La France de toutes nos forces
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Pour une Révolution civique

Prononcé par : François Bayrou le : 10 juin 2006

"Chaque fois que la France a été l'otage d'une lutte de partis, d'une moitié de la France contre l'autre, chaque fois, elle a été conduite sur le mauvais chemin. Chaque fois au contraire que ses responsables ont cherché à la rassembler - Pierre Mendès-France, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing -, chaque fois, elle a fait de meilleurs choix."

Discours de François Bayrou
Conseil national de l'UDF - Issy-les-Moulineaux
10 juin 2006

(Seul le prononcé fait foi)

LA RÉVOLUTION CIVIQUE

Mes chers amis,

« Allez la France ! », ce n’est pas seulement un clin d’œil au mondial de foot.

Cela dit quelque chose de notre mission !

Rassembler, entraîner, sélectionner le meilleur, ne plus regarder les clubs d’origine, mais fondre les talents en une stratégie offensive. C’est vrai en sport. Mais c’est vrai pour tout un pays.

L’état de la démocratie française est un chagrin pour tous les Français. Un chagrin : sentiment personnel d'échec et de vexation.

La séquence que nous venons de vivre, CPE, Clearstream, amnistie d'un député du parti majoritaire, manœuvres au sein du même parti majoritaire, a fait du gouvernement actuel qui, il y a un an jour pour jour, prétendait reconstruire la confiance en cent jours, l’un des plus faibles des dernières décennies.

Et cette faiblesse est la preuve par 9, la démonstration absolue, de ce que notre analyse de la situation française est juste.

Le même parti a tous les pouvoirs, la présidence de la République, le Premier ministre, quasiment tout le gouvernement, la présidence de l’Assemblée et la majorité absolue à l’Assemblée, la présidence du Sénat et la majorité absolue au Sénat, la maîtrise de tous les corps de contrôle, et il ne peut même pas faire le lundi de Pentecôte !

Pire encore : ce sont les mêmes ministres qui ont pris la décision de faire du lundi de Pentecôte un jour travaillé, le même un an après prennent la décision que ce jour sera férié pour les écoliers, et interdit de rouler pour les routiers, autrement dit le pays en panne par leur décision.

Tout le monde sait que le pouvoir est dans cet état, tout le monde le dit !

Et le seul endroit où l’on fait semblant de l’ignorer, c’est là où on devrait agir, sur les bancs de velours rouge de l’Assemblée nationale ! Tout cela, on le chuchote dans les couloirs, on fait chorus à la buvette, on le clame dans toutes les oreilles de journalistes, mais dans l’hémicycle, où l’on représente les Français, c’est silence dans les rangs.

Et c’est pour cela que nous avons pris nos responsabilités. C'est pour cela que nous avons voté la censure, que nous avons fait la rupture, non pas dans les mots, mais dans les actes !

Pas la rupture avec Dominique de Villepin, le Premier ministre seul, avec l’UMP seule, mais la rupture symbolique avec les causes de l’impuissance et du malheur français.

Les douze députés UDF qui ont voté la censure, et j’en suis sûr aussi, l’immense majorité de ceux qui n’ont pas osé, ou pas voulu encore (je cite presque entre guillemets) les suivre jusque là, tout en pensant la même chose, tout en étant contents de l’audace de leurs collègues, l'ont fait pour une raison : ils n’ont pas voulu qu’on leur dise un jour : « Vous qui saviez, vous n’avez rien fait ! »

C’est parce que nous savons que nous avons agi !

Nous avions sous les yeux le spectacle triste de la décomposition du pouvoir en France.

Nous savons que la France se fracture. Nous savons que, depuis vingt ans -depuis vingt ans ! - l’État n’est pas impartial, l’État est partisan ! Le pouvoir est confisqué. L’esprit de parti, l'esprit de clan, l'esprit de famille, est partout. On nomme des copains, on fait campagne de manière éhontée avec les moyens de l’Etat. Et pendant ce temps, tout le monde voit bien que la France recule, qu’il n’est aucun domaine où notre pays ait avancé, dans aucun classement international.

Et nous mesurons l'immensité de la tâche à accomplir, nous savons la dimension de l’effort de redressement.

Et c’est parce que cet effort est immense qu’il demande une réponse nouvelle !

L’effort à accomplir, que mes amis avant moi ont rappelé :

* il faut réparer la France, socialement, territorialement - la rupture entre les vallées qui se dépeuplent, je pense à notre ami Jean Lassalle, mais c'est la même chose pour les banlieues, qui pour certaines retrouvent le sens étymologique du terme, le lieu des bannis - il faut recoudre et réparer la France
* il faut s'occuper de la feuille de paie et s'occuper des petites retraites
* il faut créer les emplois dont on a besoin et que notre croissance interdit
* il faut cesser la croissance de la dette, et maîtriser la dépense publique
* il faut retrouver les conditions de la croissance
* il faut la meilleure éducation et la meilleure recherche du monde et nous pouvons les avoir
* il faut la confiance dans nos institutions
* il faut que la France devienne une démocratie
* il faut faire de la France le premier pays qui défende réellement l’atmosphère de la planète
* il faut économiser l’énergie, nous allons dans le mur sur les énergies fossiles, sur le pétrole
* il faut l’Europe démocratique

Il y a un projet français. Il est de bon ton de brocarder le « modèle français ». C’est de bon ton hors de France, dans les journaux anglo-saxons. Et c’est hélas de bon ton en France.

Et quand on le moque, que moque-t-on ? On se moque de ses valeurs, et on se moque de sa visée universelle, de sa prétention universaliste.

La France est sommée de renoncer à son modèle. Autrement dit, la France est sommée de renoncer à elle-même.

Je ne crois pas que les Français renonceront à ce modèle.

Que dit le modèle français ? Que disent les mots qui le symbolisent ? Ils disent trois choses qui, pour des Français, ne sont pas remplaçables !

Ils disent que la liberté vient en premier. Ils disent que l’égalité ne se divise pas. Ils disent que la fraternité permet à la liberté et à l’égalité de vivre ensemble.

Ce projet que l'on traite par dessus la jambe, ce projet libéral, égalitaire et fraternel, est un projet de résistance.

Parce que la pente naturelle du monde, quand on laisse les choses se faire elles-mêmes, ce n’est pas la liberté, c’est la domination des puissants, des groupes de pression.

La pente naturelle, ce n’est pas l’égalité, ni des chances, ni des droits - et je tiens aux deux : égalité des chances, égalité des droits - c’est l’inégalité et l’abus des privilèges.

La pente naturelle, ce n’est pas la fraternité, c’est l’indifférence à l’autre, l’indifférence à l'étranger.

Et je suis fier d'appartenir au peuple qui a donné au monde, en trois mots, un idéal de résistance qui fait à lui tout seul l'humanisme et la civilisation.

Cette résistance est nécessaire à la France, elle nécessaire aussi au monde.

Nous ne bâtissons pas seulement une économie (c'est très important, aucun doute). Nous ne rémunérons pas seulement du capital. Nous élevons des enfants. Nous transmettons un pays. Et nous façonnons un monde, en bâtissant une société de justice et d'équilibre, nous agissons pour la France, mais nous devons agir comme un exemple pour le monde.

La crise est plus grave chez nous qu’ailleurs. Car nous avons une caractéristique : l'identité de notre pays, c’est l’unité.

La France ne se satisfait pas de la déchirure. Il y a beaucoup de pays qui se satisfont des ghettos, raciaux, religieux, des ghettos d’éducation, des ghettos de l’argent ; ghettos de l’argent surabondant où l’on s’enferme, avec des gardes privés et des caméras partout ; ghettos de l'argent qui manque, où l’on est enfermé malgré soi.

Pas la France. La France, elle veut l’égalité des citoyens. Elle veut l’égalité des territoires. Et elle souffre quand, comme aujourd’hui, elle voit que cette égalité a disparu.

Et regardez comme c’est intéressant et comme c'est drôle, cette égalité, c’est de la fraternité.

La France est un pays d’unité ; nous sommes quelques-uns à penser qu'elle a confondu parfois unité et uniformité.

Parmi les devoirs qui sont les nôtres, il y a celui de défendre la diversité culturelle, pas seulement dans le monde, c’est un juste combat, mais sur notre sol. C'est pourquoi je suis favorable au respect de la charte des langues et des cultures régionales et minoritaires.

Il y a des pays qui se satisfont de la victoire du matérialisme et de la domination de l’argent. Pas la France. La France, elle veut qu’on mette les choses à leur place. L’argent à sa place, et l’esprit à sa place qui lui est supérieure, et le cœur à sa place qui est encore plus haute.

Et à tous ceux qui sur notre sol veulent que la France renie son modèle, les Français répondent, ont répondu et répondront : nous avons le droit d’avoir nos propres valeurs.

Et nous, nous disons aux Français : ce n’est pas seulement que nous avons le droit de nos propres valeurs, mais nous avons le devoir de les entretenir et de les défendre. Parce que ce sont des valeurs qui manquent au monde.

Parce que quand le monde se déshumanise, il faut que le pays de l’humanisme se lève et résiste. Et c'est sa vocation.

Mais ce sont des valeurs qui exigent aussi la réussite.

Parce que si la France échoue, ce sont ses valeurs qui plongent avec elle.

Et c'est pourquoi nous avons besoin de liberté, et notamment de liberté en économie. Nous sommes la famille qui veut que la liberté en économie soit réhabilitée.

Est-ce que la France échoue en économie parce qu’elle a trop de liberté ? Elle échoue parce qu’elle n’a pas assez de liberté, pas assez de confiance.

Demandez aux artisans s’ils ont plus ou moins de contraintes administratives, de papiers à remplir, qu’il y a des années. Ils en ont davantage, tous les jours davantage, insupportablement davantage. Demandez aux agriculteurs s’ils ont plus ou moins de contraintes et de contrôles, de papiers à remplir, de déclarations de toute nature, qu’il y a quelques années. Ils croulent sous une charge de travail qui ne devrait pas être la leur, qui est notre démission sous la bureaucratie universelle.

Les Français, qui ne sont pas dupes, savent que les chiffres sont de la communication, ils savent que le chômage réel ne baisse pas, ils savent que ce sont les classes nombreuses qui partent à la retraite, que ce sont les emplois aidés qui subviennent pour le reste, que la création d’emplois nouveaux n’est pas au rendez-vous.

Je veux donner la feuille de route de notre politique de l’emploi. Le but de notre politique est de créer l’emploi, tout l’emploi, dont notre économie a besoin. Je ne crois pas à la création d'emplois artificiels.

Et il y a des millions d’emplois dont notre économie a besoin, mais qui ne peuvent pas être créés, spécialement dans les petites entreprises, parce que travail + charges, comme c'est organisé dans la société française, il y a des entrepreneurs pour qui c’est trop lourd ! Je suis prêt à nuancer : c’est trop lourd pour certains, trop lourd pour les plus petits, pas trop lourd aujourd'hui pour les très grandes entreprises qui marchent bien, qui intègrent le coût du travail, parfois sans difficulté dans son modèle économique.

Parfois… car les délocalisations sont générales (j'adresse une pensée à Jean Arthuis qui a eu un petit incident cardiaque) ; elles ne sont pas toutes mauvaises. Je visitais hier près de Strasbourg, à Pfaffenhoffen, une entreprise formidable qui numérise des centaines de milliers de volumes quel que soit leur format. C'étaient des volumes de près de 1 mètre : les volumes manuscrits du cadastre d’Alsace Moselle (40 000 volumes), la numérisation se fait à Pfaffenhoffen, avec une vingtaine d’emplois, mais la saisie qui vient derrière se fait à Madagascar avec plusieurs centaines d’emplois. Et si l’entreprise n’existait pas en Alsace, il n’y aurait pas les emplois à Madagascar. Et si les emplois n’avaient pas été créés à Madagascar, il n’y aurait pas d’entreprise à Pfaffenhoffen.

C'est un bon sujet de compréhension du monde. Les simplistes qui prétendent que les problèmes de délocalisation n'existent pas, ou pour les autres qu'il n'y a que des difficultés, se trompent tous les deux, c'est être adulte que de saisir le bien et la difficulté dans le même sujet.

Nous avons ouvert à juste titre une réflexion de long terme sur le transfert des charges sociales qui pèsent sur le travail sur d’autres bases.

Mais je considère qu'il ne faut pas attendre les résultats d'une réflexion de long terme qui demande la participation de toute la société française. Il y a urgence.

Et en face d’une situation d’urgence, je propose une mesure d’urgence : l’ouverture du droit pour chacune des entreprises de notre pays, de créer deux emplois nouveaux sans charges. Pour une entreprise artisanale, deux emplois, c’est beaucoup. Pour une entreprise moyenne, ce n’est pas rien. Pour une très grande entreprise, c’est symbolique.

Autrement dit nous proposons un rééquilibrage en faveur des créateurs d'emploi potentiels.

Contrat garanti pendant cinq ans, n’assumant que les charges de retraite (10 % de charges en tout et pour tout), sans autre condition, ouverte à tous les types d’emplois, à tous les âges, à toutes les formations. Des cadres si votre petite entreprise a besoin de cadres, qualifiés si vous avez besoin de qualifiés, des designers, des commerciaux, comme vous voudrez. Un immense appel d’air, qui ne demande ni dix pages d'explication, ni un volume d'explication mais simple, d’application immédiate et infiniment prometteur, prometteur de centaines de milliers d’emplois d’après les simulations que nous avons faites.

La question de la feuille de paie. Le niveau de la feuille de paie est un souci pour la nation. Et pas seulement pour les petits salaires. C’est un souci même, nous avons été parmi les premiers à le mettre en évidence il y a quelque dix-huit mois, lors de notre congrès de la Mutualité, c’est un souci pour les salaires moyens. Il y a eu un temps où en France, un salaire moyen, quand on vivait normalement, c’était sans souci. Le salaire moyen était convenable. On vivait, et même on arrivait à mettre de l’argent de côté. Aujourd’hui, les salaires moyens n'y arrivent plus, n'arrivent plus à joindre les deux bouts, ils ont beaucoup de mal. Et cela est un souci pour la nation tout entière.

Et comment se fait-il que ce souci soit un souci uniquement français ? Que cette inquiétude, cette difficulté du salaire moyen, elle ne se retrouve pas chez nos voisins européens ?

C’est que la réalité a rattrapé la fiction. On nous avait dit : nous allons faire les 35 heures sans baisse de salaire. Vous aurez les 35 heures payées 39. Personne n’y perdra rien. Et nous dans cette maison, nous disions : c’est un leurre. De toutes façons, il faudra que quelqu’un paye. Et au bout du compte, celui qui paiera, d’une manière ou d’une autre, c’est celui qui travaille. Car, ou bien il travaillera plus, et il paiera en stress. Ou bien il travaillera pareil et il paiera en valeur réelle sur la feuille de paie.

Eh bien, c’est à cela que nous sommes arrivés.

Alors nous avons vu cette semaine un de ces jeux de dupes habituels sur le sujet. Le Parti socialiste a paru, l’espace de quelques heures, accepter la leçon de cette dure réalité. Ségolène Royal a fait la liste des insuffisances et des échecs des 35 heures. Elle a dressé un réquisitoire. Elle a dit ce que tous les Français savent : les 35 heures, comme elles sont organisées sont pleines d’inconvénients. Et elle en a tiré aussitôt la conclusion la plus inattendue : nous allons étendre les 35 heures à tout le monde !

Pour nous, au contraire, si les 35 heures sont pleines d’inconvénients, ce qui est la vérité, il faut les corriger. Et les corriger simplement, sans forcer la main à quiconque. Car nous savons bien que beaucoup de salariés ont trouvé dans les 35 heures des avantages pour leur vie, pour leur vie de famille, pour leur vie de loisir.

Nous proposons donc, comme nous l'avons fait en 2002, que l’on permette aux Français qui le souhaitent, aux salariés qui le souhaitent, librement, d’améliorer leur revenu par le jeu libre des heures supplémentaires. Pour le Parti socialiste, les heures supplémentaires il faut les combattre, les sanctionner et les réprimer. Pour nous, c’est la liberté de l’accord, dans une marge raisonnable, entre le salarié et l’entrepreneur. Nous proposons donc de changer le régime des heures supplémentaires : nous proposons d’élargir à toutes les entreprises, même celles de moins de vingt salariés, le régime des heures supplémentaires à 25 % de prime. Il est scandaleux pour nous que l’heure supplémentaire dans une petite entreprise rapporte moins au salarié que dans une entreprise de plus de vingt ! Ça n'est pas juste !

Et nous proposons que cette prime de 25 % soit intégralement déduite des charges sociales. Parce que quand un salarié a travaillé 35 heures, il a déjà payé sa quote-part de la protection sociale.

Ainsi, pour une heure normale, quand le salarié est payé 100, l’entreprise paie charges comprises, à peu près 190. Pour une heure supplémentaire, sous notre régime, le salarié recevra 125 quelle que soit la taille de l'entreprise. Et l’entreprise paiera toujours 190. Personne n’y perdra ! Tout le monde y gagnera !

Je veux dire un mot du smic. Le Parti socialiste fait une grande annonce de smic à 1500 euros par mois : ou bien cette annonce est truquée, ou bien elle est nocive pour la société. Cette annonce est truquée, parce que comme les syndicats l'ont dit, l'inflation va amener naturellement à ce montant. Ou bien elle est nocive, parce que si on le fait brutalement, il ne sera plus possible de pourvoir certains emploi ; et que le smic va devenir la situation majoritaire des salariés.

Nous avons besoin de simplicité et de stabilité dans le temps.

J'ai approuvé ce qu'Hervé Morin a dit à cette tribune.

Nous avons besoin de simplicité et de stabilité du droit fiscal et social.

Nous recevions, Hervé et moi, le responsable d'un fonds de pension américain spécialisé dans les sièges sociaux. Il me disait : quand il s'agit de choisir un lieu, la France est toujours sur la liste à cause de sa douceur de vivre, et jamais retenue car on ne sait jamais, chez vous, de quoi demain sera fait.

Les socialistes nous disent : nous allons augmenter massivement les impôts. Ils ont même trouvé une nouvelle appellation, je ne sais pas si ça adoucira la sensation de ceux qui seront imposés : l’impôt citoyen sur le revenu !

La plus basse estimation sur le coût du programme socialiste, celle qu'a faite Strauss-Kahn, la plus basse, pas celle de Bercy, c’est 50 milliards d’euros.

Comparez cette somme à ce que rapporte l'impôt sur le revenu : un peu moins de 50 milliards. Pour financer un programme aussi dispendieux, il faut multiplier par deux l'impôt sur le revenu !

Nous qui avions mis en garde sur la baisse aventureuse des impôts, nous disons qu'augmenter les prélèvements obligatoires, augmenter la ponction sur la richesse produite, c’est paralyser à coup sûr, lentement le pays, c’est alourdir à coup sûr, le poids de son administration !

Il y a des millions de Français qui attendaient que le Parti socialiste change ! Eh bien le Parti socialiste a passé la marche arrière. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la France, pour les Français qui découvrent une gauche régressive.

Et ce n’est pas le seul sujet : qu’en 2006, alors que tout le monde sait que la réforme Fillon sur les retraites n’a fait qu’une (petite) partie du chemin nécessaire, on prétende que l’on va abroger cette loi, je ne vois pas d'autre mot que de dire que c’est purement et simplement honteux, et qu'il est de notre devoir de le dénoncer, que c'est un mauvais service à notre pays.

Il y a des millions de Français qui sont généreux, mais qui ne veulent pas de cette politique de mensonge et de retour en arrière !

Et nous pouvons maintenant le dire de manière crédible, parce que tout le monde sait désormais que ce n’est pas l’esprit partisan qui nous guide.

Nous pouvons le dire, parce que tout le monde sait que notre choix, ce n’est pas de faire la guerre d'un camp contre l'autre, pas de nous enfermer dans un camp, c’est de construire une majorité nouvelle, une majorité plus large dont la France a besoin pour changer et progresser vers l'avenir auquel elle a droit.

Les grandes directions économiques et sociales, pour moi ce n'est pas l'essentiel, ou du moins ça ne suffira pas.

La Révolution civique

La France a besoin d'une révolution civique, et c'est de cette révolution civique que je voudrais vous parler maintenant.

Nous sommes des défenseurs d'un service civil universel, de six mois, qui concerne l'ensemble des jeunes. Nous défendons cette idée, non pas depuis aujourd’hui, mais depuis 2001 !

L’UMP nous dit que l’on ne peut pas faire le service civil universel ! Elle nous dit que cela coûte plusieurs milliards d’euros et que donc il faut y renoncer. Cela coûtera sans doute plusieurs milliards d’euros, quatre ou cinq milliards d’euros, c’est vrai. Mais il faut le faire, parce que la France, et les jeunes qui vivent sur notre territoire en ont le plus urgent besoin. Tous.

Ils ont besoin de sortir des ghettos. Les ghettos pauvres et les ghettos riches. Ils ont besoin de rencontrer des jeunes d’autres milieux sociaux que le leur, qu'il soit défavorisé, ou favorisé ! Ils ont besoin de bouger. Ils ont besoin de donner quelque chose d'eux-mêmes à la communauté civique.

Et il y a des domaines entiers d’activité civique ou sociale qui ont besoin de ce don de quelques mois.

Par exemple la sécurité dans les transports en commun dans les grandes agglomérations, est-ce que ça n'a pas besoin de jeunes qui soient là avec des talkies-walkies qui assureront aux gens qu'il ne leur arrive rien, sur le territoire de la France ? La surveillance des massifs forestiers au moment où on doit craindre les incendies de forêt. L’aide aux personnes âgées, ou handicapées, à mobilité réduite, comme on dit, dans les gares ou les aéroports.

Et cette idée, qui est en effet difficile à mettre en œuvre, qui sera discutée à droite et à gauche, ne réalisera pas son plein effet si on ne lui donne pas une légitimité forte. Une légitimité indiscutable. Comme je suis partisan de réhabiliter le référendum, de réhabiliter les approches collectives du peuple, je suis décidé à soumettre l’idée d’un service civil à référendum pour lui donner la base populaire nécessaire à une si grande idée.

Et j'ajoute que je suis partisan que ce service civique ne concerne pas seulement les jeunes Français nationaux détenteurs d'une carte d'identité française. Je suis partisan qu’il concerne tous les jeunes, y compris les jeunes immigrés qui ont grandi en France et que l’accomplissement de ce service soit une clé de l’attribution de la nationalité française.

Deuxième idée de la Révolution civique nécessaire pour la France : l’activité universelle.

L’exclusion est un processus beaucoup plus pernicieux, beaucoup plus rapide qu’on ne le croit. L’exclusion n’est pas évitée par l’attribution des minima sociaux. On n’est pas quitte avec quelqu'un, avec une famille, lorsqu'on a donné un chèque !

Pour sortir les exclus de l’exclusion, il faut un immense effort national.

Il faut un effort qui demandera une mobilisation d’énergies collectives sans précédent à l’échelle d’un pays comme le nôtre.

Il faut inverser le mouvement. À chacun de ceux qui se trouvent ainsi parqués, n'osant pas sortir de chez eux, n'osant pas se lever le matin, en lisière de la société, il faut demander non pas : « que pouvons-nous faire pour toi ? », mais « que peux-tu faire pour tes semblables, que peux-tu faire pour ton pays ? »

Tu connais l’informatique, viens enseigner l’informatique, il y a une association pour cela. Tu es sportif, viens être moniteur. Tu sais garder des enfants, il y a des associations d’aide pour les familles. Tu es valide, viens surveiller la sortie des écoles. Tu sais remplir des papiers, viens aider ceux qui ne savent pas. Tu sais conduire une voiture, viens transporter des personnes invalides, ou viens faire des courses pour des personnes seules et malades.

C'est une révolution du lien dans la société française.

Bien sûr, cela ne peut pas concerner le secteur de l’emploi marchand. Cela ne peut concerner que le secteur associatif et celui des collectivités locales. Mais c’est un immense secteur, qui a besoin d’un immense coup de main. Et il y faudra, c’est vrai, beaucoup d’encadrement ! C’est exactement ce dont a besoin un pays comme le nôtre, qui va voir partir à la retraite les générations les plus importantes du baby-boom, avec plein d’énergie, avec une grande expérience de la vie, et avec la volonté de servir.

C'est la solitude qui est l'ennemie, la dispersion, l'isolation, l'enfermement : c'est à cette solitude que nous nous attaquons avec le service civique et l'activité universelle.

Et cette participation à la vie de la cité, elle n’est pas une option, elle est une condition de l’aide que tu recevras en retour, et elle se verra encouragée par une contrepartie qui viendra de l’association, du club sportif, de la municipalité. Ce qui améliorera là encore, un peu, les fins de mois.

Et peu à peu, je le crois, l’activité appellera l’activité, le respect des horaires appellera le respect des horaires, le vêtement changera, l'idée que l'on se fait de soi-même changera, la confiance reviendra.

Ceci est une révolution : la révolution civique dont la France a besoin.

Et cela ne s'arrête pas là.

J’ai beaucoup hésité sur cette question. On trouvera même sans doute des déclarations de moi sur le même sujet, très sceptiques, dans le passé. Mais après avoir beaucoup réfléchi sur la désaffection de la démocratie française, je pense qu'au point où nous en sommes arrivés, il faut franchir un pas. Je suis partisan du vote obligatoire, avec en contrepartie, évidemment, la reconnaissance du vote blanc.

Je suis pour le vote obligatoire parce qu'il faut bien changer les choses, parce qu'on ne peut pas laisser des infimes minorités décider à la place des majorités, car dans un pays où l’école est obligatoire, où l’assurance sociale est obligatoire, la participation aux choix de la cité ne peut pas être optionnelle.

Cella veut dire que pour obtenir une majorité de premier tour, il faudra regarder l'ensemble de l'expression, le vote blanc en faisant partie.

Peut-être découvrira-t-on alors que certains votes extrémistes n'étaient pas autre chose que des votes blancs.

Je suis partisan de l’égalité des droits en matière de suffrage. Tout le monde en France a le droit d’être représenté au Parlement, dès l'instant que le courant politique pour lequel il a voté dépasse le seuil reconnu partout dans le monde, de 5 % des voix. Le déséquilibre est désormais ridicule : 19 % des voix au premier tour, 70 % des sièges à l'Assemblée nationale. Avec 50 % des voix – extrême gauche, extrême droite, verts… - vous avez 0 siège. Ceci n'est pas normal et nous sommes décidés à ne plus l'accepter.

Notre conviction est celle-ci : que tout courant politique - et cela est vrai aussi en pensant aux courants que j’ai toujours combattus, que nous avons toujours combattus ensemble, tout courant politique qui dépasse 5 % des voix - c’est beaucoup plus d’un million de voix sur l’ensemble du territoire national - a le droit d’être dûment représenté à l’Assemblée nationale. Je suis partisan du principe de la représentation proportionnelle, comme en Allemagne, 50 % des sièges par circonscription, qui représentent les territoires, 50 % des sièges par liste qui représentent les opinions.

Et je suis pour qu'il y ait dans notre démocratie, des changements immédiats, simples, lisibles par tous : présence obligatoire des députés à l’Assemblée pour participer aux votes, comme au Parlement européen, qu'on ne puisse pas être compté comme votant, si on n'est pas présent pour défendre son vote. Et si l’on n’est pas présent, suspension de l’indemnité parlementaire.

Personne ne doit pouvoir confisquer le pouvoir. La vraie séparation des pouvoirs, c'est le principe de la République nouvelle que nous voulons construire. Cela veut dire la maîtrise par les Assemblées de leur ordre du jour, la fin du passage en force par la suppression du 49-3 et des ordonnances.

Et responsabilité effective du président de la République, responsable de la politique de la nation, et donc doté de la faculté de s’adresser au Parlement réuni en Congrès, comme il a la faculté de s’adresser à la nation.

Ce volet institutionnel de la révolution civique devra lui aussi, dans les six mois de l'élection présidentielle, être soumis à référendum auprès des Français, et on verra qui prend ses responsabilités.

Et dans les principes de cette révolution civique, il y a l’Etat impartial. L’utilisation de l’Etat à des fins partiales et partisanes est partout.

La première des choses à conduire, la plus urgente, c’est la décolonisation de l’État. L’État PS ou l’État UMP, l’État Chirac ou l’État Mitterrand, il est d’urgence nationale de rendre impossible la prorogation d’une situation qui fait que la cour est partout, dans toutes les nominations, comme dans toutes les amnisties, ce qui est une honte pour la République !

C'est l’ancien régime qui nous accable, nous devons être des militants de la révolution civique dont la France a besoin.

Je n’ai aucune envie, après que l’État Chirac eût remplacé l’État Mitterrand, je n'ai aucune envie de voir l’État Chirac remplacé par l’État Sarkozy. Vous l’aurez compris, je ne suis pas un royaliste.

La révolution civique, c’est au plein sens du mot, la République et la démocratie !

Et tout le monde y gagnera. Je voudrais vous en faire la très rapide démonstration.

Si la révolution civique avait eu lieu, il n’y aurait pas eu la crise du CPE, parce que la loi aurait obligé à alerter l’opinion, à engager le Conseil économique et social, à ouvrir des discussions avec les partenaires sociaux, et cette immense bêtise et cet immense enlisement, où l’État a montré son impuissance, auraient été évités.

Si la révolution civique avait eu lieu, il n’y aurait pas eu d’affaire Clearstream, parce que les services secrets n’auraient pas pu être dévoyés dans des affaires de parti, parce que les écoutes téléphoniques auraient été effectivement interdites, parce que les officines auraient été pourchassées et ceux qui les animent mis à la place où ils devraient être, c’est-à-dire en prison.

Si la révolution civique avait eu lieu, il n’y aurait pas eu d’affaire Vinci, parce que la privatisation des autoroutes aurait été soumise à débat et à vote au Parlement, et qu’il serait apparu clairement que les bénéfices devaient être réservés aux Français qui avaient payé cet investissement, et non pas servir désormais au bénéfice d’intérêts privés. Et personne n’aurait imaginé qu’un tel appel d’offres puisse être accepté avec un seul candidat, opportunément un seul, avec les bakchichs que cette solitude appelait par la suite !

Si la révolution civique avait eu lieu, il n’y aurait pas eu l'amnistie de Guy Drut, parce qu’on aurait considéré avec raison que ce n’est pas l’intérêt de la France de donner d’elle le visage d’un pays où le trafic d’influence et les emplois fictifs ne sont considérés que comme un léger handicap pour représenter notre pays au Comité International Olympique !

Et si tous les enjeux de la révolution civique avaient été pris en compte, l’Europe aurait pris son élan, et la face du monde en aurait été changée.

Je veux m’arrêter à la lumière de la révolution civique sur la crise européenne. Le référendum organisé sur la constitution européenne a répondu non il y a exactement un an. Et comme nous l'avions prédit, hélas, la France a dit non, et l’Europe s’est arrêtée.

Il convient de prendre la mesure de ce « non ». Beaucoup de nos amis, et des plus estimables, se bercent de l’idée consolante que c’est le contexte qui a entraîné le non et non le texte, comme le disent du même mouvement deux hommes que j'admire beaucoup, Jean-Claude Juncker et Valéry Giscard d’Estaing.

Je voudrais qu’ils aient raison, mais au fond de moi je ne le crois pas.

Je pense que le peuple français a répondu non, pour des raisons qui sont liées à la perception qui est la sienne de l'évolution de l'Europe. Une raison de forme et trois raisons de fond, qui se rejoignent.

Il a répondu non, raison de forme, parce que le texte était illisible.

Les Français ont répondu non parce qu’ils ont craint que l’Europe ne les dépossède de la maîtrise de leur destin.

Ils ont répondu non parce qu’ils ont craint qu’un modèle de société ne leur soit imposé qui ne soit pas le modèle de société auquel ils adhèrent.

Ils ont répondu non parce qu’ils ont eu peur de perdre leur identité.

Une raison politique, une raison sociale, une raison identitaire.

Eh bien, ces trois raisons, j'en appelle à ceux qui sont dans cette salle, militants européens depuis le premier jour, sont désolantes pour un promoteur de l'Europe que nous avons voulu construire.

Car si l’Europe a été construite, c’est précisément, au contraire, pour ces raisons.

L’Europe a été construite pour que nous conservions la maîtrise de notre propre destin.

L’Europe a été construite pour défendre notre modèle de société, européen à défaut d’être français.

L’Europe a été construite pour protéger et projeter dans l'avenir nos identités.

Quand il y a une si grande incompréhension, il ne sert à rien de ruser. Il faut lever l’incompréhension.

C’est pourquoi, malgré toute la sympathie, et l'admiration, et l’amitié, que j’ai pour les promoteurs du texte examiné, je ne crois pas beaucoup aux tentatives de récupération subreptice du processus de ratification.

Je crois à l’inspiration. Je crois au mouvement qui va ranimer l'inspiration européenne, je crois à un texte nouveau, simple, dense, court, dépouillé, qui donnera toutes les garanties nécessaires aux peuples européens.

Et je crois, ce ne sera pas un mince enjeu de l'élection présidentielle que ce texte peut être soumis à un nouveau référendum, par exemple - bien que je sache que c’est un idéal - au moment des élections européennes de 2009. Pour que l'Europe sorte de la crise des racines, qu'elle est en train de vivre.

Voilà pour la révolution civique, qui touche bien des aspects de notre vie nationale et européenne :

Transparence, débats publics, connaissance des sujets traités, respect des partenaires nationaux et même régionaux, les vertus qui ont manqué à l’Europe de Nice, à l’Europe du traité rejeté, ce sont les vertus mêmes de la révolution civique, qui n’est pas autre chose que la démocratie enfin prise au sérieux.

***

Nous avons beaucoup parlé de valeurs.

Je le dis à tous les marchands du modèle qui domine aujourd’hui le monde. Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour eux. La mauvaise nouvelle, c’est que les Français sont rétifs et continueront à être rétifs : ils ne veulent pas renoncer à leur idéal. Ils ne renonceront pas à leur idéal, et ils ont bien raison. Et la bonne nouvelle, c’est que la défense de cet idéal fera du bien à tout le monde. Le monde a besoin de diversité et de valeurs. En résistant, les Français, et nous avec eux, apporteront l’une et l’autre.

C'est un projet de changement de la société française.

Evidemment, cela demande des conditions politiques.

Cela demande un mouvement assez autonome pour présenter ces idées, qui sont aussi distantes, aussi opposées, aussi concurrentes de l’UMP qu'elles le sont du PS.

Ce mouvement, grâce à vous, nous l’avons, c’est pourquoi, malgré son absence, je dis, en votre nom, à Gilles de Robien, que ceux, de l’extérieur ou de l’intérieur, qui voudront faire revenir l’UDF dans la soumission à l’UMP, ceux qui voudront désormais enfermer l’UDF dans la domination d’un camp, ceux-là se trompent de parti et se trompent d’époque !

Ce temps est révolu. Notre liberté de penser, de juger, de voter, n’est pas négociable. C'est vrai, nous avons payé cher, le prix de notre liberté ! Mais désormais nous sommes affranchis, et il faut que tout le monde en prenne acte dans la vie politique française.

Il faut un projet, il faut un parti, il faut un candidat.

Je vais vous dire, du fond du cœur, un mot personnel. Le chemin a été rude, depuis cinq ans. Rude. Mais, avec vous, et grâce à vous, grâce aussi aux milliers de Français qui dans la rue, ou par écrit, m’ont dit : « on est avec vous. Ne changez pas. Allez jusqu’au bout. », j’ai fait ce chemin. J’ai fait ce chemin de liberté, avec eux, qui sont là aux premiers rangs, comme c'était la traversée du désert, je les appelle « les bédouins » ; ceux qui ont traversé le désert ensemble, et dont je n’oublierai jamais le visage, quand ils étaient, rarement, sur le chameau, ou quand ils étaient plus souvent à côté du chameau, ou même quelquefois quand il fallait qu'ils portent le chameau, ils ont formé un ordre, une fraternelle des bédouins. Et c’est une belle équipe. Et je ne vois pas de meilleure équipe gouvernementale et parlementaire en France. J’en vois peut-être de plus nombreuse, mais je n’en vois pas de meilleure.

Et je n'oublie pas que parmi les bédouins, il y a ma famille, et il y a mes enfants.

Et quand on a fait ce chemin, on n’est plus tout à fait le même. Parce que tout d’un coup il se passe quelque chose, on se met à entendre un pays, non pas par les sondages, ou par les clameurs, mais par l’âme d’un peuple. On se met à le comprendre, non plus par les étiquettes, ou par les camps, ou par la servilité des appartenances. On comprend son pays par toutes les sources qui y jaillissent, par toutes les couleurs qui le tissent.

J’ai donné ma vie à changer l’image dévoyée du centre en France – image amollie, courbée, servile, que tout le monde caricaturait. C’est un grand courant de la démocratie française, c’est le grand courant humaniste français, démocrate et humaniste français, et nous l’avons reconstruit. Mais ayant donné ma vie à rendre au centre l'image qui aurait dû être la sienne, je sais aussi qu’il n’y a pas que le centre en France.

Je reconnais, j’entends, les femmes et les hommes de gauche. Je sais combien ils ont été humiliés, pour avoir apporté dans un geste républicain, leur voix républicaine à Jacques Chirac, de voir qu’à peine installé au Château, on les tenait désormais pour quantité négligeable, pire, comme ennemis de l’intérêt national. C’était un effort pour eux. Eh bien ils ont été rejetés dans leur effort. Et cet idéal de solidarité, je le partage avec eux.

Je reconnais, et j’entends, même si parfois je le sais bien qu'en raison des vieilles habitudes ils sont souvent en colère contre moi, je reconnais, j'entends et je respecte les femmes et les hommes de droite. Je les connais. Je les respecte. Je reconnais le goût de l’ordre. C’est un goût français. Je reconnais le goût de l’effort. Ils ont raison de le défendre. Ils ont raison de vouloir un État et une société qui se tiennent - alors qu'ils se décomposent aujourd'hui.

Je vais vous dire : je reconnais et j’entends même ceux qui croient qu’il n’y a que par les votes les plus durs, d’un côté ou de l’autre, que leur colère pourra se faire entendre, pour donner un coup de pied au cul du système. Je pense et j’estime, même si je les combats depuis la première heure, que citoyens français, ils doivent être représentés au Parlement de la République.

Le président de la République, dans la conception qui est la mienne, ce n’est pas le Président de ceux, un sur cinq, un sur dix en vérité, qui ont voté pour lui. Le président de la République, il est le Président de tous. Chargé de les entendre tous. Non pas de les suivre tous, comme une girouette au gré du vent des sondages. Mais de les faire respecter tous, dans leurs droits, dans leur inquiétude, et dans leurs aspirations.

Et comme le Général de Gaulle autrefois, comme tous ceux qui ont fait de la France ce qu’elle est, comme Henri IV, je crois que les seuls projets qui vaillent sont les projets rassembleurs, réconciliateurs.

Il est des moments dans l’histoire d’un peuple où il ne faut pas trier. Il est des moments dans l’histoire d’un peuple où il est criminel de trier, d’opposer les Français entre eux. Il est des moments dans l’histoire d’un peuple où il faut rassembler, dépasser les clivages du passé.

Naturellement, beaucoup de gens le refusent.

Le parti socialiste, à la demande de Laurent Fabius, a fait adopter dans sa synthèse, fait inouï, l’engagement de ne jamais gouverner qu’avec la gauche ! L’UMP, par la voix éminente et éclairée de M. Accoyer, a promis que ceux qui traverseraient le Rubicon, on le leur ferait payer ! Eh bien cette thèse, chacun chez soi, on gouverne pour les siens, surtout on ne travaille jamais avec d’autres, cette thèse, la thèse Fabius, la thèse Accoyer, la thèse Chirac, la thèse Robien, cette thèse de l’apartheid dans la politique française, cette thèse il faut l’appeler par son nom : si l’on y réfléchit, cette thèse est celle d’une offensante et désolante connerie.

Qui peut croire que les vingt ou trente misérables pour cent de la droite à droite, que les vingt ou trente pour cent, divisés, désaccordés, de la gauche à gauche, vont pouvoir répondre seuls à une seule des questions dont dépend aujourd’hui l’avenir de la France, ou la souffrance de la France ? Et que j'ai énoncées dans ce propos ?

Il y a vingt-cinq ans qu’on nous fait le coup de l’apartheid. Et il y a vingt-cinq ans qu’on échoue misérablement et que les Français, à chaque alternance, renvoient dans leur ghettos ceux qui ne veulent pas qu’on en sorte.

Eh bien, nous allons proposer à la France de se débarrasser d’un coup non pas seulement d'un parti, non pas seulement d'un régime, mais de la connerie de l’apartheid, qui l'empêche d'être ce à quoi elle a le droit d'être.

C'est pourquoi je prends l’engagement, si je suis élu président de la République, de former un gouvernement avec des personnalités de qualité, d’où qu’elles viennent, pourvu qu'elles soient compétentes et qu'elles acceptent les principes de la révolution civique.

En proposant cela, je ne fais pas autre chose que de reprendre la trace qui fut celle des plus grands de la République française, celle par exemple du Général de Gaulle en 1958, qui pour reconstruire la France, associa au pouvoir le parti socialiste de l'époque, le centre de l'époque et la droite de l’époque, et c’est cela qui a redressé la France parce c’est cela qui a donné à tous la conviction que ce qu’on faisait, on le faisait pas pour un parti mais pour un pays.

Alors j'entends l'objection, on me dit : c’était la guerre d’Algérie. Et aujourd’hui, ce n’est pas la guerre, on n’a pas décrété l’état d’urgence il y a six mois ? Ce n’est pas signe de guerre quand l’extrémisme est entre 35 et 40% ? Ce n’est pas signe de guerre quand on a cinq millions de chômeurs et qu’on renonce à leur trouver du travail au point de prétendre qu’il n’y a pas d'autre possibilité, pour remplir les postes de travail de notre pays, de plus urgent, que l’immigration choisie ?

Je prends l’engagement de former une majorité d’entente, avec tous les courants, et les personnalités qui accepteront ces principes : les principes de l’Etat impartial, de la représentation authentique du peuple, de l’obligation de négocier, de la démocratie sociale, de la liberté économique, de la modération fiscale, de l’équilibre des finances publiques, de l’activité universelle, et de la révolution civique. Chacun y aura sa place, et nul ne sera obligé de se renier, de renier ses racines, ses valeurs et son identité.

Je prends l’engagement de débattre et de discuter plutôt que de passer en force, comme on le fait dans tous les autres pays de l’Union européenne, comme on le fait aux États-Unis, comme on le fait dans toutes les démocraties où le peuple est respecté comme un partenaire et non pas traité comme un sujet servile, et qui n’a d’autre choix, quand il refuse d’être servile, que de s’affirmer rebelle. Et ne cherchez pas ailleurs la fortune des extrêmes.

Et pour moi, cela, « réformistes ou civiques de tous les camps unissez-vous ! », je dois vous avouer que cela va assez loin à droite et assez loin à gauche.

Ce projet ne ressemble à aucun autre !

Naturellement il est combattu par tous les autres, parce que c’est un projet de rupture ! Ce n’est pas un projet partisan, c’est un projet national ! Celui-là crée une majorité, une vraie majorité, non pas une majorité étriquée, la majorité restreinte, impuissante, d’un électeur sur cinq, ou d’un Français sur dix. Cela crée une majorité large, populaire, pour sortir la France de son échec.

J’ai fait beaucoup de chemin, depuis cinq ans, avec vous et avec tous les Français qui attendent les temps nouveaux.

Il y a deux conditions pour une candidature valable à la présidence de la République française : la vision et le courage. Avec vous, grâce à vous, ces cinq années m’ont permis de mûrir la vision et d’éprouver le courage. Ni l’un, ni l’autre, ne sont de la fausse monnaie.

La France a besoin d’un projet qui la respecte, qui la rassemble et qui l’entraîne. La France a besoin d’un projet qui change pas seulement les équipes, mais la vision, les règles, et les pratiques.

La France a besoin d’une équipe qui la comprenne, et qui l’entende, et qui ait le courage de la conduire.

La France a besoin d’un Président qui la comprenne et la rassemble, et l'estime, et l’entraîne.

Les temps nouveaux ont commencé.



Mots clés : Humanisme, délocalisations, service civique, valeurs

Les derniers commentaires

Discours comme toujours : au poil

Posté par : verseau - 11 avril 2007 17:22

Merci M. Bayrou, vous parlez d'un bilan de la France ! Quel triste bilan. Mais vous nous proosez une...révolution civique, c'est cela que nous voulons, nous y adhérons, nous sommes prets à faire des sacrifices, pourvu que l'exemple vienne d'en haut. Comme toujours on a les gouvernants que l'on mérite. Merci d'être là M. Bayrou et de nous avoir réveillés , nous sommes à vos côtés, jusqu'au 6 mai et surtout, après. Vive la France de toutes nos forces.

Service civique universel : cultivons la différence et non l'indifférence

Posté par : boozzy - 16 mars 2007 11:11

Oui, Monsieur Bayrou, cette révolution civique est nécessaire, et elle est indispensable pour notre pays. Bravo de soutenir ce point de vue depuis plus de 5 ans, et pardon de n'en n'avoir rien su avant. C'est le genre d'argument qu'il faut que nous nous fassions les échos, car les médias sont en effet plus que discrets sur cette idée géniale... Je pense que votre service civique universel pourrait non seulement desservir la France intra muros, par le biais des milieux associatifs et des collectivités locales, mais aussi la France dans sa vision universelle, par la casquette de l'humanitaire. J'ai en effet eu la chance de partir quelques mois à l'étranger dans l'objectif de découvrir, mais aussi de partager les autres cultures que nous touchions du doigt par le voyage (http://culturededifferences.com ) Je pense que beaucoup de jeunes Français auraient tout à apprendre de leurs homologues du bout du monde : relativiser sur la culture de l'avoir pour s'orienter vers celle du don, s'ouvrir aux autres qui nous accueillent sans que nous ne les connaissions, aider et se sentir utile en apportant son soutien à des gens qui ont besoin de tout... Bref, je vous propose que le service civique universel permettent à certains jeunes d'aider non seulement les personnes agées ou handicapées, à surveiller nos écoles ou nos massifs forestiers, mais aussi à découvrir le monde par des missions de soutien à l'étranger (missions humanitaires, de développement durable...) Si le voyage sera plus coûteux pour l'Etat, le coût de vie des 6 mois investits à l'étranger peut quant à lui être divisé par 10... Merci dans tous les cas d'être porteur de ce projet d'espoir qui éclaircit enfin la fonction politique qui se noyait jusque là beaucoup trop dans d'obscurs mélanges économico-judiciairo-médiatiques...

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