirigeants socialistes comme de dirigeants
UMP, dans l'idée : "Nous ne pouvons gouverner qu'avec ceux qui ont la même étiquette que
nous", est de plus en plus mis en cause et je suis sûr que l'on en verra dans quelques jours des
indices.
On me pose souvent la question de ma majorité.
Je crois et je sais que, si le peuple français m'élit à la présidence de la
République, naturellement, dans la même logique, il donnera une majorité aux idées que je défendrai
et ce sera une majorité de rassemblement et de renouvellement. Il y aura beaucoup de visage
nouveaux, ce qui est nécessaire parce qu'on a besoin aussi de changer les visages, mais excusez-moi
de vous dire, la question doit être posée identiquement à Nicolas Sarkozy et à Ségolène Royal.
Aujourd'hui, ils sont à peine à 25 % des voix dans les sondages. Je suis à
22, c'est vrai, mais quelle majorité fait-on avec 25 % des voix ?
Où va-t-on chercher les voix ?
Où va on chercher le soutien de l'opinion ? Vers Olivier Besancenot,
Arlette Laguiller, Marie-George Buffet ou M. Schivardi et ce serait une majorité plus facile à
rassembler qu'une majorité avec des gens ouverts au centre, dans la gauche républicaine et au
centre droit ?
Eh bien, moi, je suis persuadé du contraire.
Je suis persuadé que ma majorité est plus facile à trouver que la majorité des
autres. Les autres sont en panne de majorité, à moins de faire une majorité avec le Front national
pour l'un et avec l'extrême-gauche pour l'autre, mais avouez que ce serait drôlement plus incommode
et qu'ils ont en fait été bien imprudents d'ouvrir ce sujet parce qu'on va s'apercevoir qu'eux qui
se présentent comme les partis traditionnels de la France, en réalité, aujourd'hui, sont sans
alliés.
Il n'y a donc qu'une seule démarche majoritaire possible, c'est celle que je
propose.
Question hors micro…
François BAYROU. - Je ne cherche à faire revenir personne, contrairement à ce que
vous imaginez, je préfère les gens qui sont restés dans cette ligne aux gens qui ont changé de
ligne, mais, cela dit, je ne suis pas fermé complètement.
Borloo a annoncé qu'il soutiendrait Sarkozy, cela me paraît évident depuis
longtemps.
Je vous remercie."
financement des retraites
Deux thèmes dans ce discours : les retraites et la dépendance vieillesse. Je ne retiens que la retraite car la dépendance est un vaste sujet d'organisation de la santé, donc de cotisation maladie, donc de déficit, non de cotisation retraite. C'est aussi un reflet de la modernité en tant que régression humaniste : la distanciation entre les vieux parents et leurs enfants et petits enfants pour des raisons de localisation du travail. Pour la retraite, le diagnostic est vrai et laisse entrevoir des solutions non démagogiques. Un point fort à noter c'est le passage par le dialogue puis le référendum, seule méthode propre à mettre les gens en mesure de décider et d'accepter les contraintes de leur décision. F. BAYROU a le courage de ramer contre l'infantilisation des français opérée depuis 20 ans. Pour les mesures il faudra bien passer par : - les mêmes règles de retraite pour tous les français : à contribution égale, retraite égale. L'état devra payer la soulte des régimes spéciaux afin de ne pas encore plus sacrifier le privé. - la méthode des points existe déjà couramment pour les cadres par exemple, d'ailleurs chaque année la valeur du point cotisé baisse de 2% par rapport à la valeur du point versé en pension : on acquière moins de droits et les droits sont moins valorisé … - la modulation de l'âge de départ dès 57 ans et du niveau de pension devra être instauré pour mettre chacun devant son choix - la justice par rapport à ceux qui ont élevé des enfants, compte tenu des allocations reçues. - un rachat des trimestres au prix des cotisations salariales et pas plus cher - les fonds de pension sont destructeurs d'emplois car ils réclament des bénéfices nets exorbitants (licenciements "préventifs" et délocalisations). Interdire leur participation au-delà de 10% dans les capitaux - restaurer la retraite progressive qui a été supprimée dans le privé je ne sais pas pourquoi - pas de loi de protection des plus de 55 ans car, à cause de cela, les patrons les virent avant et n'embauchent plus dès 45 ans, mais comme pour les pères de famille nombreuse en 1950, une taxe sur le déficit d'emploi des plus de 55 ans car d'un côté vous mettrez certainement la pression pour que les "seniors" recherchent un emploi mais il faut aussi mettre la pression pour que les employeurs en offre ou payent … - des bases de charge sociale proportionnelles pour les plus de 57 ans en retraite progressive ou en temps partiel, suppression des cotisations de formation. - je connais des gens de 80 ans et plus qui vivent chichement, ont des aides ménagères etc. mais qui ont 150 000 euros de titres ou un appartement (qu'ils ne louent pas), "au cas où" … Il faudrait que l'État garantisse les droits à la retraite car c'est ce sentiment d'un État rapace et voleur (et, pendant qu'on y est, détourneur de fonds), sans parole, revenant sans cesse sur ses propres lois, qui induit ce comportement. C'est fondamental croyez moi - des emplois réservés dans les administrations, l'enseignement, etc … pour les plus de 57 ans. - la prise en compte de la pénibilité du travail antérieur sur une base objective et aussi de l'impossibilité de poursuivre une activité incompatible avec l'âge (VRP faisant 100 000 km/an à 65 ans, travaux de force, etc …) par une évaluation "inapte" par la médecine du travail - augmenter les impôts sur les hauts revenus sans enfants (hautes retraites) en augmentant l'abattement des parts et pour scolarité - et puis 2 000 000 d'emplois, de cotisants, en plus car à baisser les pensions (la solution actuelle via la baisse des prix du point et l'augmentation des trimestres) on ne fait qu'entrer en déflation économique, même si on augmente le minimum vieillesse. Ça c'est le plus difficile et on ne dit pas comment on fait.