Un texte simple et lisible comme nouvelle Constitution européenne
Prononcé par :
François Bayrou le : 12 février 2007
Dans son discours consacré à la relance du projet européen, François Bayrou s'est dit favorable à "un texte simple et lisible par tous" pour remplacer le défunt Traité pour une Constitution européenne. Le candidat à l'élection présidentielle a affirmé qu'une fois élu, le nouveau traité sera soumis à référendum.
Je n'ai jamais oublié que ce n'est pas seulement un combat politique, jamais pensé que ce fut
seulement un combat de parti, un combat … et d'élection.
C'est un combat de société et c'est un combat de civilisation.
Dire cela à Strasbourg, devant vous si nombreux, dire cela sur la terre de l'homme dont j'ai été
le jeune et respectueux ami, le collaborateur dont nous fêtions il y a quelques jours, à la
Cathédrale, le centième anniversaire de la naissance, dire cela sur la terre de Pierre
Pflimlin, c'est pour moi un honneur et une fierté. De le dire avec vous, c'est une
espérance.
Vous savez le combat que nous sommes en train de mener et vous savez ce que le peuple français
entend de ce combat. Vous savez à quel point, par centaine de milliers et par millions, les
Français nous rejoignent parce qu'ils ont aperçu que, alors qu'on leur présentait depuis des mois
les choses faites, on leur disait, comme chaque fois, que ce n'était même pas la peine qu'il se
déplace pour le premier tour de l'élection présidentielle, que c'était joué et que l'on pouvait
leur annoncer à l'avance le nom des deux finalistes et que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal,
l'UMP et le PS et le Sarko/Ségo et Ségo/Sarko, cet aller et retour, c'était leur destin qui était
fixé et que, désormais, il leur restait à choisir entre les deux candidats officiels.
Eh bien, le peuple français a décidé, comme chaque fois, que la démocratie chez nous, que la
République chez nous, cela avait un sens et qu'il allait changer les choses pour montrer que
c'est lui le peuple souverain et qu'il était décidé, une fois pour toutes, à montrer qui était le
patron dans la République française.
Ce n'est pas sans raison que l'on croit que le peuple français est manipulable. Mes chers amis,
il ne l'est pas. Les femmes et les hommes, les citoyens de ce pays forment une communauté civique
qui a la connaissance, la mémoire, l'attention et la générosité que beaucoup d'autres ou que des
observateurs lui refusent. Ce n'est pas un peuple manipulable, c'est un peuple qui sait exactement
où il en est de son histoire.
Il sait exactement ce que lui ont coûté 25 années d'illusion en désillusion, 25 années
de promesses non tenues, chaque fois des promesses supplémentaires et chaque fois des désillusions
amères.
Le peuple français sait exactement ou l'a conduit ce long chemin de 1981 à 2007.
8 alternances... 8 fois le peuple français a été invité d'aller des uns aux autres et
de nouveau des autres aux uns.
8 fois il a vécu ce qu'était l'absurdité d'un événement politique qui faisait que ceux qui
arrivent n'ont de cesse que de démolir le plus tôt possible le travail de ceux qui les avaient
précédés.
Et que quand on est dans la majorité, on est obligé d'être d'accord avec tous, même si on n'en
pense pas un mot et si on est dans l'opposition, on est obligé d'être contre tous, même si on n'en
pense pas un mot.
Eh bien, cet affrontement systématique qui fait que l'opposition démolit ce que propose la
majorité et qu'après l'alternance la majorité nouvelle démolira ce qu'avait fait la majorité
précédente, ce travail-là, ce gaspillage a condamné la France à l'échec où nous sommes aujourd'hui
et cet échec, nous pouvons l'énumérer ou en énumérer les éléments, le décliner exactement comme si
nous étions un peuple de politologues et de sociologues savants.
Nous, nous savons que le chômage n'a pas reculé, qu'il n'y a pas en France 2 millions de
chômeurs comme on comme on nous le raconte, mais 4,5 millions de chômeurs.
Savez-vous que les statistiques sont telles dans notre pays que plus des deux tiers des RMIstes
ne sont pas décomptés dans les statistiques du chômage ?
Les statistiques sont telles dans notre pays que les chômeurs d'outre-mer, 300.000, ne sont pas
décomptés dans les statistiques du chômage.
Les statistiques sont telles dans notre pays qu'il suffit que vous acceptiez un emploi à temps
partiel simplement pour essayer d'en sortir et vous disparaissez à l'instant des statistiques du
chômage ; une formation et on vous raye des statistiques du chômage. Je ne dis pas cela pour
noircir le trait. Je dis cela parce que j'ai une certitude, un peuple ne peut s'en sortir que s'il
y voit clair.
On ne peut balayer la pièce que si la lumière est allumée. On a besoin de faire la clarté, la
transparence si l'on veut créer la volonté politique.
Moi, je suis fier que nous soyons un grand courant politique français qui a toujours choisi de
dire la vérité pour que se forge, parmi les Français, la volonté qui seule permet d'en sortir.
Je choisis de dire la vérité et vous choisissez de demander la vérité et nous choisissons
ensemble d'exprimer la vérité pour que les Français enfin se sortent de l'enlisement où ils sont
depuis trop longtemps. C'est une grande ambition et c'est la seule que l'on puisse nourrir pour une
nation comme la nôtre.
Je sais ce que sont les dégâts de l'exclusion et vous le savez aussi, il suffit de regarder
autour de vous, ces femmes et ces hommes aux minima sociaux comme l'on dit, RMIste comme ils sont
souvent, des femmes et des hommes qui n'osent même plus sortir de chez eux parce qu'ils ne veulent
pas croiser le regard de leur voisin, n'étant pas capable de répondre à la question : et en ce
moment, qu'est-ce que vous faites ?
Ils n'osent même pas dire à leurs enfants quelle est leur situation.
Plus ils sont enfermés dans cette situation, plus ils s'y ferment. Il y a un piège terrible,
décrit depuis longtemps, auquel on n'a pas su porter remède, vous en connaissez très bien les
causes et les raisons.
On est enfermé dans le RMI parce que l'organisation de l'aide sociale dans notre pays fait que,
pour la plupart des RMIstes, quand ils osent reprendre un emploi, ils y perdent.
Est-ce que on n'est pas un pays qui marche sur la tête ?
Au lieu de bâtir un pays dans lequel, pour passer de l'assistance à l'activité ou au travail, on
y gagne, on a bâti un pays dans lequel, lorsqu'on passe de l'assistance au travail, on y perd.
Comment voulez-vous y perdre quand vous avez des enfants à charge et que, si vous travaillez,
vous devez tout d'un coup payer la cantine, payer les transports.
Vous aviez, la vieille, au RMI, l'exonération des impôts locaux, vous aviez l'exonération de la
redevance télévision et au bout de six mois, tout cela vous retombe sur la tête ; s'il faut y
ajouter les frais de transport pour aller travailler un peu loin, cela veut dire que vous ne faites
même plus cet effort-là.
Nous avons un pays qui marche sur la tête, il faut le remettre sur ses pieds.
L'une des clés pour remettre le pays sur ses pieds, je la connais et je veux la défendre devant
vous et tant pis si vous trouvez que c'est une marotte, j'assume la marotte.
Une des clés pour remettre le pays sur ces pieds, c'est l'éducation.
Je sais bien que la mode est de désigner les enseignants au titre de bouc émissaire de tous les
échecs de la société française.
Eh bien, Président de la République, je ne laisserai pas faire cette accusation perpétuelle
contre le monde de l'éducation et contre le monde enseignant. Je suis pour qu'on le soutienne. Je
suis pour qu'on l'aide, je suis pour qu'on le respecte et je suis pour que l'on soit exigeant avec
l'éducation nationale, non pas que l'on soit inconditionnel, mais que l'on soit exigeant.
Je peux dire qu'on peut le faire, je l'ai fait pendant des années. Je ne veux pas avoir l'air de
dire du bien du ministre de l'Éducation nationale que j'étais il y a de très longues années, très
jeune, j'ai vu hier des images à la télévision, pour ceux qui ont suivi cette émission, je me suis
vu il y a 13 ans en 1993 et j'ai trouvé que, ma foi, les choses avaient bien changé, je
sais pas si c'est en bien ou en mal, en tout cas en maturité, je n'ai aucun doute sur ce point.
Mais je veux rappeler, je le fais régulièrement lorsqu'on me pose des questions sur ce temps-là,
qu'il y a un indice certain de la confiance qui s'était nouée entre l'Éducation nationale, son
ministre et le peuple français et ceci est aisément vérifiable, c'est que c'est au terme de cette
époque, à la fin de 1996, que la confiance exprimée par les parents d'élèves dans l'école du
pays a été la plus haute que l'on ait jamais mesuré par des sondages réguliers dans notre histoire
récente.
Je suis fier que l'on ait pu, ainsi, faire la preuve que la défiance n'était pas obligatoire
entre l'école et la nation.
Je suis heureux des relations que j'ai, à cette époque, noué avec le monde enseignant. J'ai
l'intention d'y être fidèle comme candidat aujourd'hui, comme Président de la République
demain.
Mais je dis, exigeant. La nation doit garantir, selon moi, les moyens de l'école sans passer sa
vie à craindre chaque année que l'on supprime quelques milliers de postes de plus, un nombre
d'ailleurs forcément au bout du compte assez faible alors que l'on a de tels besoins d'école et de
scolarisation et de suivi pédagogique et de pédagogie différenciée pour ceux qui ont le plus de mal
à suivre, je ne crois pas que les problèmes des élèves en difficulté soient seulement des problèmes
pédagogiques parce que je crois que lorsque les élèves ont du mal à suivre à l'école, que les
élèves n'arrivent pas à apprendre à lire à l'école, c'est très souvent parce qu'ils ont quelque
chose de brisé en eux. Il y a tant et tant de difficultés dans les familles, tant et tant de drames
muets, tant et tant de crises inavouées, parfois de violences inavouées, parfois pire que, si l'on
veut être sérieux, détecter les difficultés précoces des enfants et leur apporter de vraies
réponses, ces réponses ne seront pas seulement entre les mains des instituteurs et des professeurs
des écoles, elles doivent être aussi entre les mains de psychologues.
Il faut être avec eux pour les accompagner et leur permettre de cicatriser leurs blessures et
c'est peut-être comme cela en faisant le détour de : "Je te reconstruis comme enfant" que l'on
aura la chance de dire : "Je te reconstruis comme élève."
Ceci est un choix profond pour une société qui veut à voir des valeurs et pas seulement des
promesses électorales.
De la même manière, il faudra reconstruire l'université française.
C'est très important, difficile et je peux vous en dire un mot, si vous le voulez bien.
Il est nécessaire de reconstruire l'université française parce que, entre le temps où elle a été
bâtie et le moment où elle se trouve aujourd'hui, cette université a changé de vocation.
Personne n'en a réellement pris la mesure. Elle a changé de vocation parce que c'était une
université pour l'élite et c'est devenu une université pour le grand nombre.
Ceci est une révolution incroyable qui a entraîné naturellement des difficultés de salles, vous
ressemblez assez bien à un amphi comme il y en a aujourd'hui dans les universités !
Des défis de corps enseignant, des défis de recherche, des défis d'épuisement avec des
universitaires qui ont l'impression qu'ils vident la mer avec une petite cuillère, qu'ils ont
devant eux des élèves qui entrent à l'université sortant de l'enseignement secondaire qui n'ont pas
acquis ce qui est nécessaire pour entrer à l'université, c'est-à-dire l'autonomie de la démarche
d'étude, l'autonomie.
Les élèves entrent à l'université en croyant que l'université, c'est comme l'enseignement
secondaire, qu'il suffit de suivre les cours pour avoir des diplômes et c'est vrai dans beaucoup de
cas, que l'assiduité, c'est important, je ne vais pas dire le contraire, comme ancien enseignant,
ancien ministre de l'Éducation. Mais la vérité obligerait à dire, si l'on veut leur parler
vraiment, qu'à l'université on construit soi-même son propre savoir, on bâtit soi-même son propre
chemin. On trace soi-même son propre chemin, on bâtit soi-même ses propres connaissances et il est
vrai que l'enseignement secondaire non plus n'a pas fait la mutation nécessaire pour apprendre aux
enfants à se comporter de manière autonome en face du savoir, raison pour laquelle j'ai regretté
que l'on supprime récemment un certain nombre d'épreuves qui étaient des épreuves d'édification de
petites thèses ou de petits mémoires que l'on faisait comme des esprits autonomes et libres, et pas
seulement comme des élèves qui répètent ce que les enseignants leur ont appris.
Mais tout cela, nous avons à le reconstruire pour deux raisons profondes.
La première : il y a un drame désormais au sein des familles françaises lorsqu'elle pense à
l'université. Il y a un drame parce que le contrat a changé, on ne l'a dit à personne.
Quand les générations plus avancées, la mienne, étions enfants, on savait bien sur quoi reposait
le contrat entre l'école et la nation.
Le contrat était simple, c'était : si les enfants travaillent bien à l'école, ils auront
une situation meilleure que celle des parents.
N'est-ce pas ?....
C'est ce que l'on a dit dans toutes les familles. C'est ce que l'on a pensé pendant des
décennies et cela a été vrai pendant des décennies.
Chacun d'entre nous se souvient, s'il a eu la chance de faire des études, de ce qu'était
l'attente des parents en disant : Il a sa licence, il est à l'abri.
Ma mère disait cela. Elle écoute en ce moment, alors je lui dis bonjour derrière l'écran. Ma
mère disait cela : si tu as ta licence, tu pourras toujours enseigner.
Cela s'est passé comme cela pendant des générations.
Puis, aujourd'hui on a étendu les diplômes. Il y a beaucoup de bac+4 de bac+5, + 6 de
bac++ qui sont chômeurs et, dans les familles, cela crée un séisme parce qu'ils n'ont plus
confiance en rien.
Il faut que nous prenions ce problème face à face, les yeux dans les yeux et que nous soyons
capables de dire ceci : désormais, nous le savons bien, le diplôme ne garantit plus
l'emploi.
Le diplôme ne garantit plus le métier. Donc il faut que nous construisions la deuxième étape
derrière le diplôme : tu as un diplôme, il faut que nous t'offrions une formation
professionnelle qui conduise à un vrai emploi et cette formation professionnelle, il faut la bâtir
avec les entreprises, avec le monde de l'économie parce qu'on ne peut pas abandonner des centaines,
des milliers de jeunes tous les ans avec des diplômes qui ressemblent pour eux d'une certaine
manière à quelque chose comme de la fausse monnaie.
Moi, je veux que, en France, on reconnaisse que la formation universitaire à sa valeur. C'est
bien d'avoir une culture générale, c'est bien de voir une culture générale se spécialiser, il faut
ajouter, derrière, que la formation professionnelle doit conduire à l'emploi.
Ceci est le nouveau contrat dont nous avons besoin entre l'université et la société
française.
Cela signifie aussi, c'est un message un tout-petit peu technique, mais je veux le dire à cette
tribune, dans cette grande ville universitaire, qu'il faut aussi que nous changions la manière dont
dont nos universités fonctionnent.
C'est trop compliqué, c'est très difficile de comprendre, il y a un labyrinthe de centres de
décisions et de conseils. Les présidents d'université n'ont pas les instruments pour diriger
réellement l'université.
Il y a un degré d'autonomie à faire intervenir dans les universités françaises et ce sera une
grande tâche, très importante, du prochain gouvernement.
Ce n'est pas un enjeu électoral, mais je dis que ce sera très important de même que sera très
importante l'exigence et la demande de réconcilier la recherche française avec la société
française.
La recherche, nous sommes un pays qui n'est pas habitué à traiter de ces questions, surtout pas
dans les moments de campagne électorale, mais nous formons les meilleurs chercheurs de la
planète... ce sont les chercheurs qui applaudissent, ils ont bien raison ! Des médailles
Field*, c'est l'équivalent du Prix Nobel en mathématique.
Vous savez pourquoi il n'y a pas de Prix Nobel en mathématique parce que M. Alfred Nobel,
inventeur de la nitroglycérine avait une femme et cette femme est partie avec un mathématicien.
Pour se venger, il a décidé qu'il n'y aurait jamais de Prix Nobel de mathématiques.
Voilà pourquoi, nous avons des médailles Field*.
On forme les meilleurs chercheurs de la planète, les plus honorés, les plus révérés, ceux devant
qui tout le monde exprime son respect. Nous les formons et ils vont travailler aux États-unis.
Pour beaucoup d'entre eux.
Regardez la rentabilité de cette opération ! Nous payons des impôts pour assumer la
formation intellectuelle, technique et pratique de brillantes jeunes filles et de brillants jeunes
garçons. Nous les accompagnons au-delà du baccalauréat, pendant 8, 9, 10 ans, ils achèvent
leur doctorat et, à ce moment-là, ce sont les Américains qui retirent les marrons du feu.
Nous avons planté l'arbre, nous avons soutenu l'arbre, nous avons fait pousser l'arbre, nous
avons nourri l'arbre, nous avons abreuvé l'arbre, l'arbre produit des fleurs, ce sont les autres
qui ramassent les fruits.
Eh bien, ceci n'est pas une réalité acceptable dans un grand pays comme le nôtre.
Y a-t-il une raison à cela ?
Je ne veux pas rester à la surface des choses. Pendant cette campagne, je me suis juré que l'on
traiterait les problèmes à fond.
La plupart diront : c'est une question de budget et je ne leur donne pas tort.
Je suis pour qu'il y ait une augmentation régulière et programmée des budgets de la recherche,
ne serait-ce que pour que l'on traite et que l'on paie mieux les jeunes chercheurs en France qui
sont dans une situation scandaleuse et il est nécessaire de le dire.
Si je vous disais les salaires des jeunes chercheurs, vous auriez honte pour notre pays donc il
faut une augmentation régulière et programmée qui permette d'améliorer la situation et le nombre
des jeunes chercheurs, mais cela ne suffit pas parce que, dans les autres pays, la recherche est
soutenue beaucoup plus largement et profondément pour une raison bien plus profonde, c'est que l'on
considère que c'est par la recherche que l'on sélectionne les élites des entreprises aussi bien que
du monde de l'État et, en France, ce n'est pas la voie de sélection car nous avons les grandes
écoles qui sont absolument remarquables, mais qui forment des ingénieurs et non pas des
chercheurs.
Il faut que nous réconcilions les grandes écoles et le monde de la recherche.
Je vous invite à y réfléchir parce que cela, c'est le troisième dossier.
Il faut qu'un jour, bientôt, en France, les entreprises considèrent qu'elles peuvent recruter
leurs cadres par la recherche aussi bien que par les grandes écoles et ce sera un grand progrès
pour la nation, je vous encourage à applaudir à cet endroit.
Applaudissements.
D'abord parce que cela me permet de boire un coup ! Ce qui est une chose nécessaire et
puis, il y a un chantier que nous devons absolument traiter.
Je me suis juré qu'il n'y aurait aucune prise de parole de moi pendant cette campagne
électorale, et je tiens ma promesse tous les soirs et à toutes les émissions, sans que nous nous
parlions, comme cadre à cette campagne électorale, de la honte que représentent les milliers de
milliards de dette que nous avons laissés sur les épaules de nos enfants et que nous creusons tous
les ans par un déficit scandaleux.
Si nous avions le courage de leur dire la vérité, eux, les plus jeunes qui sont là, qui sont des
centaines et des milliers, qui ont 20 ans, ceux-là devraient manifester sous la fenêtre des
gouvernants de la France et ils devraient dire : nous n'acceptons pas le sort auquel vous
allez nous condamner si vous continuez à ne rien faire parce que, des dettes, le savent-ils, il y
en aura deux : la dette financière que l'on paît déjà, chaque famille, entre 2 et
3000 € tous les ans, alors ne vous étonnez pas si les feuilles de paie à la fin du mois
sont plus légères que ce que l'on espérait, mais que l'on va payer encore plus au fur et à mesure ;
cette dette va s'alourdir en espérant que les taux d'intérêt n'augmentent pas parce que, si les
taux d'intérêt augmentent, sachez-le, nous sommes assis sur une bombe.
Donc, si nous pouvons prier, prions pour que la Banque Centrale Européenne dont tout le monde
dit du mal, fasse en sorte que les taux d'intérêt pour la France demeurent aussi bas qu'ils le sont
aujourd'hui. Sans cela, vous allez sentir passer l'addition et, moi, je dis merci à ceux qui font
en sorte que la confiance dans la monnaie soit telle que, sur les marchés financiers on prête
aujourd'hui à la France à 50 ans à 3,85 %.
C'est le taux le plus bas depuis 300 ans.
Espérons que cela va durer comme cela, mais ne laissons pas se creuser ce déficit et cette
dette.
Ayons le courage de dire qu'il faut interrompre cette glissade perpétuelle et si vous êtes
d'accord avec ce point de vue, alors il faut que vous demandiez des explications à d'autres
candidats à cette élection.
Je vous invite à demander des explications à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui, tous les
soirs, dans leur discours, promettre des dizaines de milliards de dépenses supplémentaires et, pour
l'un d'entre eux, en plus, de baisser les prélèvements obligatoires et les recettes du pays.
Nous, nous pensons et nous disons, et je prends l'engagement devant vous, qu'il n'y aura pas,
dans notre programme, de recette qui ne soit équilibrée par des économies de manière que nous
puissions regarder nos enfants en face et de ne pas leur laisser le fardeau que nous sommes en
train de leur abandonner par lâcheté.
Et ce que nous laissons comme fardeau à nos enfants, ce n'est pas seulement la dette financière
comme je viens de dire, c'est une autre dette, savamment on l'appelle : dette
démographique.
Cela veut dire que nous qui venons de générations parmi lesquels il n'y avait 4 actifs,
5 actifs pour payer une retraite, nous allons vers des générations, si l'on ne fait rien, dans
lesquelles, il n'y aura plus seulement un actif pour payer une retraite.
On dit qu'il y aura 0,7 actif pour payer une retraite, cela veut dire que tous ceux qui
travaillent devront travailler pour eux, pour leur famille et pour le retraité dont ils auront la
charge.
Il est juste de dire, en regard dans les Français, que ceci est inacceptable et ne sera pas
accepté et que donc, il est beaucoup raillé et civique d'annoncer à l'avance qu'il faudra, dans
notre pays, une réforme des retraites et cette réforme des retraites, pour que personne ne soit
surpris et pour que personne n'ait le sentiment qu'on le trompe, je dis à l'avance que je la ferai
décider par les Français par référendum.
Je vous dis les grandes lignes de ce que j'imagine. Je pense que les retraites de l'avenir
devront être organisées de telle sorte que tout le monde puisse décider, en vérité, de l'âge du
départ à la retraite.
A partir de 60 ans, chacun connaîtra la pension qui sera la sienne, s'il considère que la
pension est suffisante, il pourra s'en aller avec ces droits acquis. Qu'il considère que la pension
est insuffisante, il prolongera son travail au fur et à mesure que l'espérance de vie augmente dans
notre pays.
C'est une réforme de liberté, mais cela veut dire, je me tourne vers les chefs d'entreprise et
vers ceux qui ont la responsabilité de l'organisation sociale de la nation, qu'il faut arrêter de
se raconter des histoires. Il faut faire des choses concrètes et pratiques pour que les plus de
50 ans puissent rester dans les entreprises sans être mis en préretraite.
Aujourd'hui, tout le monde parle d'allonger la durée de travail dans une vie, mais plus d'un
français sur deux a déjà été mis à la porte de l'entreprise au moment où il prend sa retraite et
vous savez pourquoi on les met à la porte ? En préretraite, excusez-moi, l'expression à la porte
n'était pas heureuse, n'était pas élégante, ils le vivent souvent comme quelque chose de cruel et
l'impossibilité de retrouver un emploi à partir de 50 ans est une des choses les plus
honteuses que notre société porte et vous savez pourquoi on s'arrange pour qu'ils soient sur le
bord de la route ? Parce qu'à 50 ans, on coûte plus cher qu'à 25 ans.
Eh bien, moi, je demande que l'on réfléchisse à la manière d'équilibrer ce genre de choses afin
qu'il soit valorisant et valorisé pour une entreprise d'embaucher des plus de 50 ans au lieu
de les laisser peu à peu se mettre ou être poussés sur le bord de la route.
Pour valoriser l'embauche des plus de 50 ans, j'ai une des clés pour cela qui est au fond
une des mesures les plus concrètes et positives que l'on puisse imaginer pour l'emploi.
Élu Président de la République, je proposerai que toute entreprise française, quelle que soit sa
taille, se voit reconnaître la capacité de créer 2 emplois sans charges de manière à pouvoir
libérer, dégeler, ces centaines de milliers d'emplois dont l'entreprise a besoin et qui ne peuvent
pas être créés parce qu'ils coûtent trop cher.
Cela intéresse spécialement trois groupes, les jeunes dont la qualification est faible, ils sont
nombreux, plus de 150000 par an. Cela intéresse les jeunes diplômés que l'on n'embauche pas
souvent parce que leur expérience est faible et que donc avec le prix que représente leur salaire,
plus les charges, "cela ne le fait pas pour l'entreprise", comme disent les jeunes et cela
intéresse les seniors, les plus de 50 ans, parce que ceux là aussi coûtent à l'entreprise.
Je suis sûr qu'il y a là des centaines de milliers d'emplois que l'on va pouvoir créer. Comme
vous le voyez, cela avantage davantage les petites entreprises que les très grandes entreprises
puisque tout le monde n'a droit qu'à 2.
C'est une aide formidable, réelle, concrète, explicable en 30 secondes à la télévision pour
que tout le monde comprenne que, à partir du 6 mai, quelque chose aura changé en France.
Tout ces chantiers que je viens de décliner devant vous, et il y en a d'autres, j'en aborderai
quelques-uns dans la deuxième partie de cette intervention, sont immenses.
La situation du pays est telle que beaucoup de gens, beaucoup de citoyens considèrent que...
comment va-t-on faire pour y arriver ? Quelle décision ? Quelle détermination ? Quelle
orientation prendre pour que la France ne soit plus, l'année prochaine, dans le même état où elle
est cette année ?
Moi, j'ai une conviction, pour sortir par le haut la France de l'extrême difficulté dans
laquelle elle se trouve, il faut arracher la politique aux clivages du passé.
Si je suis élu Président de la République, je nommerai un gouvernement dans lequel seront
représentées les grandes tendances démocratiques du pays pour qu'une moitié du pays arrête de faire
la guerre à l'autre et qu'elles se mettent à travailler ensemble pour relever notre nation.
Alors, naturellement, il y a des gens qui ne veulent à aucun prix de cela, c'est l'UMP et le
Parti Socialiste. Eux, ce qu'ils veulent, c'est que cela dure comme c'est parce que cela leur
garantit d'avoir la totalité du pouvoir un coup sur deux, un coup les uns, un coup les autres. En
mettant en scène l'affrontement entre les deux, ils ont l'illusion que les Français ne comptent pas
voir qu'il existe un autre chemin.
J'ai une mauvaise nouvelle pour eux, les Français se sont aperçus qu'il existait un autre chemin
et ils vont le choisir.
Mes chers amis, ceci paraîtrait idéaliste ou utopique si j'avais prononcé ces phrases il y a
quelques mois encore et si je les prononçais ailleurs qu'à Strasbourg, mais vous, vous savez qu'il
suffit de traverser le Rhin, que, de l'autre côté du Rhin, dans des élections qui sont intervenues
il y a à peine 18 mois, on a assisté au même scénario : les deux partis officiels, les deux
partis dominants du système ancien ont fait toute la campagne électorale, vous en êtes témoin, vous
qui parlez allemand, en garantissant la main sur le coeur qu'ils ne travailleraient jamais avec ces
gens de l'autre côté, puis les électeurs allemands ont pris la décision savante car moi je crois
que les peuples sont savants, je pense que les peuples savent exactement ce qu'ils font et que tous
ceux qui les prennent pour des naïfs ou des gogos vont se tromper.
Le peuple allemand a pris la décision savante de les obliger à travailler ensemble.
Il les a mis en situation d'égalité et il leur a dit : Mesdames et messieurs, vous êtes
maintenant priés de vous occuper de nous et pas de vous occuper de vos querelles et de vos guerres
intestines.
En Allemagne, ceci peut se faire parce qu'ils ont un mode de scrutin législatif juste. Nous,
nous avons une loi électorale injuste qui ne représente pas les minorités mais qui ne représentent
que les majorités, mais nous avons l'élection présidentielle.
L'élection présidentielle, c'est fait pour que les Français aient la faculté la possibilité, la
liberté, la capacité de changer le paysage politique s'ils en ont envie. Eh bien, le 22 avril
et le 6 mai, les Français vont changer le paysage politique en élisant un nouveau Président de
la République et ce nouveau Président de la République aura reçu mandat des Français.
Le mandat que le peuple français aura remis au nouveau Président de la République est très
simple, c'est : Nous, peuple français souverain, nous demandons au nouveau Président de la
République d'aller les chercher où ils sont, dans leurs querelles d'autrefois, dans leurs
caricatures d'autrefois, dans leur scénario d'opposition systématique d'autrefois, et de leur
dire : Mesdames et messieurs, c'est fini, le temps de s'affronter est derrière nous,
maintenant, vous allez nous rendre le service de vous entendre pour redresser le pays comme il
mérite d'être redressé.
Et ils seront bien obligés d'obéir parce que vous aurez entre les mains l'épée de Damoclès :
5 semaines après l'élection présidentielle, 3 semaines après la nomination du nouveau
gouvernement pluraliste par le Président de la République nouveau que vous aurez choisi, il y a les
élections législatives et, aux élections législatives, de deux choses l'une, soit les candidats
diront : Nous soutiendrons l'action du nouveau gouvernement et nous sommes prêts à nous
rassembler pour le faire soit vous ne les réélirez pas et, croyez-moi, ils vont réfléchir à
deux fois avant de s'opposer à la volonté du peuple français.
Une nouvelle fois, on aura vu qui est le patron dans la démocratie et dans la République
française.
Naturellement, à Strasbourg, il faut que je vous parle du grand chantier de l'avenir qui est le
chantier européen pour vous dire ceci : je veux parler d'Europe dans cette campagne électorale
ou personne n'en parle. Je veux défendre l'espoir que l'Europe représente pour la France, je veux
le faire sans timidité, sans esprit partisan, je veux le faire en regardant sans emphase la crise
que l'Europe connaît aujourd'hui.
Je veux parler d'Europe aux français, qui sont désespérés que cette question ne soit pas abordé
et je veux parler, je m'adresse à eux, aux défenseurs du oui dont je connais le désarroi
aujourd'hui parce qu'ils ne voient plus le chemin et je veux parler à ceux qui étaient partisans du
non parce qu'un grand nombre d'entre eux ont voté non en croyant qu'ils servaient l'idée
européenne.
On a besoin aujourd'hui de parler d'eux.
Je veux parler à la France de ces raisons de croire à l'Europe et à ceux qui doutent des raisons
pour lesquelles ils ont douté de l'Europe avec l'espoir, une évidence, que nous allons rassembler
les Français autour d'un grand projet européen pour notre avenir national.
A Strasbourg, il faut dire que la situation dans laquelle l'Europe aujourd'hui, c'est le terme
d'une longue histoire et si j'osais je dirai d'une longue et d'une magique histoire.
Je n'ai qu'une photo dans mon bureau, c'est la photo de Robert Schumann à Strasbourg et dans les
marches de l'est, naturellement pour les plus jeunes, c'est un nom de l'Histoire, mais c'est aussi
le nom d'un de ces hommes qui ont fait de la France ce qu'elle est.
J'ai beaucoup de vénération pour la mémoire de cet homme humble, avec un grand idéal, une grande
ambition pour son pays et, lui, un homme humble, n'aimant pas les ors de la République détestant
les voitures de fonction, refusant les gardes du corps.
Il montait à Paris de sa Moselle par le train avec un sandwich qu'il avait entouré dans du
papier sulférisé et qu'il mangeait et, dans sa serviette, à côté du sandwich, il y avait les
dossiers les plus extraordinaires que l'Humanité ait connu ces derniers millénaires.
Cet homme qui réfléchissait, disons-le puisque c'est vrai, qui priait, a rendu à son pays qui
avait été souvent dur avec lui comme il a souvent été dur avec ces hommes et ces femmes qui ont
changé de nationalité parce que la guerre avait changé les frontières, je dis cela en Alsace qui a
connu beaucoup de victimes de cet aller-retour des nationalités, des victimes souffrantes,
certaines qui ont souffert toute leur vie parce qu'elles avaient été emportées par le vent de
l'histoire et peut-être quelques uns comprendront ce que je veux dire en évoquant ces victimes,
sans dire leur nom.
Ces hommes-là ont pensé et senti que, dans le siècle où nous allions entrer, il fallait
radicalement changer de vision.
Je pense très souvent à eux à cause du Proche Orient.
Vous me direz quel rapport ?
Quelle étrangeté d'évoquer la mémoire de Schumann quand on parle d'Israël, de la Palestine, du
Liban et de leurs voisins ?
Moi je pense que cette question à beaucoup à voir.
Ils ont compris, Jean Monnet l'inspirateur et Schumann, celui qui a porté le projet en France,
et Adenauer de l'autre côté du Rhin et de Gasperi, en Italie, que la paix serait impossible tant
que l'on s'arrêterait à l'armistice.
Ils ont compris que la paix entre les peuples qui se sont fait la guerre pendant des centaines
d'années, qui se haïssent, ne peut pas s'arrêter, ne peut pas s'établir uniquement par la cessation
des hostilités.
Ils ont compris qu'il fallait faire tout de suite un pas de plus que la paix officielle, il
fallait supprimer la haine et pour cela il fallait bâtir une maison commune.
Ils l'ont fait et je parle très souvent ainsi avec mes amis israéliens, avec mes amis
palestiniens, avec mes amis libanais, je parlerais si je le pouvais avec les dirigeants syriens en
leur expliquant à chacun que la paix est impossible à atteindre sauf si on se décide à la
dépasser.
Ils ont eu l'éclair de génie, car c'est un éclair de génie, d'aller chercher le charbon et
l'acier, c'est-à-dire les deux matière première pour lesquels on s'était fait la guerre et les deux
moyens de se faire la guerre et ils ont décidé que, désormais, charbon et acier appartiendraient en
communauté aux deux peuples et même à tous ceux qui les rejoindraient.
C'est chez nous qu'on la fait et c'est chez vous, la capitale de cette Europe parlementaire, ce
qui me permet de dire devant vous que Strasbourg est la capitale de l'Europe parlementaire et
qu'elle le restera si je suis élu Président de la République, car ce n'est pas un hasard si la
capitale parlementaire de l'Europe a été bâtie à Strasbourg. Elle a été bâtie à Strasbourg parce
que c'est ici qu'est l'épicentre du grand drame européen qui a fait que l'Europe, d'abord, a tué
des millions de jeunes garçons, vous vous rendez compte... sur le monument aux morts du petit
village de Bordères, 350 habitants en 1914, il y a 36 noms de garçons.
36 familles sur 350 habitants qui ont vu leurs garçons partir la fleur au fusil, comme
on disait, à la guerre puis un jour, le maire est venu frapper à la porte avec des larmes dans les
yeux pour dire : c'est fini.
Nous avons fait cela autour de l'Alsace et de la Lorraine et, après, nous avons reconstruit
patiemment et il était juste, symbolique et important, que l'Europe se souvienne de cette histoire-
là, pas seulement pour ne jamais recommencer, mais pour montrer à tous les autres peuples de la
planète que toutes les haines étaient dépassables et que toute haine pouvait se changer en
affection et en volonté de construction ensemble.
Puis ils ont fait le Marché commun, et c'était génial, c'était drôlement difficile parce que
même de très grands esprits que je vénère comme Pierre Mendès-France ont considéré… que
j'aime, que je respecte et dont je trouve que la trace mérite de nous guider, Pierre Mendès-France
a été un des sept parlementaires à voter contre le traité de Rome.
Nous qui avons fêté le 50
ème anniversaire du traité de Rome dans les mois qui viennent, souvenons-nous combien
cela a été difficile à bâtir.
Après l'échec de la Communauté européenne de défense, pour montrer aux Européens qu'ils avaient
un avenir qui dépassait même leurs prévisions les plus optimistes, que l'on pouvait bâtir une des
économies les plus puissantes de la planète pourvu que l'on accepte que les frontières s'effacent,
que les produits puissent circuler, que les entreprises prennent la taille de ce nouveau marché où
nous allions devenir, grâce à cette décision, une des zones où la prospérité, la capacité de
croissance seraient les plus fortes de la planète.
On a fait tout cela.
Cela a débouché sur la monnaie unique.
Savez-vous qu'il n'y a jamais eu, dans l'histoire des hommes, des peuples qui ont décidé
librement de se doter d'une monnaie commune pour que puisse circuler entre eux le signe de la
souveraineté ?
Cela ne s'est jamais produit dans l'histoire des hommes, une fois on a essayé, un peu plus à
l'est.
Nous l'avons fait, nos générations l'ont fait. C'est dire la gratitude qui est là nôtre à
l'égard de ces hommes, j'allais dire de ces géants qui ont, pour nous, porté ce projet.
Puis, cela arrive souvent dans l'histoire, Charles Péguy que j'aime beaucoup disait : tout
commence en mystique et tout finit en politique et là, pour l'Europe, tout a commencé en mystique
et peu à peu, nous l'avons laissé s'éloigner en technocratie.
Peu à peu, sans nous en apercevoir, à partir de bonnes intentions, nous avons laissé le grand
idéal européen se réserver ou n'être contrôle que par des experts.
Des experts brillants, des hommes et des femmes de grande qualité, mais qui vivaient dans le
monde des institutions européennes comme l'on dit, qui vivaient dans l'univers des lois, des
normes, des règlements, des habitudes, des pratique, des moeurs européennes, avec le sentiment de
bien faire et sans se rendre compte que peu à peu les peuples décrochaient.
Les citoyens, peu à peu, n'ont plus compris ce que c'était que cette Europe dont on leur
parlait.
Qu'on leur présentait comme un grand idéal. Ils ont eu l'impression que tout ceci n'était plus
leur affaire et on avait de très bonnes raisons pour agir ainsi, bien sûr qu'au début, c'était
difficile d'expliquer au peuple qu'il fallait faire la paix entre la France et l'Allemagne. Il y
avait encore tant de haine de part et d'autre du Rhin, tant de rancœur que cela s'explique
qu'on l'ait fait sans tout à fait le leur expliquer.
Puis, après, il était juste sans doute de dire qu'il fallait définir des normes pour que les
produits puissent circuler au travers des frontières. On a oublié de rappeler aux citoyens pourquoi
on le faisait et alors les Français, les Allemands et les autres ont eu l'impression que l'Europe
servait à indiquer des règlements sur le bruit des tondeuses à gazon, à régler la question des
phares automobiles, à embêter les fabricants de fromage au lait cru, à régler la taille des oeufs
et à embêter ceux qui faisaient des marchés sur la place des villes.
Oui ou non ?
C'est cela la vérité de l'Europe. Peu à peu, les Français, nos concitoyens, le peuple de ceux
qui ont bâti l'Europe ont eu le sentiment qu'à Bruxelles, il y avait des gens dont, au fond, la
vocation était d'empêcher les autres de continuer à vivre comme ils vivaient.
Ceci est une des plus grandes tragédies politiques de notre temps.
Je dis souvent que je regrette qu'on ait laissé les spécialistes très éminents qui réglaient les
questions des moteurs automobiles, des lampes d'automobile, du gabarit, des décibels, de la taille
des frigos chez les cuisiniers ou chez les agriculteurs qui faisaient du foie gras, à
Bruxelles.
On aurait dû les mettre n'importe ou ailleurs, à Milan par exemple, ils auraient été très bien à
Milan, à Florence dans une grande et magnifique ville italienne comme cela on n'aurait pas dit :
"C'est Bruxelles qui nous embête", mais : "C'est Milan qui nous embête" et cela n'aurait pas
eu la même signification aux yeux de l'histoire européenne.
J'ai l'air de plaisanter, mais ne vous y trompez pas, je ne plaisante pas trop parce que je
pense qu'on a laissé ainsi se pervertir l'idée européenne et on est arrivé à cette aventure
difficile de la constitution européenne.
Là, sans s'en rendre compte, on a donné aux français le signe ou la confirmation d'une Europe
qu'il craignait pour son opacité.
Je m'empresse de dire que l'inspiration du texte de la Constitution européenne était juste. Elle
était : puisqu'on doit prendre de grandes décisions en Europe, il faut que les citoyens les
acceptent par l'organisation d'une démocratie européenne ou d'une démocratie organisée pour
l'Europe.
Cette inspiration était juste, mais on a donné un texte qui était proprement, simplement et
complètement illisible.
Je suis persuadé qu'il était illisible pour tout le monde y compris pour ceux qui l'ont lu parce
que j'ai des commentaires divers autour de moi comme vous l'imaginez, j'entends en stéréo des
approbations et des désapprobations, mes chers amis, pourquoi je dis cela ? Parce que ce ne
sont pas les mêmes qui ont pris la partie 1 et la partie 3 et la partie 2.
D'un côté, il y avait des politiques, d'ailleurs qui ont eu du mal à se mettre d'accord autour
d'idées simples et, de l'autre, des juristes qui essayaient de retraduire tous les traités de toute
l'histoire européenne pour en faire un seul volume et tout cela a été proprement, purement,
simplement incompréhensible pour un citoyen même pour un citoyen de bonne volonté.
À cause de cela, les Français ont eu le sentiment, l'impression qu'il y avait un piège, qu'il y
avait un loup, que s'il ne pouvait pas comprendre c'était qu'on ne voulait pas qu'ils comprennent
et, à ce moment-là, ils ont eu deux terreurs, deux craintes.
La première, c'était qu'on veuille leur imposer un modèle de société dont ils ne voulaient pas
et sans leur demander leur avis.
Alors ils ont appelé à l'ultra libéralisme, le sentiment que le modèle dominant sur la planète,
le modèle anglo-américain financier s'était emparé de la grande aventure européenne.
La deuxième terreur, la deuxième crainte qu'ils ont eue, en raison de la manière dont on avait
décidé d'ouvrir les négociations avec la Turquie, c'est qu'on leur arrache leur identité
européenne.
Ils ont eu cette double crainte-là.
En raison de la manière dont le parlement français a été exclu de la réflexion pourtant
fondamentale, pourtant historique de l'adhésion de la Turquie, ils ont eu le sentiment qu'on avait
décidé de faire les choses sans eux et s'il le faut contre eux.
Je dis cela parce que ceci est aussi un symptôme de la crise qui est la crise de la République
française aujourd'hui.
Il n'y a pas un parlement dans le monde, il n'y a pas un parlement dans un pays démocratique,
complètement ou moyennement démocratique, qui aurait accepté, comme le parlement français, que la
décision la plus importante de l'histoire de notre pays soit prise sans même que l'on accepte de
lui demander son avis, sans même qu'il puisse dire un mot de ce qu'il pensait sur cette
histoire.
Je vous le dis au passage, si je suis Président de la République, je changerai cela, il y aura,
en France, un parlement de plein exercice qui représentera les Français et qui ne pourra être exclu
d'aucune décision qui concernent leur avenir.
Alors les Français ont voté non, les Néerlandais ont voté non. Les Anglais sont drôlement
contents de n'avoir pas eu à voter, les Polonais sont dans une situation qui n'est pas très
éloignée, bref, nous sommes dans une impasse ou une crise européenne.
Cette crise européenne répond à un débat profond qui n'est pas tranché en Europe et que je veux
exposer devant vous : Quel est réellement le projet européen ?
Qu'avons-nous entrepris réellement de faire ensemble, nous, les citoyens européens et les États
d'Europe ?
Vers quoi allons nous ?
A cette question, il y a deux réponses.
Je voudrais vous dire les deux réponses possibles.
Il y a la réponse qui dit : l'Europe, Mesdames et messieurs, cela sert à faire du commerce, cela
sert à avoir le plus grand marché possible, et de surcroît, cela sert à avoir des lois et des
règles de vie en commun qui nous assurent que, dans tous nos pays, on va respecter un certain
nombre de procédures un certain type de légalité, que l'on va respecter les droits de l'Homme en
particulier, bref que nous serons dans un espace commun de droits et d'échanges.
C'est un projet dont je ne dis pas qu'il est nul, dont je ne dis pas qu'il est sans intérêt,
c'est très important de faire du commerce, c'est très important d'avoir des règles communes qui
permettent, d'un côté et de l'autre de la frontière, de se retrouver, mais pour nous, ce n'est pas
l'essence du projet européen parce que, pour nous, notre projet européen répond à une autre
question, non pas, qui veut faire un grand marché ? Mais qui veut l'union de l'Europe pour
changer le monde ? Qui veut l'union de l'Europe pour défendre notre modèle de société
européen ? Qui veut l'union de l'Europe pour défendre nos valeurs, nos valeurs sociales en
particulier, l'Europe sociale en particulier, notre modèle social et culturel.
Si j'osais, si j'allais tout à fait au bout de ce que je pense, je dirais notre modèle culturel
et presque même notre modèle philosophique et spirituel.
Pour nous, l'Europe, c'est fait pour cela et c'est pour cela qu'il y a ce grand débat :
constitution, pas constitution ? Traité, pas traité ? Vers où l'on va, où les uns sont
contents que l'on n'avance pas davantage ?
Eh bien, ce que je veux dire devant vous, avec certitude pour moi, c'est que les plus grands
problèmes qui se posent à notre pays, les plus grands problèmes qui sont source d'inquiétude pour
les Français, aucun de ces problèmes ne peut trouver une véritable réponse si l'Europe n'existe
pas, si elle ne décide pas que, tous ensemble, nation européenne, nous allons nous regrouper
pour reconstruire un monde qui soit un monde plus juste.
Ces problèmes, j'en ai sélectionné 7 ou 8 pour en parler devant vous. J'aurais dû en
ajouter d'autres, je le ferai peut-être en un mot à la fin, dont un qui vous tient à coeur, mais
nous avons devant nous des questions que nous ne pouvons pas régler tout seul à l'intérieur de
notre cadre national. Je sais très bien que les candidats aux élections présidentiels disent, il y
en a même un qui en a fait un slogan : votez pour moi et tout s'arrangera.
Et bien je vous dis qu'il ne suffit pas de voter pour quelqu'un pour que tous s'arrangent.
Il faut aussi avoir conscience que, désormais, les problèmes sont devenus si important et si
lourd qu'il faut décider de les arranger non pas tout seul, mais avec les autres et que les
décisions nationales que nous prenons à l'intérieur de notre hexagone ne suffiront pas pour régler
les problèmes que je vais énumérer devant vous.
Nous avons un grand problème de politique économique.
Est-ce que vous croyez que l'on peut avoir une monnaie commune avec des politiques budgétaires
et des politiques fiscales aussi différentes que celles que l'on est en train d'avoir dans les pays
européens ?
Regardez dans quelle course incroyable nous sommes engagés du point de vue fiscal, chacun, pour
attirer les entreprises, est en train de faire en sorte que les impôts à l'intérieur de son État
soient plus bas que ceux du voisin.
Moi-même peut-être je vais faire ce genre de chose.
Je ne dis pas que j'y renonce dans la compétition fiscale qu'il y a entre les États, mais ne
serait-il pas plus raisonnable de fixer un gabarit et de dire : Mes chers amis, pour l'impôt
sur les sociétés on va essayer d'avoir tous à peu près le même impôt pour que la répartition des
entreprises soit homogène dans le cadre européen et en tout cas dans le cadre de la zone euro.
Première question : l'économie, la fiscalité les budgets.
Deuxième question : nous ne pouvons pas ne pas traiter de la défense. Ce n'est pas possible
de croire que nous allons continuer à bâtir des défenses nationales. Aucun d'entre nous n'a les
moyens budgétaires et aucun d'entre nous n'a les moyens politiques de bâtir des défenses
nationales. Il faut que nous ayons une démarche européenne en matière de défense.
Si je dois vous dire tout à fait ce que je pense, je me ferai naturellement prendre à partie sur
ce sujet, il faut aussi que nous réfléchissions à la manière dont nous traitons notre armement
nucléaire dans le cadre européen parce qu'on ne peut pas avoir une stratégie nucléaire sans prendre
en compte ceux qui sont autour de nous, sans en parler avec eux, sans réfléchir à ce que sera la
carte ou la stratégie de notre politique de défense à l'avenir.
Troisièmement, il faut que nous ayons une stratégie diplomatique. Mes chers amis, est-ce que
vous imaginez l'impuissance dans laquelle nous nous plongeons, nous, Européens, simplement parce
que nous sommes divisés ?
Je suis allé au Darfour, nous avons vu le drame, au Darfour, j'ai l'habitude de dire : ce
n'est pas la dernière guerre du Moyen Âge, c'est la première guerre du XXI
e siècle sans que l'on s'en aperçoive.
Bien sûr, ils s'égorgent à l'arme blanche. L'arme suprême, c'est une mitrailleuse, mais la
guerre du Darfour c'est la première guerre que l'on vive parce que le changement du climat fait
avancer le désert et qu'il n'y a plus de terres disponibles alors les tribus des uns ont décidé
d'aller arracher la terre des tribus des autres. C'est le premier génocide du XXI
e siècle.
Mes chers amis, est-ce que vous imaginez ce que nous pourrions faire si la connaissance de cette
région par les Français et les services secrets français et la connaissance de cette région par les
agents et les agents et les services secrets britanniques pourraient faire s'ils se mettaient
ensemble ?
Nous connaissons cette région, le Tchad le Soudan, les Français, les Britanniques, et les
Italiens maintenant, comme notre poche. Nous connaissons les liens, les tribus, les influences,
l'islamisme qui est en train d'envahir tout cela, nous sommes capables, nous serions capables de
jouer un rôle majeur.
Au lieu de cela, qui joue le rôle majeur ?
Méfiez-vous, cette phrase, vous allez l'entendre si vous vivez assez longtemps pendant tout le
XXI
e siècle ?
Ce sont les Chinois qui ont décidé que, partout en Afrique où il y aurait du pétrole, il y
aurait désormais l'influence de leur immense puissance.
Et les dirigeants chinois ont offert aux dirigeants soudanais de les protéger contre toute
intervention de l'ONU en opposant aussi longtemps que possible leur droit de veto au Conseil de
sécurité à toute résolution qui voudrait les forcer à accepter les forces d'interposition ou les
condamner.
Ceci, c'est le XXI
e siècle comme il est en train de se bâtir.
Est-ce que vous imaginez ce que nous pourrions faire tous ensemble, toutes les puissances
européennes, si nous décidions, enfin, de servir de garant dans le conflit du Proche Orient et de
ne pas laisser face à face l'influence américaine avec tous ceux qui considèrent que
l'influence américaine a été, dans cette région, une menace.
Je suis pour que nous ayons une action diplomatique concertée, pas que nos diplomaties
disparaissent.
Dieu me garde de vouloir faire disparaître la diplomatie française, c'est une de nos fiertés,
mais il faut une action concertée des diplomaties européennes de manière que nous puissions bâtir
quelque chose de sérieux et de conséquent.
Quatrièmement, j'évoquais à l'instant, à propos du Darfour le drame du climat. Ce qui est en
train de se passer dans le réchauffement de l'atmosphère, les centaines et les centaines de savants
qui sont venus à Paris la semaine dernière pour dire : c'est un... et côté bien, c'est
désormais un fait scientifique avéré, certains, à 95 %, que le réchauffement de l'atmosphère
qui est en train de provoquer la plus incroyable mutation parmi les espèces humaines dans les
océans, qui va menacer peut-être l'espèce humaine dans sa survie, c'est un fait avéré que cette
augmentation de la température de l'atmosphère terrestre est dû à l'activité humaine.
C'est un fait scientifique avéré que c'est l'utilisation irréfléchie du pétrole, du gaz et du
charbon, des énergies fossiles, que nous brûlons et libérons dans l'atmosphère de telle sorte qu'on
a épuisé, en quelque dizaine d'années, les réserves que la planète avait constituées, en quelques
centaines de millions d'années.
C'est cela qui a provoqué le réchauffement de l'atmosphère et, si c'est vrai, si c'est un fait
scientifique avéré, alors cela signifie, mes chers amis, que l'on est obligé d'agir.
Est-ce que vous imaginez qu'un pays solitaire comme la France peut s'adresser aux États-unis,
les plus grands consommateurs d'énergie et les plus grands créateurs de gaz à effets de serre dans
la planète, ceux qui ont refusé de signer le protocole de Kyoto, le président Bush père ayant
dit : "
Excusez-nous, mais ces affaires d'atmosphère -si j'ose dire-
on n'en a rien à faire parce que le mode de vie des américains n'est pas négociable."
Cette phrase a été prononcée devant Kyoto.
Est-ce que vous croyez qu'un pays seul comme la France est de nature à pouvoir imposer ne
serait-ce que l'on inscrive cette question sur l'agenda de la planète ? Moi, je vous dis que
non.
On a besoin d'une action concertée, on a besoin de faire que nous, tous les Européens, nous
indiquions au monde que c'est un problème majeur et que nous l'indiquions, non seulement aux plus
riches, mais que nous en parlions respectueusement et amicalement avec les plus pauvres.
Politique de l'énergie, j'espère que vous suivez ce qui s'écrit dans les journaux. Nous avons
quelques problèmes énergétiques que j'indique comme cela, seulement, en passant, il n'y a que
trois fournisseurs de gaz principaux auprès de qui nous pouvons nous fournir.
Le premier s'appelle la Norvège, un peuple ouvert et sérieux avec lequel il n'y a pas de
difficulté, l'autre s'appelle l'Algérie et le troisième la Russie.
La Russie fournit aujourd'hui 50 % du gaz à l'Europe.
Je ne sais pas si vous avez aperçu que la Russie avait une idée politique de la fourniture du
gaz, je dis cela avec la plus extrême des prudences dans ma formulation.
Si nous ne sommes pas capables de comprendre qu'il faut que nous bâtissions une politique
énergétique Européenne qui tiennent compte des conditions politiques de notre indépendance
énergétique, la capacité à nous retrouver indépendants de manière énergétique, c'est-à-dire la
capacité à poser la question du pétrole naturellement, du gaz naturellement, de l'énergie nucléaire
naturellement, dont je prétends et tant pis si je me fais mal voir, qu'elle est aujourd'hui une des
énergies ou la source d'énergie la plus propre s'agissant des gaz à effet de serre dont nous
disposions dans notre patrimoine énergétique et que je ne crois pas un mot, non pas de la bonne
volonté, mais de la faisabilité, de l'engagement de Ségolène Royal qui prétend que l'on va baisser
de 80 à 50 % la part de la fourniture de l'électricité nucléaire dans notre bilan
énergétique national.
Je ne crois pas un mot de cela où alors on ouvre des centrales à charbon, c'est-à-dire que l'on
se remet à polluer et à émettre des gaz à effet de serre de manière que Kyoto ne sera plus
qu'un lointain souvenir et que nos enfants pourront nous faire procès de n'avoir pas été à la
hauteur de nos responsabilités.
Puis, je l'évoquais, je n'en parle qu'en passant, est-ce que nous croyons que nous pouvons
rester avec uniquement des politiques de recherche nationale ?
Vous avez vu que Boeing est en train, provisoirement je l'espère, de reprendre l'avantage sur
Airbus et de s'imposer désormais comme le premier avionneur du monde.
Vous savez pourquoi ? Parce que le gouvernement américain sous forme de crédits militaires
a offert à Boeing des crédits de recherche illimités ce qui a permis à Boeing de prendre de
l'avance sur nous, sur le secteur où nous étions le plus fort, c'est-à-dire celui des matériaux
composites ? Vous allez mesurer en emploi et en produit intérieur brut et en manque de
croissance ce que veut dire un pays qui a une vraie politique de recherche, c'est-à-dire pas comme
nous, je souhaite que l'Europe prenne la tête d'une politique de recherche à la hauteur de nos
responsabilités et de ce que nous voulons obtenir comme croissance.
Dernière politique que je voulais évoquer devant vous : celle de l'immigration et du
co-développement. Je ne crois pas, je ne crois plus si je l'ai jamais cru, mais j'ai aujourd'hui la
certitude que quiconque prétendra réguler l'immigration dans le cadre national n'y arrivera
pas.
Nous avons besoin si nous voulons traiter des problèmes d'immigration, bien sûr nous avons
besoin de rigueur nationale, bien sûr nous avons besoin de réfléchir à la manière dont on peut
éviter par exemple que le travail au noir nourrisse tant et tant de filières d'immigration
clandestine, bien sûr on a besoin de lutter contre ces filières et de les sanctionner, mais mes
chers amis je veux vous dire ma conviction profonde, ce n'est pas avec des douaniers, ce n'est pas
avec des miradors ce n'est pas avec des chiens policiers, ce n'est pas avec des papiers
infalsifiables, ce n'est pas avec des charters que l'on réglera les questions d'immigration, on
réglera les questions d'immigration si l'on est capable de développer l'Afrique parce qu'il n'y a
pas d'immigrés qui viennent pour son plaisir. Les immigrés viennent parce qu'ils meurent chez eux.
Si nous voulons qu'ils vivent chez eux, il faut que nous leur garantissions qu'ils peuvent nourrir
leur famille.
Depuis que le monde est monde, les pauvres s'en vont chez les riches. Nous le savons, nous
l'avons fait en Béarn, aux pays basques, partout dans le monde rural français à la fin du
dix-neuvième siècle, nos pères ou nos oncles s'en allaient, ils s'en allaient parce qu'ils
crevaient de faim, ils passaient de l'autre côté de l'océan, ils allaient aux États-unis et ils
essayaient, là-bas, de reconstruire leur vie comme ils pouvaient et souvent très bien.
Eh bien c'est exactement la même chose.
Quand vous avez des riches à côté des pauvres, les pauvres fuient chez les riches.
Nous avons, à quelques centaines de kilomètres de nos côtes, les vingt pays les plus
pauvres de la planète et nous formons ici les dix pays les plus riches de la planète.
Si nous ne faisons pas ce qu'il faut, ils viendront, ils viendront à pied, à cheval, en voiture,
ils viendront à la nage, ils viendront en rampant, ils viendront en s'usant les doigts.
Ils viendront parce que, chez eux ils ont la certitude que, hélas, ils vont mourir et leurs
enfants avec eux et, si vous étiez à leur place mes chers amis, vous feriez la même chose.
La seule politique d'immigration sérieuse, c'est une politique de développement du continent
africain.
La seule politique, c'est de leur garantir qu'au lieu de mourir chez eux, ils vont pouvoir vivre
chez eux, qu'ils vont pouvoir nourrir et pouvoir équiper leurs pays. Cela veut dire changer une
partie du commerce international, notamment pour que les paysans ne soient plus arrachés à leur
terre sous le déversoir des millions de tonnes de céréales que nous leur envoyons dont les prix
sont effondrés à cause des subventions américaines et, disons-le aussi, des subventions
européennes.
Alors, s'il faut faire tout cela avec l'Europe, plus une politique culturelle, ce qui m'amène à
dire devant vous à Strasbourg -et ce n'est peut-être pas un hasard- que, si je suis Président de la
République, je ferai ratifier la charte de protection des langues et cultures régionales de la
France. Et ce sera un Béarnais qui a été l'élu des Basques qui le fera avec les Alsaciens et les
Bretons et les Languedociens et les Corses, toutes ces langues qui appartiennent au patrimoine
national de la France.
Si nous devons faire tout cela, qui ne peut être fait que dans le cadre européen, alors il y a
une condition nécessaire et cette condition est celle-ci : il faut que l'Europe soit l'affaire
des citoyens européens, c'est-à-dire que chacun des citoyens européens soient informés de ce qui se
passe, de ce qui se décide, de ce qui se prépare dans les instances européennes, que chacun, en
ouvrant son journal tous les jours sache quelles décisions sont en train d'être préparées, sont en
voie d'être adoptée, que l'on suive les décisions européennes non pas comme quelque chose
d'étranger, de quelque chose éminemment important pour notre vie, que l'Europe deviennent affaire
de citoyen.
Si elle doit devenir affaire de citoyen, il faut qu'elle ait des institutions.
Je veux dire simplement en deux mots ceci : on va devoir naturellement traiter et
vivre la suite du référendum du 29 mai 2005.
Cette suite, je la prends au sérieux. Je sais, je crois, que, dans les mois qui viennent, les
gouvernements européens et l'Allemagne qui préside l'Union va être obligée de constater qu'en
l'état le traité ne sera pas possible. Je pense et je crois souhaitable que Mme Angela Merkel,
au nom de l'Allemagne, dise que l'on va convoquer une conférence intergouvernementale et que cette
conférence des États européens va examiner les objections faites à ce texte, qu'elle va garantir
que l'on peut trouver des voies pour que l'Europe deviennent la terre des citoyens et qu'elle
échappe à l'accusation qui a été si souvent alléguée, une Europe qui imposerait aux citoyens un
projet de société qui ne serait pas le leur et qui leur garantirait une identité qui est celle
qu'ils estiment devoir être l'identité européenne.
J'espère qu'un texte lisible par tout le monde court, compréhensible et offrant les garanties
démocratiques nécessaires, sera rédigé et, ce texte, je ne veux pas qu'il soit décidé en
court-circuitant les Français.
Je dis à l'avance que, élu Président de la République, ce texte nouveau qui fera de l'Europe une
Europe des citoyens, je le soumettrai au référendum des français, je ne déciderai pas à leur place.
Ce qu'ils ont décidé une première fois, ils ont voté, ils ont le droit d'être informés de la suite
des événements.
Et il faudra que le Président de la République s'engage, il ne sera pas spectateur éloigné de
cette histoire, il faudra qu'il aille devant les Français et qu'il leur dise ce qui se joue
d'essentiel dans l'histoire de leur pays, de leur continent et dans l'histoire du monde avec cette
décision de donner à l'Europe sa dimension démocratique d'en faire une Europe des citoyens au lieu
d'une Europe des diplomates ou des technocrates.
C'est la responsabilité du futur Président de la République que d'aller devant les Français. Je
ne suis pas d'accord quand Nicolas Sarkozy dit : On va faire adopter ce texte par le parlement sans
en parler aux Français.
Je pense que l'on créerait un fossé désormais impossible à effacer entre le peuple des citoyens
français et l'aventure européenne qui a été faite pour eux.
Je suis pour que l'on fasse confiance aux citoyens, qu'on leur demande leur avis, qu'on fasse
vis-à-vis d'eux la pédagogie nécessaire et que l'on ait le courage de s'engager puisque après tout
c'est lui le peuple souverain.
Vous voyez ainsi tout ce qui se joue dans cette élection présidentielle.
Nous allons poser les problèmes et apporter les réponses, des questions les plus cruciales que
notre pays ait jamais eu devant lui en tout cas dans les décennies et les siècles récents.
J'ai la conviction que la France et les Français ont besoin d'Europe, mais que cette Europe doit
être une Europe transparente, à leur portée et qui leur apporte des garanties.
Ils ont besoin d'Europe pour défendre ce qu'ils ont de plus précieux et donner à notre vision du
monde la vision française du monde un écho qu'autrement elle ne rencontrerait pas ou ne
rencontrerait plus.
Je suis persuadé que le monde a besoin d'Europe.
Pas seulement nous les européens, le monde a besoin d'Europe parce que c'est la première fois
dans l'histoire de l'univers que l'on aura construit une puissance qui ne sera pas une puissance de
nomination.
C'est la première fois dans l'histoire de l'univers que l'on aura une puissance pacifique, une
puissance de compréhension de la diversité et en particulier de la diversité des civilisations et
des cultures de la planète. Le monde a besoin d'Europe.
Le monde a besoin d'Europe comme modèle, mes chers amis, on a besoin d'Europe au Proche Orient,
je viens de le dire comme un modèle de ce que cela pourrait devenir.
On a besoin d'Europe en Amérique latine comme un modèle de ce que peut être l'organisation d'un
continent, on a besoin d'Europe en Afrique parce qu'un jour il y aura une union africaine qui aura
les mêmes inspirations, les mêmes règles, la même volonté de vivre ensemble que nous avons eue en
Europe.
Le monde a besoin d'Europe.
Si nous n'avions pas l'Europe, des questions vitales pour la planète ne pourraient même pas être
abordées, mais l'Europe a besoin de la France et l'Europe a besoin d'une France en bonne santé, ce
qui veut dire que l'Europe a besoin que la France règle ses problèmes pour qu'elle redevienne
l'acteur majeur qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être de l'évolution de notre continent.
Pour régler ces problèmes, la France a besoin d'un large et profond rassemblement de
responsables, animés de la même volonté et non pas du sens de l'intérêt des partis, mais du sens de
l'intérêt général, décidée enfin à agir enfin, à agir ensemble et non pas les uns contre les
autres.
La France, pour jouer ce rôle retrouvé d'acteurs majeurs, avec ses collègues européens, a besoin
d'un président européen.
C'est le bon moment et c'est la bonne heure, c'est la bonne heure parce que nous avons la chance
-ce sont tous des amis pour moi, des amis de longtemps, des amis profonds, pas seulement des amis
de partis, des amis d'inspiration- que se présentent, soit actuellement en fonction, venant d'être
élus pour beaucoup d'entre eux, une génération de responsables européens, de chefs de
gouvernement capables d'agir ensemble parce que marqués de la même inspiration ! Romano Prodi,
Jean-Claude Juncker, Angela Merkel, Guy Verhofstadt.
Voilà une équipe de chefs d'États et de gouvernements qui pourra conduire l'Europe où elle avait
désappris à aller.
Je suis heureux que la soirée que nous avons connue aujourd'hui présage, laisse ressentir, face
espérer, montre que va advenir ce grand moment de redressement, de ressaisissement et d'espérance
nationale.
Je vous remercie.