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François Bayrou au déjeuner mensuel du Club Valeurs Actuelles : « Le chemin que j'ai choisi n'est pas facile »

30 mai 2008




Invité au déjeuner mensuel du Club Valeurs Actuelles-Lenôtre, François Bayrou répond sans détour, et sans langue de bois, aux questions de l'équipe de Valeurs actuelles, d'un spécialiste des sondages, et de deux chefs d'entreprise. Il passe en revue l'actualité, et revenant sur sa campagne présidentielle de 2007 et ses relations avec Nicolas Sarkozy, il indique : « ce qui nous sépare, ce sont les valeurs ». Retrouvez les principaux extraits ...

Evoquant Xavier Darcos, qui fut son directeur de cabinet, François Bayrou se souvient : « C'était un prof cultivé et très drôle. » Ce qui ne l'empêche pas de marquer sa différence sur « la méthode », aujourd'hui : « On peut faire des réformes, tout n'est pas bloqué. Mais on ne doit pas aller dans le sens de ceux qui ciblent les enseignants (...) Imagine-t-on un ministre de la Défense critiquant les militaires ou un ministre de l'Intérieur s'en prenant aux policiers? Ce serait impensable. »
 
A propos des enseignants, François Bayrou approuve quand François d'Orcival affirme qu'on les a laissés « se prolétariser ». « Quand vous songez que normalien, agrégé, docteur, maître de conférences, c'est à peine 2300 euros par mois avec 15 ans d'ancienneté! » (...) Selon lui, les enseignants méritent d'abord de la « considération » (...) « Il faut protéger l'Education pour la réformer. »
A Josée Pochat, journaliste politique à Valeurs actuelles, rappelant que la France comptait parmi les pays dispensant le plus grand nombre d'heures de cours pour des résultats souvent inférieurs aux autres, François Bayrou le confie : « moins d'heures de cours, cela ne signifie pas moins de connaissances ». Mais il défend les options considérées comme rares : « pour moi, les lettres classiques, le latin, le grec, les langues européennes, cela n'appartient pas au passé. Pour juger du niveau d'un élève, poursuit-il, il suffit souvent de lui faire lire un texte ».

Directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Eric Branca aborde la question de la réforme institutionnelle. L'occasion, pour François Bayrou, de rappeler  qu'il est favorable à l'introduction d'une « dose de proportionnelle [10% des députés] corrigeant le scrutin majoritaire » . « La démocratie libérale se définit par sa protection des minorités, jusqu'à l'individu qui doit être protégé face à la majorité. » « Pas hostile » à la proportionnelle intégrale, il estime que « la question centrale, aujourd'hui, c'est : la vie politique doit-elle se limiter à l'UMP et au PS ou, au contraire, être pluraliste? »
« Pensez-vous, l'interroge alors Eric Branca, que la réforme constitutionnelle sera votée? » « Je ne crois pas, répond-il. Le PS est contre. Il n'y a rien de substantiel qui puisse le rallier. Et l'UMP est divisée. » (....)
Puis Christine Clerc, éditorialiste à Valeurs actuelles, suivie par l'ensemble des participants, évoque quelques sujets plus politiques auxquels réagit François Bayrou : 
La chute de Sarkozy dans les sondages ? « Il a de l'énergie, mais il n'incarne pas la fonction de président,contrairement à Giscard, Miterrand et même Chirac. Sa chute dans les sondages s'explique notamment par cela : les Français n'ont pas le sentiment d'avoir un président de la République à l'Elysée qui les rassure et les rassemble. J'avais dit que je ne voterai par pour lui parce que je pressentais ses valeurs opposées aux miennes, sur le culte de l'argent, sur la fascination des vedettes du showbizz, sur la mise en scène de la vie privée, sur la fascination de l'Amérique. Pendant longtemps, j'ai cru que la France rejetterait ces valeurs. »
Les divisions au PS? « Ils sont trois à pouvoir postuler en 2012 : Royal, Delanoë et Hollande, que l'on a trop souvent tendance à ignorer . »
Le recul du FN? « Les raisons de sa présence n'ont pas disparu : la pauvreté continue de progresser, les classes moyennes sont de plus en plus fragilisées. »
Sur sa propre situation, François Bayrou le concède : « Je reconnais que le chemin que j'ai choisi n'est pas facile. » Il affirme cependant ne rien regretter: « J'accepte les difficultés. D'ailleurs, si j'avais voulu un chemin plus aisé, les honneurs et les ors de la République, c'était facile. Il suffisait de se rallier. »
A la question : « Serez-vous à nouveau candidat en 2012? » pas de réponse, mais un large sourire...

Propos recueillis par Arnaud Folch

Valeurs actuelles


Mots clés : valeurs actuelles,education,réforme institutionnelle,présidentielle

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