François Bayrou à Japy : "J'en appelle au droit du citoyen !"
Prononcé par :
François Bayrou le : 5 juin 2007
François Bayrou, le président de l'UDF-Mouvement démocrate, a ardemment défendu hier soir au gymnase Japy, le droit des citoyens à disposer du pluralisme à l'Assemblée nationale. La réunion publique, qui s'est tenue devant mille cinq cents personnes, présentait les vingt-et-un candidats aux élections législatives à Paris. Le troisième homme de l'élection présidentielle a évoqué le rôle du Parlement qui consiste selon lui, à "débattre. Or, il ne peut débattre que s'il y a du pluralisme." Une Assemblée appartenant toute entière au "monopole d'un parti et d'un seul" ne pourra pas être efficace. Il a également fustigé des "résultats qu'on nous annonce comme certains" avant même que l'élection a eu lieu. L'occasion pour lui de rappeler qu'on lui prédisait un score de 6 % et qu'il en a obtenu trois fois plus, le 22 avril dernier. Il a raillé cette "Assemblée qui comptait autant de députés que de jours dans l'année. Cette fois-ci, il faudra en plus qu'on aille jusqu'au 30 avril de l'année suivante pour parachever la liste et le nombre des députés. Une Assemblée réduite au rôle de figurante, qui adoptera le plus vite possible, sans contradiction, sans débat, les textes qui lui seront soumis." a-t-il conclu.
"J'allais vous dire, je vais dire quelques mots bien sûr, puisque c'est à moi de
conclure cette soirée, mais, à la vérité, le plus beau des discours que je pouvais faire, il est à
la tribune, le plus beau des discours, c'est eux et, le plus beau des discours, c'est vous.
Nous sommes à quatre jours d'une élection très importante dont il faut
reconnaître que la plupart des Français a le sentiment qu'elle est derrière eux puisqu'ils ont
l'impression que l'élection importante, c'était l'élection présidentielle et que les élections
législatives ne seraient que la réplique de l'élection présidentielle.
J'écoutais hier matin la revue de presse sur France Inter dont j'étais l'invité
et le titre d'une de cette revue de presse, c'était : "Une campagne point
d'interrogation ? Quelle campagne ?"…
En effet, vous observerez avec intérêt, j'en suis sûr, en tout cas avec
surprise, que pas un sujet n'a été débattu pendant cette campagne électorale, pas une réflexion n'a
été conduite sur l'urgence des réformes, sur le programme des uns et des autres, une seule question
a été posée, c'est : donner à Nicolas Sarkozy la majorité la plus large possible pour son
action.
Pour un très grand nombre de citoyens Français que nous représentons, au
contraire, la défense de l'idée qu'une majorité est nécessaire, mais que plus encore est
nécessaire, pour l'action et la défense des citoyens, qu'il y ait un équilibre à l'Assemblée
Nationale entre les forces différentes dans lesquelles les Français se reconnaissent.
Je voudrais vous dire que mes amis qui se sont exprimés et très bien exprimés à
la tribune et Marielle de Sarnez vient de le faire à l'instant en défendant l'idée de
démocratie, ont tous dit la même chose.
Moi, je veux prendre ce sujet, cette question de dimanche prochain sous l'angle
du droit des citoyens. Pas le droit des partis politiques à être représentés ou à avoir leur place
au Parlement, pas le droit des pouvoirs, mais le droit des citoyens, car l'Assemblée Nationale est
le lieu où s'exprime le droit des citoyens et le lieu où s'exprime le droit des citoyens à voir
débattues les décisions avant qu'elles ne soient prises.
Un Parlement, c'est fait, comme vous le savez, pour que le peuple puisse parler
par l'intermédiaire de ses représentants.
La configuration dans laquelle on nous promet que nous allons nous trouver, que
l'on nous annonce comme certaine, on entend des chiffres qui sont impressionnants : 80 %
des sièges pour le parti majoritaire à l'Assemblée Nationale... Je ne sais pas si vous voyez
l'hémicycle de l'Assemblée Nationale devant vous, alors vous commencez à l'extrême-droite, vous
parcourez l'ensemble de l'hémicycle et il faut que vous arriviez aux quatre cinquièmes de cet
hémicycle pour commencer à rencontrer des gens qui n'appartiendront pas au parti majoritaire.
Dans l'assemblée précédente, l'UMP avait trois cent soixante-cinq députés,
autant que de jours dans l'année. Je ne sais pas si vous voyez la place, le rôle, l'influence, le
poids, le pouvoir, la capacité d'expression d'un député qui siège dans un groupe où il a autant de
collègues que de jours dans l'année ! Eh bien, cette fois-ci, il faudra en plus que l'on aille
jusqu'au 30 avril pour arriver à faire la liste et le nombre de ces députés, le 30 avril
de l'année suivante !
Tout cela, naturellement, n'aurait pas grande importance si le Parlement ne
servait qu'à voter oui, à adopter des textes qui auront été délibérés ailleurs, c'est-à-dire au
sein du Gouvernement.
On va se trouver dans une situation dans laquelle l'Assemblée Nationale n'aura
pas d'autre rôle, en raison du poids écrasant du parti majoritaire, que d'adopter le plus vite
possible, sans contradiction, sans débat, les textes qui lui seront soumis et qui, sitôt soumis,
seront adoptés, de sorte que les citoyens perdront leur premier droit qui est celui d'être informés
par leurs élus, par les débats de leurs élus, de l'importance des conséquences des choix qui vont
être pris en leur nom.
Le premier rôle d'un Parlement, c'est de débattre et le Parlement ne peut
débattre que s'il y a du pluralisme, c'est-à-dire s'il y a des courants différents pour représenter
les Français dans cette enceinte.
Les décisions qui vont être prises sont des décisions d'une très grande
importance, des décisions qui auront des conséquences palpables, matérielles, sur la vie de tous
les jours, de tous nos concitoyens et ces décisions-là -je conteste l'idée défendue par le
président de la République Nicolas Sarkozy et le Premier Ministre François Fillon, auraient été
avalisées par le peuple français au moment de l'élection présidentielle.
Le peuple français a élu Nicolas Sarkozy sur, je crois, ce qu'il a ressenti de
sa personnalité. Il l'a trouvé énergique et il a eu le sentiment qu'il portait, en vérité, une
rupture. Il n'a pas retenu l'idée qu'il était membre du Gouvernement. Il a retenu l'idée qu'il
portait une rupture avec ce Gouvernement.
Cela, c'est vrai. Il l'a élu sur une grande capacité de communication qui est
réelle, celle-là aussi, et il l'a élu sur deux ou trois idées directrices comme on fait
toujours au moment d'une élection présidentielle : une idée sur le travail qui, c'est vrai, a
été retenue et entendue par les Français et une idée sur l'abord frontal d'un certain nombre de
problèmes comme les problèmes de l'immigration sur lesquels Nicolas Sarkozy s'est fait
entendre.
Mais il n'est est pas vrai que le reste du programme ait été, point par point,
avalisé par les Français.
Il n'est pas vrai qu'en élisant Nicolas Sarkozy, les Français par exemple aient
décidé de la création de franchises en matière de Sécurité Sociale, en matière de santé, qui
rendront non remboursables -écoutez bien-, pas seulement non remboursées, mais non remboursables, y
compris par des mutuelles, une partie des dépenses de santé qui, pour quarante, cinquante,
soixante, quatre-vingt euros -cela dépend des estimations-, demeureront à la charge des malades et
à la charge des patients.
Cette question, une simple question de la vie de tous les jours, est
naturellement soumise à deux interrogations principales, dont la première : est-ce
juste ? Et la deuxième : est-ce efficace ?
Il est nécessaire d'avoir un débat sur ces deux questions.
Est-ce juste ?
De la salle. - Non.
François BAYROU. - Pour ma part, je sais très bien qu'il y a des familles pour qui
quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt euros, c'est une somme, mais ce n'est pas une somme
considérable donc celles-là absorberont cette franchise sans difficulté. Je ne sais d'ailleurs pas
si cela changera quoi que ce soit à leurs habitudes de consommation médicale.
En revanche, et vous en avez parlé, Madame qui vous êtes tout à l'heure
exprimée, il y a beaucoup de familles en France, et pas seulement parmi les pauvres, pour qui
quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt euros, c'est une somme considérable, car, tous les
mois, leur budget est bouclé à l'euro près, car, y compris parmi les personnes qui travaillent,
avec le prix du logement à l'heure actuelle, on a beaucoup de mal à joindre les deux bouts,
car, parmi les femmes qui élèvent leurs enfants toute seule, les dépenses d'habillement, de
nourriture, les dépenses liées à la scolarité, tout cela représente des budgets tels que l'on
compte avec parcimonie, avec attention, avec le sentiment que même pas une sortie n'est possible,
même pas une sortie au restaurant, car on n'arrive pas à boucler le budget à la fin du mois.
Et parmi celles-là en particulier, il y a une chose dont je suis certain, il en
est un grand nombre et peut-être en est-il un grand nombre parmi les plus respectables, les plus
estimables, celles qu'il faudrait défendre le plus, qui n'oseront pas avouer à leur médecin
qu'elles n'ont pas d'argent pour le payer au moment de la première visite de l'année et parce
qu'elles n'oseront pas avouer cela à leur médecin, alors elles ne l'appelleront pas.
Ceci nous amène à la question : est-ce juste ?
Non, ce n'est pas juste, car ce sont les plus faibles qui, naturellement, vont
"trinquer", ce sont les plus faibles qui, naturellement, vont se trouver en difficulté, ce sont les
plus faibles qui auront des problèmes de santé et je n'aime pas une France dans laquelle se sont
les plus faibles qui sont ciblés et les plus avantagés qui sont épargnés.
Est-ce efficace ?
Représentant du peuple à l'Assemblée Nationale, lorsque nous voterons une
disposition comme celle-là qui est annoncée lors du projet de loi de financement de la Sécurité
Sociale, le PLFSS comme l'on dit...
La question : est-ce efficace ? Je suis au regret de dire à ceux qui
ont conçu et défendu cette mesure que, selon moi, la surconsommation médicale, ce n'est pas la
première visite de l'année pour les familles, s'il y a surconsommation médicale, c'est la
vingtième, la vingt-cinquième, la trentième visite de l'année et pas la première.
Et je suis, au contraire, au regret de leur dire que cette franchise aura, en
réalité, des effets inflationnistes, puisque, pour ceux qui n'auront pas de problème d'argent, une
fois franchi le seuil de la franchise, alors on pourra dépenser autant que l'on voudra, on pourra
faire autant de visites, autant de dépenses médicales, d'analyses ou d'examens divers que l'on
voudra. C'est le contraire de l'objectif que l'on veut atteindre.
Je ne fais pas grief à Nicolas Sarkozy d'avoir défendu ou proposé une telle
idée. Après tout, le problème de la Sécurité Sociale est suffisamment important pour que l'on
essaie de trouver des chemins, mais il y a besoin de réflexions, il y a besoin de débats et, s'il
le faut, il y a besoin d'amendements et de changements.
On n'est pas obligé de faire des bêtises, car on les avait inscrites à la
page 15 de son programme.
Et c'est à cela, mes chers amis, que sert le Parlement de la République. S'il y
a des députés, c'est pour qu'ils puissent faire des remarques et changer les textes qu'on leur
soumet et le faire librement.
Il y a beaucoup de débats au sein du peuple français, il va y avoir beaucoup de
débats au sein du peuple français sur une deuxième idée, en effet, qui faisait partie des promesses
de Nicolas Sarkozy, idée sur laquelle nous avons le devoir d'examen, d'esprit critique, d'avoir une
réflexion pour savoir si elle est juste ou pas.
Nicolas Sarkozy a promis de mettre fin à la carte scolaire.
Au premier abord, cela paraît sympathique, car cela donne, comme cela,
l'impression, l'illusion peut-être, d'une plus large capacité de choix pour les familles, mais je
pose une question toute simple et je la poserai de la même manière à la tribune de l'Assemblée
Nationale.
Cette question est celle-ci : que fait-on le jour où, dans des
établissements, dans des collèges par exemple, dans des collèges réputés de centre-ville, et vous
voyez, s'agissant de Paris, à quels établissements je peux songer, il y aura cinq
mille inscriptions pour mille places disponibles ?
Là, on n'est plus dans la théorie, on n'est plus dans les promesses électorales,
on est dans la réalité. Cinq mille inscriptions, et peut-être suis-je au-dessous de la
réalité.
Dans une ville comme Paris, avec les transports en commun facile, ce n'est pas
le cas de toutes les villes de province et encore moins pour les petits établissements des
lointaines vallées des Pyrénées ni de banlieues, mais dans une ville comme Paris vous aurez
peut-être davantage de cinq mille places disponibles. Alors qu'allons-nous faire ? La
réponse est toute simple, elle est écrite d'avance et tous ceux qui connaissent l'éducation savent
ce qui va se passer.
À partir de ce moment-là, on va trier les élèves pour les installer dans cet
établissement. On les triera un peu sur leurs relations et en tout cas sur leur livret scolaire, ce
qui signifie qu'à l'instant même, vous avez établi des établissements de première classe et pour
certains de super première classe, des établissements de deuxième classe et des établissements,
hélas, de troisième classe où personne ne voudra aller, qui seront un ghetto et un lieu de
relégation.
Et ceci mérite débat, car, évidemment, ceux qui seront dans les établissements
de troisième classe, on les connaît à l'avance, ce sont les les plus faibles encore issus de
milieux sociaux fragiles, et plus fragiles encore.
C'est cela, la réalité avec laquelle nous allons devoir vivre.
Je trouve que cela mérite débat, notamment de la part des républicains,
notamment de la part de ceux qui aiment et défendent depuis longtemps l'Éducation nationale dont le
principe était, non pas l'excellence pour quelques uns et la relégation pour les autres, mais
l'excellence pour tous, beaucoup plus que maintenant, dans tous les établissements, spécialement
dans les établissements qui accueillent des élèves et des enfants de familles qui n'ont pas la
chance d'avoir les relations, la culture et le milieu social nécessaire à la réussite.
Et, excusez-moi de le dire, c'est à l'Assemblée Nationale que l'on doit avoir ce
genre de débat, c'est à l'Assemblée Nationale que, montant à la tribune, on doit souligner, pour le
Gouvernement, à l'avance le droit d'avoir des députés qui les représentent pour mettre en garde,
lorsque des décisions auxquelles on n'avait pas réfléchies peuvent apparaître dangereuses pour, par
exemple, la cohésion de la société à laquelle on va appartenir.
Je dis que ce devoir de débat, ce droit pour les citoyens d'avoir un débat
organisé devant eux, c'est l'un des premiers droits de la démocratie. Il faut informer le peuple,
pour qu'il puisse réfléchir et peser, à son tour, sur l'issue des décisions qui vont être prises en
son nom.
On a le droit de débattre, on a le devoir de débattre, mais on ne peut pas le
faire si l'Assemblée appartient entièrement au monopole d'un parti et d'un seul.
Je prendrai seulement un troisième exemple et je m'arrêterai là. C'est celui qui
a été évoqué par Christian Saint-Étienne et par Marielle : on vient d'entendre une
déclaration officielle du Gouvernement indiquant qu'il allait mettre entre parenthèse la lutte
contre l'aggravation du déficit et contre l'augmentation de la dette dans notre pays.
Là, on est dans un cas de figure entièrement différent des cas de figure que
j'évoquais à l'instant.
C'est vrai que, concernant la franchise, il y avait une formule dans le
programme du président élu qui évoquait cette franchise. C'est vrai que, sur la carte scolaire, il
en avait fait l'une de ses promesses électorales, mais, sur la dette, que je sache, après que nous
avons lancé ce débat, que nous l'avons établi devant les Français, que nous en avons fait un des
sujets de l'élection présidentielle, si je ne m'abuse, si je ne me trompe et je crois avoir été un
observateur relativement attentif de cette période, tous les candidats, singulièrement Ségolène
Royal et Nicolas Sarkozy, sont venus devant les Français en disant : nous allons lutter
vertueusement contre le déficit et contre la dette.
On ne peut pas laisser déraper les finances publiques dans un pays et on ne peut
pas faire que les jeunes aient à payer l'inconséquence des générations actuelles au pouvoir.
Je peux citer, je peux faire entendre les phrases qui ont été répétées par les
uns et par les autre sur ce sujet avec plus ou moins de conviction, plus ou moins de bonne foi,
plus ou moins de détails quant à la manière de procéder pour arriver à ce résultat, mais tout le
monde l'a dit.
Or, la première déclaration officielle du Gouvernement est qu'il va laisser
filer le déficit et la dette, car on va faire de dix à quinze milliards d’euros, certains
disent même à vingtmilliards d’euros, j'ai lu cela dans Le Figaro Économie l'autre jour, de
dépenses supplémentaires en avantages fiscaux pour les plus favorisés, pour la déduction des
intérêts des emprunts mobiliers ou encore pour les heures supplémentaires et plus quelques
autres "gâteries" dont j'ai oublié, à cet instant, la liste.
On va dépenser quinze milliards d’euros à crédits qui devront être un jour
payés. Par qui ? Non pas par les plus favorisés, non pas par les plus riches, non pas par les
propriétaires, mais par l'ensemble des Français qui vont devoir assumer le poids des libéralités du
Gouvernement.
J'estime que c'était un bénéfice formidable de l'élection présidentielle que
d'avoir installé le sujet du sérieux dans la dépense publique, de l'équilibre des dépenses
publiques dans notre pays, de l'avoir installé dans la préoccupation des citoyens.
C'était un grand succès et il n'est pas juste et il n'est pas bien, notamment
vis-à-vis des générations futures, notamment vis-à-vis de ceux qui travaillent, notamment vis-à-vis
de ceux qui, d'une certaine manière, auront, un jour ou l'autre, à payer le prix de cette décision,
de faire croire que la dette et le déficit représentent désormais un sujet secondaire en
France.
Nous sommes là pour dire qu'il s'agit d'un sujet principal et il faut qu'il y
ait des députés à la tribune de l'Assemblée Nationale pour dire au Gouvernement qu'il se trompe,
lorsqu'il abandonne cet objectif de rendre à la France, un jour, l'équilibre de ses finances
publiques et qu'il n'est pas fidèle aux engagements que notre pays a pris et aux engagements qu'il
a pris devant les Français.
Autrement dit, là, pour le coup, nous serons des députés qui monteront à la
tribune pour demander au Gouvernement de respecter les engagements qu'il a pris d'être fidèle à la
parole qu'il a donnée sur l'un des sujets les plus importants qui concerne l'avenir du pays et des
générations dont nous avons la charge.
Nous avons besoin de débats, nous avons besoin d'information des citoyens, nous
avons besoin que les citoyens aient des défenseurs à la tribune de l'Assemblée Nationale pour
parler en leur nom, pour êtres ceux qui portent leur voix pour demander que l'on réfléchisse, non
pas pour condamner, non pas pour être dans l'opposition systématique, mais pour imposer du débat et
de la réflexion.
Notre objectif n'est pas d'être comme le Parti socialiste le sera, contre tout
ce que le Gouvernement proposera, car je déteste l'opposition systématique au moins autant que je
déteste l'adhésion systématique. Je n'aime pas davantage ceux qui votent toujours et mécaniquement
non que ceux qui votent toujours et mécaniquement oui.
Ce que je n'aime pas, c'est la mécanique et je vous propose de remplacer le vote
mécanique par un vote réfléchi, un vote indépendant, un vote libre par des députés qui fassent leur
travail de député, qui soient capables, au nom des électeurs qu'ils représentent, de dire leur
adhésion lorsqu'il y a adhésion et de dire, au contraire, leur réserve ou leur opposition lorsque
le sujet oblige à la réserve et à l'opposition.
Par exemple, je tiens à dire que certains des sujets qui ont été abordés par le
président de la République ou le Gouvernement nécessiteront l'accord du Parlement ou, quoi qu'il en
soit, l'information du Parlement, sur lesquels il me semble que nous pouvons donner -nous verrons
ce qu'il en sera au bout du compte- un avis positif.
Par exemple, et c'est en tant que militant européen que je l'indique, si Nicolas
Sarkozy arrive à "débrouiller" l'affaire du Traité constitutionnel en allant dans le sens que nous
avions proposé pendant la campagne électorale, non pas d'un mini traité, expression qu'il a
abandonnée, mais d'un traité simplifié dans lequel le citoyen, à la lecture, pourra retrouver les
grands principes démocratiques de l'Europe, où l'on retrouvera l'inspiration qui était celle du
Traité constitutionnel, mais avec un abord beaucoup plus franc, beaucoup plus simple, alors je
dirai que c'est une bonne chose.
Probablement aurons-nous des débats avec le Gouvernement ou avec le président
sur la manière de le ratifier. Très bien, nous aurons des débats, mais, au moins, si ce texte
réussit à sortir -nous n'en sommes pas encore tout à fait là, il y a encore beaucoup de chemin à
faire-, je dirai à ce moment-là, s'il est juste et qu'il reprend cette inspiration, que nous sommes
d'accord avec le travail qui a été fait et que nous le soutenons.
En effet, nous pouvons indiquer, sur de grands sujets, que nous sommes en
accord, car, après tout, c'est de la France dont il s'agit, c'est de l'Europe dont il s'agit et cet
accord sera un plus pour notre pays. De ce fait, nous le défendrons et nous le manifesterons, y
compris à la tribune de l'Assemblée Nationale.
De la même manière, une concertation a été lancée avec les associations
écologiques et, bien sûr, il ne sera pas facile de trouver un chemin. Je m'adresse à ceux, parmi
vous, qui viennent de ces courants et de ces sensibilités.
Bien sûr ce ne sera pas facile, mais, après tout, c'est le bon chemin que de
commencer à rechercher, en matière d'Organismes Génétiquement Modifiés, par exemple, une démarche
qui soit nationale, dans laquelle, si je puis suggérer quelque chose, on ne se contente pas de
guerres de religions, mais où l'on demande aux scientifiques français, à l'Académie des sciences,
aux spécialistes du vivant, aux spécialistes de pharmacologie, désignés d'un commun accord par les
associations et les pouvoirs publics, de bien vouloir donner, à la société française et aux
décideurs politiques, un éclairage sur la question centrale.
Cette question est la suivante : y a-t-il ou non dissémination d'organismes
génétiquement modifiés ? Sommes-nous en train, avec la multiplication… Je rappelle que, l'an
prochain, nous serons très au-delà de cent millions d'hectares d'OGM dans le monde et, de ce
fait, s'agissant par exemple du soja, on trouve évidemment des organismes génétiquement modifiés
dans tous les aliments que consomment les animaux, y compris ceux élevé en France, lesquels se
retrouvent ensuite dans les circuits commerciaux et, au bout du compte, dans votre assiette.
Existe-t-il, oui ou non, alors que nous assistons à l'explosion de ces OGM à la
surface de la planète, des risques scientifiquement déterminés, scientifiquement détectables qui
font qu'à ce moment-là, il faudra pousser un cri d'alarme devant l'humanité et la France s'honorera
de le faire ?
Nous avons besoin d'avoir une vision, une lecture scientifique de ces sujets. Si
le Gouvernement la demande, il aura raison de le faire, nous le soutiendrons pour cela et je
trouverais juste que nous le disions, y compris à la tribune de l'Assemblée Nationale.
Nous avons besoin de débats, de liberté de jugement, d'indépendance, d'élus qui
fassent leur travail d'élus, mais pas d'élus dont le seul rôle soit de voter oui, de voter non,
simplement pour être en phase avec les instructions ou la discipline que leur parti les obligera à
suivre.
Ce sera mon dernier mot.
En proposant aux Français ce pluralisme qui, seul, permet le débat, en proposant
aux Français cette attitude d'indépendance, de liberté de jugement et de liberté de vote, alors
nous faisons quelque chose de très important : non seulement nous défendons le droit des
citoyens, mais nous réhabilitons le Parlement de la République.
Nous devenons les vrais défenseurs de l'institution parlementaire, de la
démocratie de représentation, car il n'y a plus d'institution parlementaire si le seul rôle des
élus est de voter mécaniquement dans un sens ou mécaniquement dans un autre. En réalité, c'est ce
mécanisme de vote automatique qui explique l'affaiblissement des Parlements et qui fait
qu'aujourd'hui, dans de nombreux pays européens, ils ne jouent plus le rôle qui devrait être le
leur et qui est le seul moyen d'être reconnu et soutenu par l'opinion publique.
Nous serons les défenseurs du Parlement en mettant des élus libres à la tribune
de celui-ci.
Et, enfin, nous ferons œuvre de justice, de justice élémentaire, car il
n'est pas juste que nous vivions dans une démocratie où une force démocratique, équilibrée,
modérée, qui a réuni sept millions d'électeurs à l'élection présidentielle puisse se trouver
menacée d'avoir un rôle marginalisé dans le Parlement ou une représentation tout à fait minime,
alors que ceux qui ont obtenu à peine 10 % de plus -je rappelle que le candidat de l'UMP a
réuni 30 % des voix, que la candidate du Parti socialiste en a réuni 25 % et nous en
avons réuni près de 20 %- aient 80 % des sièges, alors que ceux qui ont obtenu
20 % sont en situation d'être repoussés à la marge de l'Assemblée Nationale.
Il n'y a pas de démocratie qui se porte bien, il n'y a pas de pays qui se porte
bien, il n'y a pas de pays qui réussisse lorsque ses institutions sont injustes et que les citoyens
ne se reconnaissent pas dans celles-ci.
De ce fait, le combat pour le pluralisme à l'Assemblée Nationale et pour la
présence des grands courants du pays à l'Assemblée Nationale est le combat pour le changement des
institutions, afin qu'elles deviennent démocratiques et justes. Ce combat sera, plus que jamais,
d'actualité à partir du 17 juin 2007 et dans les années qui viennent.
Ce combat, nous ne l'abandonnerons pas. C'est un combat, non pas pour
nous-mêmes, mais pour les citoyens et pour la France.
Et, donc, nous sommes, nous serons et je suis très heureux d'être entouré par
cette pléiade de candidats. Ainsi, je salue Didier Bariani qui nous a rejoints au premier rang de
cette salle. Oui, en effet, le choix que nous offrons aux Français par la présence des candidats et
des candidates de l'UDF et du Mouvement démocrate dans cette élection, c'est une offre non pas pour
un parti, une étiquette, fut-il un parti nouveau qui attire des dizaines de milliers de citoyens
nouveaux dont vous êtes ici des représentants, mais une offre politique et un combat fondamental
pour les cinq années qui viennent et pour l'avenir de la démocratie Française.
En défendant les idées, les convictions qui sont les nôtres, nous défendons, en
réalité, l'intérêt vital des citoyens de notre pays dans leur vie de tous les jours, dans leur vie
de famille. Ils pourront ainsi être informés et peser sur les décisions qui seront prises à
l'Assemblée Nationale, ils pourront être assurés qu'on ne leur cachera rien, car ils ne laisseront
rien caché, car nous ne laisserons rien passer sous silence.
Ils sont assurés qu'ils auront des élus à la fois vigilants et constructifs et
c'est parce que nous serons vigilants et constructifs que le Parlement retrouvera l'audience qui
devrait être la sienne.
La candidature de ces femmes et de ces hommes à Paris et dans le reste de la
France, c'est une chance pour la démocratie Française et nous ne la laisserons pas passer.
Je vous remercie de votre présence si nombreuse, je les remercie de leur combat
et je vous remercie de votre engagement et de votre action."