Ministre de l'Education nationale
« Je suis devenu ministre, quatre années durant, de l’Éducation nationale :
sans conteste le plus difficile, mais le plus beau ministère de la République ».
Rentrée des classes à Orléans, septembre 1993
« De 1993 à 1997, les programmes de l’école primaire et du collège ont été réécrits et
simplifiés, recentrés sur l’essentiel.
Les langues vivantes ont été introduites à l’école primaire.
L’éducation civique a été mise au premier plan.
Au collège, pour sortir des pièges du collège unique, j’ai créé des parcours diversifiés.
J’ai renforcé l’apprentissage du français en classe de 6e. J’ai mis en place pour
la première fois des
études dirigées où les élèves de 6e et 5e ont été accompagnés par les
professeurs.
Au lycée, j’ai défini
les bacs nouveaux, L, S et ES. J’ai réformé les classes préparatoires aux
grandes écoles.
A l’université, pour la première fois depuis plus de trente ans, une réforme globale a
pu être menée à bien, et a été très largement approuvée. À l’entrée à l’université a
été créé un
semestre initial d’orientation. Le temps universitaire a été réorganisé en
semestres, comme dans les autres pays européens. J’ai fait admettre le principe – hélas
! abandonné depuis — que tout diplôme du deuxième cycle devait intégrer un semestre dans une
autre université européenne.
Nous avons permis la
validation des acquis, prenant en compte, dans le cursus, des expériences acquises
à l’extérieur de l’université.
Nous avons valorisé la
recherche universitaire, en promouvant les unités mixtes CNRS-Universités. Nous
avons créé en deux ans 7 000 postes d’enseignants-chercheurs.
Le sondage habituel fait par le journal Le Monde sur la satisfaction des parents face à
l’école, a atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré. Deux ans après que j’aie
quitté le Ministère, il avait perdu entre vingt et trente points. »
« J’ai à traiter, en 1994, du ‘foulard islamique’, exemple le
plus brûlant des questions posées aujourd’hui à la communauté nationale. Je fais effectuer un
chiffrage : plusieurs milliers de voiles. Des garçons, dans certains lycées, menacent de troubler
les cours si les professeurs n’abandonnent pas des parties du programme : ici c’est du
programme de biologie qu’il s’agit et de la représentation du corps de la femme, là
Ronsard et Rabelais sont déclarés impies.
J’ai compris que la liberté était bafouée, et qu’il fallait protéger
l’école de la République. Les droits de l’homme commencent avec les droits de la femme.
»
Après un été de concertations, François Bayrou tape, sur son ordinateur portable, la
circulaire qui paraîtra le 20 septembre 1994 :
« L’école est, par excellence, le lieu d’éducation et d’intégration où
tous les enfants se retrouvent pour apprendre à vivre ensemble et à se respecter. À la porte de
l’école doivent s’arrêter toutes les discriminations, qu’elles soient de
sexe, de culture ou de religion. Cet idéal laïc et national est la substance même de l’école
de la République et le fondement du devoir d’éducation civique qui est le sien. C’est
pourquoi il n’est pas possible d’accepter à l’école la présence et la
multiplication de signes si ostentatoires que leur signification est précisément de séparer
certains des élèves des règles de vie commune de l’école. »
« En quelques mois– écrit-il ensuite — ce que j’espérais s’est
vérifié. Le nombre des voiles a été divisé par dix. Sans qu’une seule fois les jeunes
musulmanes, comme croyantes, ne soient injuriées ou blessées ».