Innovation et mondialisation« Placer notre pays du côté de la création, de l’encouragement à entreprendre »François Bayrou a réalisé en 2006 un tour de France des « entreprises qui saisissent leur chance dans le contexte de la mondialisation » - à commencer par l’usine qui, dans sa circonscription, fabrique deux tiers des moteurs d’hélicoptères utilisés dans le monde. Il en revient convaincu des chances que la modernité offre à la société française. «
La stratégie économique dont la France a besoin, c'est de placer notre pays du côté de la
création, de l'inventivité, de l'encouragement à entreprendre. Toutes les décisions en
matière de réforme de l'Etat, de politique fiscale, doivent être pensées pour servir cette
créativité, cette vitalité des entreprises et des chercheurs. La formation des jeunes - et des
moins jeunes - peut seule assurer un terreau favorable à ce développement. Une politique européenne
doit donner à notre continent la solidarité d'un espace de vraie souveraineté économique. Voilà les
axes d'une politique cohérente.
La modernité n’est pas l'ennemie des valeurs républicaines : c’est leur meilleur alliée. Le monde du XXI° siècle va offrir des chances à nulles autres pareilles à qui voudra les saisir. Par exemple, internet met à la portée de la main de tous, tous les documents de la planète : hier, l’information était limitée, donc l'égalité des chances n'était pas une réalité ; aujourd’hui l'information est abondante et l'égalité des chances peut se réaliser. Je crois au modèle de société en train de naître dans l’univers d’internet, modèle plus autonome, plus participatif, plus coopératif. Nous croyons à l’invention, à l’innovation, à la création. L’entrepreneur et le chercheur changent l’homme de consommateur en créateur.
Voyons le développement de notre pays en termes d’entreprise, d’éducation, de
formation, de recherche, d’investissement, d’Europe, et notre modèle sera un
avantage dans la compétition internationale. Nous aurons recréé chez nous les conditions du
développement, de la croissance, de l’avenir, et nous aurons promu une nouvelle synthèse
entre nos valeurs et la modernité, que nous proposerons à l’Europe, et par l’Europe au
monde. »
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innovation et management
Management innovant et management de l’innovation. En réaction à ceux qui n'envisagent l'innovation que sous l'aspect des hautes technologies. C'est une grave erreur car il est bien clair que les ingénieurs indiens n'ont rien à envier aux ingénieurs français. L'innovation concerne tous les secteurs du travail et de la vie en société. Tout n'est pas dé localisable et l'innovation peut même servir à l'exportation du travail d'entreprises autrefois enracinées dans des chantiers trés localisés. Il faut réaliser l'importance du management innovant et du management de l'innovation qui peut concerner toutes sortes d'activités humaines. Un exemple pris en Finlande: la société almaco (prix finlandais de l'exportation 2006, filiale à Nantes) s'occupe de rénovation de bateaux de croisières et emploie essentiellement des techniciens et des soudeurs. Elle a réussi, en 24 heures, sans que le bateau ne soit mis sur cale (donc immobilisé) en pensant une organisation du travail ultra-réactive et imaginative, à découper un navire de croisière lui rajouter 40m et refaire toutes ses cabines, lors d'une journée d'escale à Trinidad et Tobago. En France la notion d'innovation est sous la main mise exclusive d'ingénieurs qui ne réfléchissent qu'en termes de technologie pure, or l'innovation est par nature un mix de technologie et de social (organisation du travail). Il y a en France d'énormes chantiers: imaginez un management innovant pour résoudre l'épineux problème du maintien des services publics dans le monde rural. Imaginez le chantier que représenterait la résolution pour les fonctionnaires d'un meilleur service public rendu, dans des conditions de travail améliorées, sans que l'on recoupe à l'infini la tâche et donc l'intérêt du travail pour chacun, en doublant les postes. Imaginez le chantier que représenterait la clarification et la réduction des démarches administratives pour les petites entreprise, les artisans ou les agriculteurs; obligations qui leur mangent du temps de travail, de la productivité et parfois les mettent involontairement dans l'illégalité! Tout ce travail n'est pas dé localisable, les gains en productivités dégagées pourraient être importantes et les économies réalisées pourrait être investies dans de nouvelles activités écologiques ou liées aux soins de nos anciens. A quoi est dû l'énorme succès d'une société de prêt à porter comme zara sinon à une formidable innovation dans l'organisation de la conception, la production et la mise en vente ce qui a permis de développer un énorme pôle d'emplois pas seulement dans le marketing et la conception, dans la région de la Corogne. Au temps où nos meilleurs couturiers français allaient voir les entreprises textiles françaises qui empêtrées dans des process trop lourds leur répondaient: "ça n'est pas possible", les italiens eux leur disaient ok et s'organisaient ensuite pour que ça devienne possible. Innover c'est également ça, repenser l'organisation, être réactif, mobile, imaginatif. Le principal obstacle à ces réformes innovantes est la formation HEC, ENA de nos hauts fonctionnaires qui récitent le bréviaire caricatural anglo-saxon, sans nuances ni aucun sens du pragmatisme. Au lieu de se ressourcer aux travaux de Crozier, Latour ou aux expériences développées en Suède, en Finlande et ailleurs, on fait une confiance aveugles aux dogmes simplistes propagés par Anderson consulting et ses équivalents. Quant aux médias eux-mêmes nourris par les mêmes sources, ils ne font que rabâcher ce que les experts certifiés de la nomenclature ENA HEC Science po, leur ont inculqué comme vérité incontournable. L'innovation c'est un espoir incroyable si on ne la laisse pas aux seuls appétits des seuls ingénieurs mâtinés de management hiérarchisé à l'ancienne.
réseau de cellules de veille scientifique et technologiques
Il me semble que les élus, lorsqu'ils ont à faire des choix, au niveau national ou local pour investir ou faciliter l'investissement dans certaines technologies ou voies de recherche, sont totalement dépendants de ce que leurs "experts" leur conseillent. Or qui sont ces experts et sur quoi se basent-ils eux-mêmes pour conseiller? S'ils viennent des formations traditionnelles ENA, grandes écoles, science po, leurs conseils ne font que refléter, les idées les plus consensuelles, les idées qui furent autrefois innovantes et qui sont peut-être déjà dépassées. S'ils viennent de la société civile, ils approcheront le problème avec leur expérience, intéressante mais seront-ils visionnaires? Mon idée serait de proposer aux étudiants scientifiques qui rejoindraient le Modem de constituer des cellules de veille scientifiques et technologiques qui repèreraient toutes les nouvelles voies, toutes les controverses qui se développent dans les différents domaines scientifiques qui feront l'avenir du pays et du développement. Ce serait une manière différente de militer pour le modem, tout en approfondissant leur domaine de prédilection. De leur côté les élus auraient enfin des approches originales et controversées (non consensuelles et donc souvent déjà périmées) pour infléchir la politique industrielle, ou de recherche de la région, la ville qu'ils ont en charge. Sans parler du niveau national ou européen. (approche développée par Bruno Latour pendant des années à l'école des mines, désormais à science po)
Pour que l'innovation ne soit pas une fuite en avant ... justifiant la mondialisation libérale
L'innovation est certes un des moyens permettant de maintenir son rang dans un contexte compétitif "non faussé", c'est à dire à pouvoir d'achat et garanties sociales comparables concernant la "valorisation du travail", chère à certains. Mais c'est une erreur fréquente (ou savamment orchestrée) que de concevoir l'innovation comme une fuite en avant qui peut, à elle seule, sauver nos acquis car, ce sont aujourd'hui nos laboratoires de recherche eux-mêmes que les multinationales (ex: Alcatel) délocalisent en Chine! C'est ce qu'oublie Michel Rocard dans un entretient récent avec Pascal Lamy (Nouvel Observateur du 29.03.07), lorsqu'il nous assène ce lieu commun dépassé: "On ne peut pas freiner ou empêcher la logique de la délocalisation ... Le seul moyen de résister à la délocalisation réside dans l'innovation et la capacité à la mettre en oeuvre rapidement." Car notre économie est étroitement dépendante de l'état social des pays avec lesquels on est en relation concurrentielle dans le monde libéral des investisseurs. Or, la mondialisation marchande qui s'étend sur la planète est antinomique de la plupart des acquis sociaux: aprés avoir atteint ses limites dans nos pays développés, le système libéral mis en place par les dérégulations, en Europe et à l'OMC, s'est tourné vers les pays émergents où l'absence d'acquis sociaux permet une plus grande rentabilité des ressources humaines et fait une concurrence faussée à celles du vieux monde. C'est le problème rencontré en premier lieu par les USA, pays le plus endetté de la planète. Malgré une forte capacité d'innovation, son niveau de vie ne se maintient qu'au prix d'une dette croissante vis à vis de la Chine qui thésaurise cette dette sous forme de bons du trésor américain. Parallélement, la Chine gelle ainsi des montants qui ne sont pas utilisés, ce qui explique que les bas salaires chinois n'ont pas augmenté depuis dix ans en dépit (et en vertu) du taux de croissance maximum qu'ils permettent. Ce mécanisme instable a une conséquence sur tous les autres pays de la planète dont l'économie est ouverte. C'est ainsi que l'Europe libérale, dont les responsables ont négligé toute harmonisation (sociale, fiscale, migratoire, environnementale) est atteinte de plein fouet, minée de l'intérieur et n'ayant aucune stratégie commune à l'extérieur. La mondialisation libérale, qui va chercher ses profits là où les coûts d'exploitation sont les plus bas, est en fait l'ennemi objectif de tout protocole social que tendrait à installer ou préserver la démocratie (le libéralisme économique, contrairement à celui des idées, est la loi du plus fort et non la loi la plus juste). C'est le problème bien connu de l'affrontement entre marché et démocratie (cf. J.P. Fitoussi, J. Attali, etc.), qui remplace aujourd'hui l'ancienne lutte des classes, et conditionne grandement le "modèle de société", dont nos services publics font partie. La résolution équitable de ce problème, si l'on veut éviter un gouvernement mondial des multinationales par l'oppression libérale du capital, repose sur une conclusion démocratique tout aussi connue : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!" C'est une étrange ironie de l'histoire que ce mot d'ordre d'un célèbre manifeste ait servi d'alibi à des dictatures où l'echec démocratique et le retard de développement servent aujourd'hui la mondialisation marchande, qui y trouve ses meilleurs profits. C'est dire si celle-ci est multiforme et menace aussi bien notre condition d'Européens où "travailler plus et gagner plus" risque fort de signifier bientôt "travailler comme des chinois et gagner comme des chinois", si nous n'utilisons pendant qu'il est encore temps notre rôle de première puissance économique mondiale. C'est ce qu'avoue benoîtement dans ce même entretien (Nouvel Observateur du 29.03.07) notre "Jacques Delors jeune" à la tête de l'OMC, Pascal Lamy, qui n'est pas en reste d'idéologie libérale : "L'organisation de la production dans une économie capitaliste de marché conduit à localiser des emplois là où les salaires sont moins cher" et, plus loin: "Le problème, c'est que le capitalisme de marché, qui est une machine à produire de l'efficience, devient proprement insupportable au rythme auquel le contraignent aujourd'hui les citères de productivité et de retour sur investissement" Tout celà n'empêche pas notre représentant de s'étonner, en introduction: "La France est le pays de la planète qui perçoit l'avenir avec le plus d'inquiétude. Il y a là une spécificité nationale, en totale déconnection avec les faits. Songez que la France, qui n'avait pas une seule entreprise parmi les champions mondiaux il y a trente ans, en a maintenant une vingtaine dans le peloton de tête et que son commerce exterieur est l'un des plus actifs de la planète" (On pourrait ajouter: ça fait une belle jambe aux salariés d'Alcatel-Lucent ou d'Arena d'apprendre que leur patron est parmi les champions libéraux les plus actifs, lorsqu'il supprime leur emploi... Et l'on n'a même pas la consolation de voir les conditions sociales s'améliorer en Chine!) Rien n'étant vraiment nouveau sous le soleil, quelle que soit la bonne volonté des auteurs de nouvelles sociétés, il faut donc garder à l'esprit ses classiques ainsi que les méandres de l'histoire si l'on ne veut pas se tromper de chemin. Que François Bayrou, s'il est sincère, s'entende avec Ségoléne Royal pour nous préserver de l'ultralibéralisme et de la droite extrême, mais pas sur le modèle de pareils éléphants!
Innovation et mondialisation: pas de laissés pour compte
Même si je trouve votre propos relevant de votre appartenance à une élite, je suis d'accord sur le fait que l'innovation est le moteur de notre compétitivité, de notre croissance, d'une balance commerciale qui doit être fortement excédentaire. Mais ces domaines d'excellence sont réservées à une élite (chercheurs, ingénieurs, commerciaux internationaux, techniciens spécialisés). Il ne faut pas creuser une France à deux vitesse par rapport aux progrés technologiques (un manoeuvre du bâtiment n'a sûrement pas internet, 200 000 emplois d'hôtesses de caisse sont sur la sellette,...). Il faut trouver une voie pour nos compatriotes qui ne peuvent pas être dans le wagon de l'innovation (ne faisons pas subir à nos compatriotes ce qu'ont subi nos agriculteurs avec la modernisation). Il faut parrallélement au monde impératif de l'innovation pour garder notre place dans l'économie mondiale, développer les métiers de l'artisanat, de la santé, du secteur social, du secteur associatif, du commerce et des emplois de proximité, des services publics de proximité, des PME évitant des importations,...
Stratégie de Lisbonne : Où en est on ? Quelqu'un le sait il?
Le conseil européen de Lisbonne a fixé un objectif stratégique visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Selon les conclusions de la présidence du Conseil européen de Lisbonne, la réalisation de cet objectif nécessite une stratégie globale visant à : --préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, au moyen de politiques répondant mieux aux besoins de la société de l’information et de la recherche et développement, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et par l'achèvement du marché intérieur ; --moderniser le modèle social européen (de quel "modèle social européen" s'agit il ? Celui des Anglais?) en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale ; --entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie et les perspectives de croissance favorables en dosant judicieusement les politiques macroéconomiques. (En laissant tout pouvoir à la BCE?) Il semble que le dernier budget voté, pour soit disant soutenir ces grandes "ambitions", ait finalement volé en éclat. Comment dès lors repartir dans le bon sens? Quelqu'un a des propositions à faire?